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Houari Boumediene : le règne de tous les pouvoirs (1965-1978)

Houari Boumediene : le règne de tous les pouvoirs (1965-1978)

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Supplément du journal El Watan, sorti spécialement au 30e anniversaire de la mort du président algérien Houari Boumediene.
Supplément du journal El Watan, sorti spécialement au 30e anniversaire de la mort du président algérien Houari Boumediene.

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El Watan 
SUPPLÉMENT GRATUIT - 27 DÉCEMBRE 2008
numérospécial
houari boumediène
Le règnede tousles pouvoirsLe règnede tousles pouvoirs
1965 - 1978
 
Par Boukhalfa Amazit
L
es quelques Algériens qui possé-daient un poste de télévisionavaient impatiemment attendu le20H le jour durant, pour mettreenfin un visage sur la voix métallique quilisait sur les ondes, d'un ton monocorde, lecommuniqué militaire n°1. Ils se deman-daient qui était donc ce putschiste qui tenaitun discours si martial que la radio avait seri-né la journée entière du 19 juin 1965. Cethomme au visage émacié, le regard fixe etperçant était presque inconnu des Algériensqui vivaient leurs premières pénuries etdécouvraient le sucre de canne de Cubadans les «magasins pilotes socialistes»,ancêtres lointains des «souks el fellah».Bien sûr, on avait déjà vu cette silhouetteinquiétante du vice-Président, dans l'ombrede l'inflammable président Ahmed BenBella. Ils étaient même arrivés ensemble deTlemcen, presque la main dans la main, lorsde l'été pourri de 1962. On les croyaitcomme larrons en foire, une photo trèscélèbre depuis, prise au stade du 20 Août àAlger, les représentait complices et hilareset donnait cette impression qu'ils étaient lesmeilleurs alliés du monde.Mais ne voilà-t-il pas que la marmite se ren-versait sur le couscoussier, comme àl'époque des janissaires, et que le tout nou-veau locataire du 20H traitait la politique dudéjà ancien Président de tous les noms.
«Intrigues tramées dans l'ombre», «calculssordides», «narcissisme politique», «amour morbide du pouvoir»
, bref, rien ne fut épar-gné au Président élu deux ans à peine aupa-ravant à 99% des suffrages, plus quelquescasernes, qui cumulait une dizaine de porte-feuilles de ministres, sauf… celui de laDéfense. Le communiqué de la junte, quideviendra très vite la «Proclamation duConseil de la révolution», aussi vitementérigé par totémisme en texte fondateur luiaussi, nous faisait découvrir que «le-déjà-prédécesseur», qui allait croupir une quin-zaine d'années dans les oubliettes (auChâteau Holden sur la route Douéra -Boufarik) était
«un tyran»
et un dangereuxdéviationniste. Le mystérieux quarteron,était composé de 13 officiers de l'ANP, 11colonels ou commandants de l'ALN et de 2civils. Tout ce petit train volaient au secoursdu pauvre peuple, dont on disait, il n'y avaitpas très longtemps, qu'il était Le Seul Héros,en le rassurant :
«Ton silence n'est paslâcheté»
, lui ont-ils dit. Les hommes qui,aujourd'hui, ont décidé de répondre à tonappel angoissé [(tiens, tiens), persuadés encela de traduire ton vœu le plus cher, ont prissur eux de te faire recouvrer ta
«liberté usur- pée et ta dignité bafouée»
et beaucoupd'autres boniments du même registre. Lesannées qui suivront sont seules juges detoutes leurs promesses, lesquelles n'enga-geaient que leurs auteurs et évidemmenttous ceux qui voulaient bien y croire, (ilsseront malgré tout nombreux). Des auteursqui nous donnaient du «tu" en veux, envoilà». Mais, à moins d'être frappé d'amné-sie, les flamboiements de la démocratien'ont pas embrasé le ciel de l'Algérie, le 20 juin 1965 ni tous les jours d'après,d'ailleurs…Quant à l'homme du 19 juin, qui coloniserales tréteaux treize ans durant (1965-1978),s'il n'occupait pas le proscénium de la guer-re de Libération nationale, il n'en était paspour autant un absent comme ses détrac-teurs seraient tentés de le soutenir ou de lefaire croire. Il est encore adolescent et fré-quente la medersa El Kittaniya quand il
«milite anonymement au sein du PPA - MTLD»
