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Nisbet Conservatisme et Sociologie par N Kessler.pdf

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Nisbet : Conservatisme & sociologie, par N. Kessler 
Une approche de l’œuvre de Robert Nisbet (1913- 1996)
Le sociologue américain Robert Nisbet a toujoursconsidéré l’histoire comme le théâtre d’unaffrontement ininterrompu entre l’État et lesgroupes sociaux. Dans cette per spective, lamodernité lui apparaissait moins comme Père del’individu que comme le triomphe, sur les ruines dupluralisme constitutif des sociétés traditionnelles,d’une communauté politique absolutiste etcentralisée. Inquiet des conséquences politiques etmorales de cette évolution, il s’est fait l’apôtre d’un conservatisme éclairé qui se confondait à ses yeuxavec la défense des prérogatives des corps intermédiaires face aux empiétements de la puissancepublique. Un tel conservatisme constituait d’ailleurs selon lui l’une des sources d’inspiration majeures del’imagination sociologique.***
Remerciements :
Cet article a été publié dans
La Nouvelle Revue de Sociologie
en 2000 (
L’Annéesociologique
, 2000, n°1, p. 147 à 194.) et est reproduit ici avec l’aimable autorisation des PressesUniversitaires de France et de l’auteur, Nicolas Kessler, historien, auteur du Que Sais-Je :
Le conservatismeaméricain
(PUF, 1998).***« Le trait le plus remarquable des sciences humaines et des sciences sociales contemporaines est sansaucun doute l’accent mis sur l’aliénation de la personne et la dégénérescence de la culture[1]. » Dès 1953 etles premières lignes de
The Quest for Community,
le sociologue américain Robert Nisbet expose clairementce qui va demeurer, tout au long de sa vie, sa préoccupation première : le constat du profond sentiment demalaise engendré au sein des élites occidentales par la montée en puissance de la société de masse. « Sile mythe de l’homme rationnel a dominé la pensée de la Renaissance, explique-t-il, le mythe de l’hommenaturel celle du siècle, et le mythe de l’homme économique et politique celle du XIXe siècle, il semble que cesoit l’image de l’homme aliéné et « décalé » qui doive s’imposer aux yeux des historiens du futur comme lafigure clef de la pensée du xxe siècle[2]. » Convoquant tour à tour Niebuhr, Bernanos, Spengler et Berdiaeff à la barre, Nisbet dresse un inventaire méthodique des « désillusions du progrès ». « Désorganisation »,« désintégration », « déclin», « crise », « insécurité », « instabilité » lui paraissent êtredevenus les maîtresmots du débat idéologique contemporain. « Nous ne croyons plus, note-t-il sombrement, que lesproblèmes sociaux puissent être automatiquement résolus par un réajustement des structureséconomiques et politiques [...] Notre confiance instinctive en la capacité de l’histoire à dégager [...] denouveaux et plus sécurisants principes d’organisation sociale et morale a disparu[3]. » À la différence d’un certain nombre d’analystes postérieurs, Nisbet ne voit pas là le signe d’une involutionmaladive du monde intellectuel. « On décèle, explique-t-il au contraire, jusqu’au sein des couches les plus« normales » de la société, un sentiment croissant d’isolement et d’insécuri[4]. » Ce n’est pas une illusiond’optique : tel qu’il apparaît dans les traités de psychologie et les enquêtes statistiques, les
talk shows
radiophoniques et la littérature populaire, l’homme moderne a tous les traits d’un névrosé. Déraciné,confronté à l’anonymat et au « froid social » des grandes métropoles, « il est étranger aux autres hommes,à son travail, au lieu où il est et même à sa propre identité. Loin de posséder en lui-même les ressources de
 
la raison et de la stabilité, il les sent menacées et se sent en quelque sorte assiégé, au sens métaphysiquedu terme[5]». Dans cet univers de plus en plus oppressant, frustration et fragilité psychologique sont larègle. Équivalent sociologique du
