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N°5611
- Dix-neuvième année - Prix : Algérie : 10 DA. France : 1
 €
. USA : 2,15 $. ISSN : 1111-0333 - http://www.elwatan.com
 A 
près le scandale d'AbouGhraïb en 2003, l'Admi-nistration de l'ancienprésident améri-cain George W.Bush est écla-boussée enco-re une foispar une autreaffaire aussigrave : la pra-tique systéma-tique de toutes lesformes de la torture parla CIA sur des prisonniers àGuantanamo et ailleurs.L'agence de renseignementaméricaine (CIA) a, en viola-tion des conventions inter-nationales, usé etabusé des pra-tiques graves ethumiliantescontredesdétenus. Lapremièrepuissanceinternationalequi se dit garan-te des droits del'homme dans le mondea, en réalité, autorisé leur vio-lation au mépris des lois.
(Suite page 15)Madjid Makedhi
LES MÉMOS DE LA CIA PUBLIÉS
OBAMA RÉVÈLE LESPRATIQUES DE LA TORTURE
Facile victoirede l’Ententede Sétif (4-0)
COUPE DE LA CAF
P.
 31
    P    H    O    T    O   :    H .    L    Y    E    S    /    A    R    C    H    I    V    E    S
Les techniques d’interrogatoire relevantde la torture utilisées pendant l’ère du présidentBush ont été publiées et font déjà scandale.
L
e Fonds monétaire interna-tional est plus pessimisteque jamais. Il vient de placar-der une nouvelle prévision decouleur grisâtre qui fait étatd'une récession
«plus longueet intense que les précédenteset suivie d'une reprise molle»
.C'est la conclusion d'une étudecomparative effectuée par leFMI au sujet de l'actuelle criseéconomique mondiale, encomparaison avec plus de 120récessions et reprises dans lemonde depuis les années1960. L'institution de Bretton-Woods, dont les caisses ont étérenflouées à hauteur de 1100milliards de dollars à l'occa-sion de la réunion du G20 àLondres, devrait ainsi avoirdes doigts de fée pour faireface à une telle grisaille.
«Lacoïncidence d'une crise finan-cière et d'une récession mon-diales va probablement entraî-ner une baisse de la produc-tion d'une gravité et d'une lon-gueur inhabituelles.»
(Suite page 7)Ali Titouche
CONCLUSIONS D’UNE ÉTUDE DU FMI
«LA RÉCESSION SERA LONGUE ETINTENSE»
Jamais dans l'histoire de l'économie mondia-le, le FMI n'a brossé un tableau aussi noir quecelui dressé en 2009.
El Watan 
 
LE QUOTIDIEN INDÉPENDANT - Vend. 17 - Sam. 18 avril 2009
ÉVÉNEMENTS DES PRINTEMPS D’AVRIL 1980 ETDE 2001
Une commémorationsous un air d’automne
       P     u       b       l       i     c       i      t       é
L
es printemps en Kabylie sont rythmés par la douleur et lacolère. La féroce répression des événements du printempsberbère d'avril 1980 et les meurtrières émeutes du prin-temps noir d'avril 2001 laissent, en 2009, un sentiment de dou-loureuses épreuves. Si les générations de militants se régénèrent,la capitalisation des combats dégénère. Le Mouvement culturelberbère fait partie des vieux meubles en 2009. La défense de lacause amazighe et la protection des droits démocratiques ont dé-serté les esprits. Ce sont les relais locaux du pouvoir politiquequi récupèrent l'événement, le vidant de sa substance de contes-tation politique. La folklorisation de la célébration de ces faitshistoriques dans l'Algérie indépendante est favorisée par des ac-teurs politiques et des militants associatifs qui ont prêté le flanc.
(Suite page 3)Saïd Gada
L’historien MohamedHarbi a décortiqué jeudi,lors des
Débats d’El Watan
consacrés au thème«Les intellectuels etle pouvoir en Algérie», lerapport complexe entrel’intelligentsia, l’élite etles régimes politques.
LES DÉBATS D’
EL WATAN 
M. HARBI :
«LA DÉMOCRATIE ESTRESTÉE AU STADE DU DISCOURS»
    P    H    O    T    O   :    H .    L    Y    E    S
 
Tipaza
De notre bureau
L
e président du Front national algé-rien (FNA) ne s'est pas encore re-mis de sa cuisante défaite avec unscore humiliant le 9 avril dernier.Moins d'une semaine après la tenue duscrutin présidentiel, le FNA a tenu la ré-union extraordinaire de son conseil na-tional élargi, jeudi dernier, au complexetouristique Matarès de Tipaza. Le«boss» Moussa Touati et ses militantsétaient en conclave pour évaluer les ré-sultats obtenus à l'issue de la dernièreconsultation électorale et entamer déjàles débats sur les perspectives orga-niques du FNA.La tenue d'un congrès extraordinaire duFNA, qui s'avère impérative aux yeuxdes militants, est annoncée sans que ladate et le lieu ne soient communiquéspar les responsables de cette formationpolitique. Le candidat malheureuxMoussa Touati, le visage fermé, a uséde critiques acerbes envers les militantsde sa formation.