, nous dit Paul Balta dans un livreque son épouse et lui ont consacré au cham-pion du Tiers-mondisme des années 1970. Iln'est pas dit qu'il y a adhéré ou qu'il se soitengagé dans le militantisme politique à cetteépoque. Mais, afin d'éviter la conscriptiondans l'armée française, il quitte assez tôt lepays pour la Tunisie où il poursuivra soncycle d'études à la Zitouna avant qu'on ne lesignale au Caire, plus précisément à ElAzhar en 1951, c'est-à-dire loin de ladébâcle de l'Organisation spéciale et desdéchirements naissants entre «centralistes etmessalistes» au sein du principal courant dumouvement d'émancipation nationale.Houari Boumediène est au Caire quandGamal Abdenasser et les «Officiers libres»renversent et exilent le roi Farouk, un khédi-ve noceur amateur des belles stars du fabu-leux cinéma égyptien des années 1940 et1950. Le jeune Boukharouba prend toute lamesure de l'événement, qui aura sur lui uneinfluence considérable. C'est égalementdans la capitale égyptienne qu'il s'éveille aupanarabisme nassérien. Houari Boumedièneest le produit de la culture politique arabedes années 1950 mâtiné de fanonisme. PaulBalta, ancien correspondant du quotidienfrançais
 Le Monde
à Alger (1973-1978),écrit :
«Quand éclate l'insurrection arméedu 1
er 
novembre 1954, il interrompt sesétudes et prend contact avec le vieux chef deguerre du Rif, qui dirige alors le bureau du Maghreb arabe, Abd El-Krim, qui a organi-sé une préparation militaire accélérée pour les jeunes Maghrébins, l'oriente vers uncentre de Hélouân ou d'Inchass près duCaire, où il subit un entraînement.»
SOUS LA FÉRULE DE BOUSSOUF
Après l'épisode du yacht de la princesse deJordanie
«gracieusement offert»
, selon lesuns et
«audacieusement piraté»
, selond'autres, il est en Oranie où il se met à la dis-position de Larbi Ben M'hidi, lequel le placesous les ordres de Abdelhafidh Boussouf. Ildeviendra très vite son lieutenant principal.Le chef déteindra sur le subordonné, mais lesecond avait en plus du premier un certainnombre de qualités qui feront que le disciplefinira par surclasser le maître.Houari Boumediene n'a pas été un chef deguerre, il n'a pas conduit ses hommes aucombat et lui en tête.Il n'a pas échafaudé de plans de campagnesdécisives. Il n'a pas tendu d'embuscades àl'ennemi, tapis dans un fourré, allongé dansla boue, le nez planté dans le sol, le stress àmille volts, le doigt tremblant sur la gâchet-te de son arme. Boumediène n'a pas été unhomme de la poudre. Son corps ne portaitpas de blessures, sinon celle qui lui aurait étéinfligée lors de la tentative de putsch du 26avril 1968 à la sortie du Palais du gouverne-ment.Boumediène a commencé à servir au sein del'ALN en Wilaya V et à la différence ducolonel Lotfi son successeur, et tout commeAbdelhafidh Boussouf son prédécesseur,qui avait remplacé Larbi Ben M'hidi, ilavaient établi son poste de commandementau-delà de la frontière algéro-marocaine.Sans être l'ombre de quiconque, plutôthomme de contre-jour, il a assimilé toutesles techniques du judoka politique. Commeces sportifs de haut niveau qui savent avecun rare talent maîtriser et canaliser leur éner-gie, il a, avec habileté tiré avantage de l'im-péritie, des défaillances et de l'incompéten-ce de ses concurrents ou de ses adversaires.Servi par une intelligence vive et une dispo-nibilité permanente, il a porté jusqu'au raffi-nement la stratégie de la guêpe : provoquer,aiguillonner, disparaître sans laisser d'autretrace qu'une ardente douleur.Tout ce squelette de prédateur politique étaitenrobé dans une esprit d'apparence conci-liant et des rondeurs langagières populistesqui contrastaient avec son physique have etanguleux. Mais d'apparence seulement.Certains témoignages pas toujours vérifiés,il est vrai, lui attribuent des actes d'une vio-lence remarquable lors de son passage enWilaya V. Les historiens, particulièrementles Français, le présentent souvent comme«un client» de Boussouf. Mais si ce dernierse singularisait au sein de la direction poli-tique par son esprit plutôt inquisiteur et«barbouzard», Boumediène était prévoyantet se fiait à une connaissance aigue deshommes et de leurs réactions.Chef du COM-Ouest, (Comité d'organisa-tion militaire pour la zone Ouest), il s'ingé-niera à réunir autour de lui des jeunes qu'ilformera à l'exercice non de la guerre, maisdu pouvoir. Comparé à lui, son homologuedu COM-Est, Mohammedi Saïd, anciencolonel de la Wilaya III très proche de KrimBelkacem, apparaissait comme un bulldozerdans une galerie de cristal.Face à la puissance des «Trois B»(Belkacem, Ben Tobbal et Boussouf) quifiniront par le coopter dans le cadre duComité interministériel de guerre (CIG)pour lui confier l'état-major général (EMG),il déploiera des trésors de stratégie pourendormir leur confiance et réagir aumoment opportun pour les neutraliser.A en croire Ferhat Abbas, qui rapporte cespropos dans son livre
 Autopsie d'une guerre
Frantz Fanon parlant des Trois B, lui auraitconfié un jour :
«Un colonel leur réglera un par un leur compte. C'est le colonel Boumediène. Pour celui-ci, le goût du pou-voir et du commandement relève de la pathologie.»