Kulturpessimismus
des intellectuels, la morosité diffuse qui lui sembletoucher une frange de plus en plus large de la population conforte Nisbet dans l’idée que le catastrophismeen vigueur dans le monde n’est que le signe avant-coureur d’un dysfonctionnement généralisé desmécanismes de régulation sociale. A la racine du mal, il y a selon lui la crise ouverte d’une certaine conception du progrès. Au cours des deuxderniers siècles en effet, l’humanité a subi un bouleversement sans précédent dans son histoire:« l’affaiblissement, voire la disparition de la communaude proximité, la dissolution des liens personnels,l’érosion de la place du sacré dans les affaires humaines[6]» ont déterminé une approche complètementnouvelle des relations entre l’individu et la collectivité. À l’ère du groupe restreint a succédé l’ère de l’individuroi. Débarrassé du carcan de ses appartenances, le sujet a acquis une autonomie sans précédent. Tout aulong de la période, les instigateurs de ce bouleversement ont pensé concourir au bonheur de l’humanité. Enaffranchissant l’individu de ses liens hiérarchiques et communautaires, en le libérant de la tutelle desreligions révélées, ils ont cru accroître d’autant son épanouissement et sa créativité.
« Le morcellement social, la dislocation des coutumes et des statuts, le triomphe del’impersonnalité ont été unanimement salués [...] parce qu’ils constituaient autant de moyens delibérer l’homme des chaînes du passé et d’offrir l’individu un contexte où sa nature [...] pourrait développer sans limite ses potentialités[7] . »
 Aucun véritable débat à ce sujet :
« L’essence même de l’idée de progrès était l’assertion que l’histoire détenait un pouvoir organisateur conduisant immanquablement [...] une civilisation supérieure. C’est pourquoi lesconséquences des bouleversements institutionnels [...] pouvaient être négligées. L’essentiel était de garantir que les obstacles au progrès [...] étaient balayés[8] . »
C’est cette conviction qui est d’après Nisbet en train de s’effondrer. On réalise peu peu que, loin d’augurer une ère nouvelle et idyllique, le démantèlement de ces corps intermédiaires qui s’intercalaient entre l’individuet la collectivité, le relâchement du système complexe de disciplines et d’allégeances qui constituaientusque-là le cadre moral de l’existence ont ouvert un vide béant au coeur de l’édifice social. Désorganiséeen profondeur, la socién’est plus qu’un « mouvement brownien » de molécules libres, où « tout service,toute responsabilité et toute assistance portée autrui supposent [...] un paiement comptant[9]». Cetteartificialité des rapports sociaux finit forcément par rejaillir sur l’équilibre psychique du sujet. « Replié sur lui-même, sans réelle fonction sociale, l’individu isolé est en proie au désespoir et une introspectionobsessionnelle[10]. » Au lieu de lui apporter la « libération » escomptée, la modernité n’a que la solitude luiproposer. C’est ce qui explique que « la société contemporaine, spécialement dans ses classes moyennes,tende par sa structure même produire [...] le désenchantement, le déracinement et les troublespsychiques[11]». Autant dire que la figure de l’ « individu libre » n’est pour Nisbet qu’une illusion d’optique. Mobilisant toutesles ressources de la sociologie et de l’anthropologie, il s’efforce au contraire de mettre en évidence le rôledéterminant joué par les groupes de proximité dans la formation de la personnalité. Aux individualistes, ilreproche d’avoir confondu les ressources de l’individu avec celles de son environnement. Ce sont la famille,la paroisse, la communauté locale qui constituent a ses yeux la véritable matrice de l’identité.