«Vous vous êtes mis àla disposition de l'administration, deswalis et des chefs de daïra
, indique-t-il.
Or, vous n'êtes que des militants et nondes fonctionnaires qui étaient logique-ment appelés à se mettre du côté des ci-toyens pour s'enquérir de leurs pro-blèmes et les porter à la connaissancede ceux qui sont habilités à les ré-soudre. Vous êtes-vous posé les ques-tions franchement sur votre rôle envotre qualité de militants du FNA ? Avez-vous réellement travaillé ? Oualors vous imaginiez-vous que les ci-toyens viendraient à votre rencontre ? Mais vous vous prenez pour qui ?Qu'avez-vous fait pour faire adhérer les jeunes à notre parti ? Qu'avez-vous fait  pour entamer la formation au sein duFNA ? Le véritable militant doit avoir les capacités pour convaincre. Il doit élever son niveau éducatif et son niveauculturel. Cessez de vous plaindre ! Vousn'êtes que des zéros !»
, crie-t-il sous lesapplaudissements de la salle. L'ex-can-didat à l'élection présidentielle avaitmisé sur un score de 20%. En réponse àune question d'
 El Watan
, Moussa Touatiaffirme une fois de plus que le bourragedes urnes ne servira pas l'Algérie.
«C'est trop flagrant,
nous dit-il.
 Le FNAs'est engagé dans cette élection avec sesmaigres moyens.»«Les conditions nesont pas favorables pour passer à l'ac-tion de grèveen dépit de tout ce quis'est passé lors du scrutin. J'ai tenu, enhomme civilisé, à féliciter le candidat  Bouteflika. Nous allons nous réunir  pour renforcer notre parti avec des mi-litants sincères, avant de nous lancer dans la bataille des locales et des légis-latives. Je suis une personne qui refusel'humiliation, mais qui continue à sebattre d'une manière démocratique pour mon pays. Vous saurez plus tard lanouvelle stratégie du FNA»
, enchaîneMoussa Touati, visiblement fatigué. LeFNA est un parti qui est aujourd'huiconfronté à une rébellion interne et uneguerre de leadership. A Tipaza, certainsmembres influents commencent à en-treprendre des démarches pour tenterd'affaiblir l'équipe actuelle. MoussaTouati s'est placé au-dessus de la mêlée.Il a de nouveau critiqué ouvertement lessix députés qui avaient voté pourl'amendement de la Constitution quipermettra désormais au président Bou-teflika de se présenter indéfiniment àl'élection. Un député du FNA nous ré-vèle en aparté que Moussa Touati doitaccepter l'entrée du FNA au gouverne-ment.
«Nous ferons tout pour que leFNA intègre le gouvernement si nousvoulons que notre formation politiqueémerge davantage»
, conclut-il. Un res-ponsable de wilaya du FNA s'interrogedevant l'assistance :
«Comment voulez-vous qu'un militant du FNA qui semontre incapable de procéder à l'affi-chage des slogans de son parti commele font les militants des autres partis po-litiques,
précise-t-il
 , puisse se dévouer  pour le FNA et se sacrifier pour le his-ser vers le sommet ?»
Des jours diffi-ciles attendent le FNA.
 M'hamed H.
L ’ A CTUA L I TÉ
El Watan 
- Vendredi 17- Samedi 18 avril 2009
LE FNA EN CONCLAVE À TIPAZA AU LENDEMAIN DE LA PRÉSIDENTIELLE
LOUISA HANOUNE L’A AFFIRMÉ À BISKRA
Le PTrejette les résultats de l'élection du
9
avril
Moussa Touati charge ses militants
Moussa Touati et les militants du FNA étaient en conclave pour évaluer les résultats de la dernière consultation électorale.