A la réunion du CNRA auCaire, en août 1957, il entrera commemembre du conseil à la faveur de l'élargisse-ment de cette structure qui passait de 17membres titulaires à 34. Mais c'est incontes-tablement son rôle lors de la réunion des 10colonels dite «Réunion des 100 jours» à laveille de la réunion du CNRA (décembre1959-janvier 1960), qui verra la création del'EMG que Boumediène, qui se veut l'incar-nation de la rigueur et de la pureté révolu-tionnaires, donnera la pleine mesure de sestalents d'homme d'appareil (voir El Watandu 27 janvier 2008 pp.22-23). Dès lors qu'ila pris place aux leviers de commande del'armée et profitant de la rivalité entre lesTrois B, assisté des commandants Azzedine(militaire), Kaïd Ahmed (politique), AliMendjeli (Renseignements et liaisons), ils'appliquera à mettre sur pied une arméemoderne, d'une trentaine de milliersd'hommes, entraînée, disciplinée, bien équi-pée, en vue de … la prise du pouvoir.Il réalisera en très peu de temps ce que KrimBelkacem n'a pas pu faire quelques annéesauparavant. Mettant à profit l'expérience etles connaissances de ceux qu'on désignaitsous le nom de DAF (déserteurs de l'arméefrançaise), qui avaient répondu à l'appel duFLN lancé par le congrès de la Soummam etsans cesse amplifié depuis, Boumediène vacréer une armée de pouvoir, qu'il qualifiaitlui-même de militants politiques en armes.Une institution à laquelle il inculquera unecertaine idée de l'armée populaire et unedoctrine qui tient à la fois de celle de laYougoslavie de Tito et de la Turquie kéma-liste.En 1962, il s'opposera violemment, adossé àcette armée des frontières, au GPRA quin'avait pour lui que sa légitimité et la légali-té des institutions que s'était donné laRévolution algérienne. Force est revenue àla force. La légitimité attendra…
 B.A.
Sources :
- Houari Boumediène.
 Du sang à la Sueur.
Ministère de l'Information et de la Culture. Alger1979.- Discours du président Houari Boumediène. T1.Ministère de l'Information et de la Culture. Alger.1970.- Paul Balta et Claudine Rulleau.
 La Stratégie de Boumediène
. Sindbad. Paris-1973.- Ferhat Abbas.
 Autopsie d'une Guerre
. Garnier.Paris - 1980.- Gilbert Meynier.
 Histoire intérieure du FLN 1954-1962
. Arthème Fayard. Paris 2002.- Meynier - Harbi
. Le FLN Documents et  Histoire.1954 - 1962.
Casbah Ed. Alger. 2004.
UN PRÉDATEUR POLITIQUE
1965 - 1978 : LE RÈGNE DE TOUS LES POUVOIRS
«Tout pouvoir humain est un composé de patience et de temps. Les gens puissants veulentet veillent.» (Honoré de Balzac)
1932 (23 août) :
naissance de HouariBoumediène (de son vrai nom MohamedBoukherouba), à Aïn Hassaïnia, dans une famille depaysans pauvres, originaire de la Petite Kabylie.
1957-1958 :
avec le grade de commandant,Boumediène devient l'adjoint de A. Boussouf lorsquece dernier succède à Larbi Ben M'hidi à la tête de laWilaya V, puis en prendra les rênes après que Boussouf soit entré au Comité de coordination et d'exécution(CCE), qui deviendra le GPRA en septembre 1958.
1958-1960 :
Houari Boumediène prend d'abord ladirection du COM Ouest (Oujda), puis la tête de l'état-major général (EMG), instance créée par le CNRA deTripoli 1 en janvier 1960 ; ceci lui permettra de dirigerde façon coordonnée toutes les troupes de l'ALNstationnées aux frontières.