« C’est a l’intérieur de tels groupes, rappelle-t-il avec véhémence, que sont apparus les types primaires d’identification : amitié, fidélité, prestige, reconnaissance. C’est également la que sont 
 
apparus et se sont développés les principaux stimuli du sens de l’effort, de la piété, de latendresse ainsi que le goût de la liberté et de l’ordre[12] . »
Le sens moral, la capacia distinguer le bien du mal, le sacré du profane ou me le beau du laid onttoujours ainsi procédé de l’intégration du sujet a une communauté homogène. Pire : l’intensité même de cessentiments est proportionnelle à l’emprise exercée par le groupe sur le sujet. Un contexte associatif solidement charpenté déterminera des allégeances stables et efficaces. Des communautés fragilisées nesusciteront a l’inverse que de déchirants conflits intérieurs.Le problème de la famille est cet égard symptomatique. Plus que d’une évolution des mœurs ou despratiques sociales, sa crise actuelle procède selon Nisbet de l’état d’impuissance administrative auquel l’aconfiné l’individualisme triomphant. Amputée de la plus grande partie de ses fonctions économiques,transformée en un « fantôme juridique », elle n’est plus capable de jouer efficacement son rôlestabilisateur. Il ne faut pas d’après Nisbet chercher plus loin l’origine du désarroi et de la révolte del’adolescent : « L’adolescence, observe-t-il, est aujourd’hui la période [...] où le décalage entre le fantôme etla réalité de la famille moderne se manifeste a l’enfant[13]. » C’est le moment où l’autorité des parents, quine correspond plus a aucune nécessité vitale, apparaît pour ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire purementartificielle. À partir de cet instant, la transmission des codes et des valeurs se révèle impossible.Prématurément livré lui-même, l’adolescent sombre dans une profonde crise d’identité, qui préfigure assezbien la condition de l’homme moderne. Privé de repères stables, de sens moral et de discipline, il basculedans l’égoïsme et le nihilisme, et vit son auto-affirmation sur le mode de la frustration. Partant de cetexemple Nisbet n’hésite pas à dépeindre le « mal du siècle » comme une gigantesque « crise d’adolescence» : l’effondrement brutal d’un système de valeurs fragilisé par la dislocation des instances de médiationsociale dont il émanait.Cette crise du sens moral débouche pour l’individu sur un sentiment exacerbé d’ « aliénation ». Plus prochede l’idée durkheimienne d’anomie que de son acception marxiste classique, cette idée d’aliénationreprésente pour Nisbet la détresse morale du sujet livré à lui-même, dans un contexte social amorphe etimpersonnel.
« Mis à jour par le psychiatre aussi bien que par l’artiste » cet état très particulier se caractérise par « la sensation [...] d’être confronté à un univers hostile, la crainte de la liberté, l’angoisseface à la violence, un sentiment d’impuissance face aux difficultés quotidiennes[14] ».
L’aliénation, c’est le sentiment d’apathie, d’ennui, d’hostilité qui procède de la désaffection croissante del’individu pour les formes du social. « Non seulement, observe Nisbet, l’individu ne se sent pas intégré àl’ordre social, mais il ne recherche même plus l’intégration[15]. » Pour désigner ce phénone, le sociologueparlera également de « dissociation morale » :
« Aucun des différents rôles mécaniques que l’individu est contraint de jouer ne touche son moi  profond, au contraire tous le séparent de lui-même et font qu’il est en quelque sorteexistentiellement absent des actes qu’il accomplit [16] . »
C’est le projet individualiste dans son ensemble dont Nisbet entend par là même dénoncer la faillite. Faillitedont témoigne à ses yeux la réhabilitation progressive dans le champs des sciences sociales de la notionde
communauté. «
Le sentiment de la perte et de l’absence de la communauté, observe-t-il, n’a jamais étéaussi puissant. » Encore faut-il s’entendre sur la définition exacte de ce concept ambigu : dans l’esprit deNisbet celui-ci recouvre « tous les types de relations caractérisées à la fois par des liens affectifs étroits,profonds et durables, par un engagement de nature morale et par une adhésion commune à un groupesocial ». Ce qui importe, c’est moins la nature exacte de ces relations que leur caractère
englobant.

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