SOUKAHRAS
La classepolitiqueà la croiséedes chemins
La zone de turbulences quetraverse le MSPau niveau deson état-major a été ressentieà Souk Ahras, où une grossepointure du parti deBouguerra Soltani vient deprovoquer l'événement parson adhésion au Mouvementpour la prédication et lechangement (MPC), initié parles dissidents du parti, aveccomme chef de file Abdelmadjid Menasra. Ils'agit de Mounir Sebouai,militant de la première heureet membre influent du parti.Souk Ahras, wilaya que l'oncroyait, jusqu'à un passérécent, acquise aux thèses del'auteur du
«changement dans la sérénité»
, n'a purésister à cette vague decontestation qui remonte àdes années, apprend-onauprès d'une sourcepartisane. Les clairons de lacampagne électorale rangés,le FLN re-découvre sesfaiblesses et n'arrive toujourspas à rassembler ses deuxgroupes antagoniques, dontl'un a élu domicile au siège del'UNJA et l'autre au niveaud'une mouhafada boudée parles militants et les candidatsaux prébendes.Le parti est en train debasculer insidieusement durang de parti-Etat à celui degroupes à concentrationtribale. Un troisième pôle, quine se reconnaît ni à travers lesuns ni les autres, a prisnaissance depuis unesemaine. Traversé, dans lepassé, par une vague decontestations auxconséquences ravageuses, leRND semble tirer profit et deses échecs précédents et de lafragilité des autres formationspolitiques.La machine pour lerecrutement des transfugesen provenance des autresformations politiques,actionnée il y a quelques moispar le RND, semble donnerdes résultats.Rallié par deux FFS de l'APCde Taoura, ensuite parLakhdar Korichi, un membrede l'exécutif communal deSouk Ahras, d'obédience FNA,le parti de Ouyahia aofficiellement accueilli dansses rangs un élu RCD de lacommune de Ouled Driss, enl'occurrence Toufik Hafsi.
 A. Djafri 
D
e Biskra, rebaptisée pour la circons-tance «Citadelle du PT», où elle aanimé jeudi dernier à la salle Zaâtchaun rassemblement régional des cadreset militants du Parti des travailleurs in-vités à établir un bilan post-électoral et àfaire une lecture politique de la décon-venue du 9 avril, Louisa Hanoune a dé-claré, d'emblée, qu'elle rejetait dans lefond et la forme les résultats de l'élec-tion présidentielle.Après avoir rendu un vibrant hommageaux militants du PT de la wilaya de Bis-kra et de toute l'Algérie, lesquels, a-t-elle soutenu,
«se sont distingués par leur engagement et leur maturité poli-tique malgré les pressions, les intimida-tions et le parti pris de l'administra-tion»
, elle a rappelé succinctement lesgrands axes idéologiques fondant laphilosophie de son parti créé en 1990dont
«les principes nullement surannésconsistent à mettre en avant l'intérêt du pays et des travailleurs au centre detoute politique»
. Consacrant une largepart de son intervention aux résultats del'élection présidentielle, l'oratrice a esti-mé que le PT a été spolié de milliers devoix représentant au moins 30% desvoix exprimées et que le score (4,22%),qui lui a été
«frauduleusement»
attribuéau niveau national, était loin de refléterla réalité du terrain.Elle confirme avoir introduit 174 re-cours concernant 38 wilayas où
«la fraude et la falsification se sont jouées àciel ouvert et ceci essentiellement audétriment du PT»
, a-t-elle précisé, avantd'ajouter que l'annonce d'un taux departicipation de 75% était une aberra-tion et qu'un chiffre avoisinant les 50%aurait été plus proche de la réalité.
«Jene reconnais pas les résultats de cetteélection marquée par une fraude massi-ve et qui n'a pas fini d'avoir des réper-cussions profondes sur la société algé-rienne»
, a-t-elle clamé sous lesapplaudissements. Corroborant sesdires, des responsables et des militantsdu PT des wilayas de Batna, Khenchela,Sétif, Bordj Bou Arréridj, M'sila, ElOued, Ouargla, Oum El Bouaghi et Bis-kra dont, il faut le rappeler, le siège decampagne a été la proie d'un incendiequelques jours avant les élections, sesont alors relayés pour mettre en avantles
«déplorables»
conditions dans les-quelles les élections se sont dérouléespour eux. Devant la patronne du parti etdes membres du bureau national, ils onténuméré une longue liste de dépasse-ments dont ils auraient été les victimes :agressions verbales et corporelles, me-naces, falsifications de PV, bureaux devote parallèles, nombre de votants su-périeur à celui des inscrits sur les listesélectorales, des scores de 100% de par-ticipation affichés par certaines com-munes, des substitutions ou de bourragedes urnes et autres courses poursuitesentre chefs de centres de vote et obser-vateurs assermentés par les partis. Nul-lement abattue par la tournure des évé-nements, mais se disant plutôtragaillardie par les milliers de lettres desoutien et de sympathie qui lui seraientparvenues de tout le pays.Louisa Hanoune a fustigé, sans lesidentifier, les
«centres d'intérêt occultesqui ont privé l'Algérie et ses jeunesd'une bouffée d'espoir»
, ainsi que leConseil constitutionnel, le Parlement etla Commission nationale de surveillan-ce des élections qu'elle accuse de
«n'avoir rien vu et d'avoir cautionné une injustice»
, a-t-elle expliqué avantde dire qu'
«une fois encore, le régimes'est fourvoyé dans une opération de fraude massive qui dessert plus le paysqu'elle ne renforce sa crédibilité et sasouveraineté»
.