1962 (juillet) :
Boumediène entre à Alger, à latête de ses troupes, et installe Ben Bella au pouvoiraprès avoir réduit l'opposition des Wilayas III et IV etneutralisé le groupe de Tizi Ouzou (composéessentiellement de K. Belkacem, H. Aït Ahmed et M.Boudiaf).
1963 (15 septembre) :
élection de AhmedBen Bella à la magistrature suprême qui devient lepremier président de la République algérienneindépendante.
1965 (19 juin) :
 Ahmed Ben Bella est renversépar un coup d'Etat («sursaut révolutionnaire») conduitpar Boumediène et ses alliés du Groupe d'Oujda et del'EMG. Un Conseil de la révolution, élargi quasiimmédiatement à certains colonels de l'ALN, est créé,dont Boumediène devient le président.
1967 (14 décembre) :
tentative de coup d'Etatfomentée par le chef d'état-major de l'ANP, le colonel T.Zbiri à laquelle s'associe, de façon ambiguë, le chef dela 1
re
Région militaire, le colonel Saïd Abid qui trouverala mort dans des conditions mystérieuses.
1971 (24 février) :
nationalisation des intérêtspétroliers étrangers.
1971 (novembre) :
promulgation del'ordonnance portant Gestion socialiste desentreprises et de l'ordonnance portant Révolutionagraire.
1976 (22 novembre) :
promulgation de laConstitution, adoptée par voie référendaire le 19novembre.
1976 (10 décembre) :
élection de HouariBoumediène à la magistrature suprême.
1977 (avril) :
remaniement profond desstructures du Gouvernement par lequel Boumediènerevient sur le modèle de développement économique(cruel désaveu infligé à B. Abdesslam) et qui constituele prélude à une véritable rupture avec le systèmeprécédent.
1978 (août) :
de retour de Khartoum où il vientd'assister au 15
e
sommet de l'OUA, Boumediène tombegravement malade. Des semaines durant, les médecinsalgériens et soviétiques se montrent incapables deprocéder à un diagnostic précis de son état.
1978 (novembre) :
Boumediène tombe dans uncoma dépassé. Appelé à son chevet, le professeurWaldenström confirme que le chef de l'Etat esteffectivement atteint d'une leucémie lymphoïdechronique et que son état est désespéré.
1978 (27 décembre) :
décès du présidentBoumediène après 40 jours de coma. Son successeurqui n'a eu de cesse de prétendre avoir été désigné parBoumediène sur son lit de mort pour lui succéder, etceci au mépris de tous les témoignages historiques,devait en réalité prendre sa retraite, à l'occasion du IV
e
Congrès du FLN.
LES DATES CLÉS DE LA VIE DE BOUMEDIÈNE
El Watan 
- Samedi 27 décembre 2008 - 
 
1965 - 1978 : LE RÈGNE DE TOUS LES POUVOIRS
El Watan 
- 27 décembre 2008 - 
SOMMAIRE
Edito
Un prédateur politiqueP.
2
PAR BOUKHALFA AMAZIT
Un itinéraire nuancéP.
4
PAR AMINE LOTFI
19 juin 1965 : le pouvoir militaire se dévoileP.
5
PAR NADJIA BOUARICHA 
Revisiter la mémoirede Houari BoumedièneP.
6-7
PAR ALI MABROUKINE
L’enfance d’un chefP. 8
PAR A. BOUMAZA 
L’expression d’unpouvoir sans partageP.
9
PAR NADJIA BOUARICHA 
Les assassinatspolitiques en mode degouvernanceP.
10
PAR HASSAN MOALI
Les hommes du Président : lesfidèles et les autresP.
11
PAR MOHAND AZIRI
Le colonel Boumediène et legroupe dOujdaP.
12
PAR NADJIA BOUARICHA 
Le soutien «Dhalima ammadhlouma» de Boumediène P.
25
PAR RABAH BELDJENNA 
Le mythe et la réalitéP.
26
PAR M. AÏTOUARABI
Quand Boumediène confisque le balonP.
27
PAR OMAR KHAROUM
Les dernier jours de BoumedièneP.
28-29
PAR SAMY OUSI-ALI
Ce quils en pensentP.
32
PAR SAÏD RABIA 
Boumediène est-il définitivement mort ? 
Par Mustapha Benfodil
T
rente ans auront passé ce samedi depuis le décès du président Houari Boumediène, un certain 27décembre 1978. A la rédaction d'
 El Watan,
et par-delà l'élégance des chiffres ronds et le convention-nel des commémorations, il nous a semblé utile de méditer ce trentenaire. D'où cette édition spécialequi se propose d'évoquer l'homme et son œuvre et de disséquer le règne d'un président dont on se plaîtà dire qu'il était la personnification de l'Etat au point d’incarner le pouvoir personnel, le pouvoir abso-lu, pour dire les choses sans fioriture. Oui, plus que de le démystifier, il s'agit d'analyser avec lucidité ce que fut le«moment Boumediène» et son legs. Si, en effet, l'approche biographique de l'homme Boumediène est pertinente à plusd'un titre, elle nous offre aussi, il faut bien le dire, le prétexte de penser, interroger, remettre en question, le systèmeBoumediène et le boumediénisme.Dans l'affect des Algériens, le président Houari Boumediène est l'archétype d'un «âge d'or» mythique comme nos com-patriotes savent s'en inventer pour éluder un présent difficile et peu glorieux. Immanquablement, on se complaît à regar-der dans le rétroviseur en convoquant les réminiscences d'une Algérie des années 1970 respectée et prospère et figuranten bonne place dans le concert des nations. Une Algérie lyrique, juste et égalitaire, qui n'existe sans doute que dans notreinconscient chimérique. Si les survivants de cette Algérie romantique n'auront de cesse d'encenser le «temps deBoumediène», l'artisan incontesté de leurs gloires passées, songent-ils, sorte de père protecteur et bienveillant ayantl'Algérie au cœur, les opposants à sa politique de fer ne sauraient omettre de pardonner à l'homme fort du clan d'Oujdases dérives totalitaires, son goût de l'intrigue et sa conception régalienne de l'Etat, qui le poussera à s'adjuger, par le glai-ve et le sang, le monopole de l'autorité et l'exercice solitaire du pouvoir. Que de cadavres jalonnent, en effet, le parcoursde l'ancien chef de l'Etat-major général avant et après l'indépendance dans sa course au «koursi», avant d'instaurer unordre spartiate et sans partage, qui sera sa marque de fabrique et son style de gouvernance durant treize ans de règne.Trente ans après sa disparition, quid de l'héritage de Boumediène ?L'Algérie de 2008, l’Algérie des kamikazes et des harraga, de la Maruti et du Hammer, de «
tag âla men tag
», n'asans doute plus rien - ou si peu - à voir avec l'Algérie des années 1970. Finis le paradigme de l'industrie industria-lisante, les villages socialistes, la «
thawra ziraîya»
(Révolution agraire) et autres mots-clés du dictionnaire deBoumediène. Un fait troublant, pourtant : cette pure (et entêtante) survivance du passé que représente le ministredes AE de l’époque et actuel président. Au yeux de nombreux observateurs, M. Bouteflika est revenu dans le bur-nous de Boumediène, vêtu des oripeaux de son auguste mentor, lui qui n'a pas manqué de jouer sur la fibre affec-tive et la résonance avec cette mémoire-là pour s'attirer la sympathie des «masses populaires» nostalgiques d'ElHouari et orphelines d'un «père de la nation», dont elles se croyaient inconsolables. Mais par-delà le folkloredu burnous, on retiendra surtout les séquelles du boumediénisme et la logique des colonels (des généraux,dirions-nous aujourd'hui), une malédiction qui nous poursuit depuis l'assassinat de Abane et le renversementdu GPRA, avant de conduire fatalement au pronunciamiento du 19 juin 1965. L'épigone du Zaïm nesemble pas être près de rompre avec cette longue tradition d'intrigues et de coups tordus, lui qui prendgoût au pouvoir jusqu'à l’ivresse, jusqu'à la démence, dans la pure lignée des présidents-dictateurs. Bref,nous ne nous sommes guère affranchis de l'emprise du pouvoir personnel et, à ce titre, Boumedièneest loin d'être «définitivement» mort. Le chemin reste encore long, très long, faut-il craindre, avantque l'on en finisse avec les démons de la Guerre de Libération et les fantômes de l'été 62.Depuis le 27 décembre 1978, les supputations sont allées bon train quant à l'étrange maladie quiemporta Boumediène à l'âge de 46 ans. C'est une maladie rare, nous dit-on, mais, à bien y voir,la maladie qui eut raison de lui est, somme toute, si commune en nos contrées : c'est la mala-die du pouvoir. Et toute cette agitation autour d'un troisième mandat au profit deAbdelaziz Bouteflika participe de cette même pathologie, dont semble souffrir lerégime algérien comme d'une tare congénitale. Mais le pouvoir comme la mala-die, aimerions-nous croire, ne sont pas une fatalité. Puisse cette édition contri-buer à esquisser une autopsie juste des événements pour conjurer le sortet exorciser le passé. Et puisse l'Algérie guérir un jour de la malédic-tion du pouvoir et du joug de ses dirigeants...

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