H.Moussaoui
       P     u       b       l       i     c       i      t       é
    P    H    O    T    O   :    H .    L    Y     È    S    P    H    O    T    O   :    H .    L    Y     È    S
L’ex-candidat à la présidentielle avait misé sur un score de
20
%
 
MOHAMED HARBI AUX DÉBATS
D’EL WATAN 
 JEUDI À ALGER
«La démocratie est restéeun discours loin de toute pratique»
Suite de la page 1
L
e printemps berbère, qui en est àsa 29
e
édition, est essentiellementfêté par la direction de la culture de lawilaya de Tizi Ouzou, dirigée parOuld Ali L'hadi, qui a conduit lacampagne électorale du présidentBouteflika à la présidentielle du 9avril. Ce cadre de l'exécutif de wilayamet sur pied un énigmatique «Mou-vement associatif amazigh» et unmystérieux «Comité des activitésculturelles et artistiques de la wilayade Tizi Ouzou» pour organiser «unesemaine de l'amazighité» à partird'aujourd'hui jusqu'au 23 avril dansl'enceinte de la maison de la culturedont il est responsable également. Leprogramme comprend une série deconférences qui seront données pardes enseignants universitaires et des journalistes, dont on a souligné, pourcertains, le soutien à la candidaturede Bouteflika. Ainsi, Madjid Be-nyaou de l'université Mouloud Mam-meri de Tizi Ouzou donnera uneconférence sur «La revendicationamazighe et l'Etat-nation», Idir Be-nyounès, directeur du quotidien
 La Dépêche de Kabylie
, et Kamel Amar-ni, secrétaire général du Syndicat na-tional des journalistes, traiteront de
«l'apport de la presse dans le combat identitaire»
. Mouloud Lounaouci,ancien militant de la cause amazigheet ex-cadre du RCD, est désigné pourclôturer les 11 conférences publiquesprogrammées. Les partis, comme leFFS et le RCD, qui habituellementprenaient part aux manifestations àtravers les mouvances du Mouve-ment berbère de manière imposante,paraissent se limiter à des questionsde survie. L'organisation des archs seréduit à l'image singulière de BélaïdAbrika. A défaut de manifestations,de grèves et de marches populaires,qui mobilisaient des milliers de ma-nifestants, la coordination des archsde Tizi Ouzou lance, pour aujour-d'hui, des invitations personnellespour assister cet après-midi au niveaude leur siège à une table ronde quisera animée par le professeur Mo-hand Issad, président de la Commis-sion d'enquête sur les événements duprintemps noir 2001. Ce juriste de re-nommée interviendra sur le thème«Pourquoi l'impunité et commentpouvoir juger les assassins des 126martyrs du printemps noir 2001 ?»La commémoration du 8
e
anniversai-re du 18 avril, jour où le lycéen Mas-sinissa Guermah a été tué par un gen-darme dans l’enceinte de la brigade àBeni Douala, qui débute ce matin à10h par le dépôt d'une gerbe de fleurssur sa tombe, reste modeste. BélaïdAbrika a expliqué la raison à
 El Wa-tan
:
«Nous sommes affaiblis, c'est clair, comme toutes les organisations politiques et la société civile.»
La fa-tigue est générale. Le vivier de la pro-testation reste l'université. C'est jus-tement sur la communauté estudian-tine que s'appuie le Mouvement pourl'autonomie de la Kabylie (MAK) deFerthat M'henni pour organiser desactions de protestation. Le MAK ap-pelle à une marche, lundi 20 avril, del'université Mouloud Mammeri versl'ancienne mairie de la ville de TiziOuzou.
S.G.
El Watan 
- Vendredi 17 - Samedi 18 avril 2009 - 
LACTUALI
D
evant une assistance composée essentiel-lement d'universitaires, chercheurs, ensei-gnants, écrivains et hommes politiques,l'historien algérien Mohamed Harbi a décorti-qué, jeudi lors des
 Débats d'El Watan
consacréau thème «Les intellectuels et le pouvoir en Al-gérie», le rapport complexe existant entre l'intel-ligentsia, l'élite et les régimes politiques en Algé-rie. Ceci, non sans évoquer la question de la dé-mocratie et le processus électoral dans notrepays. Près de 500 personnes se sont déplacées àla salle Ibn Zeydoun de Riadh El Feth, à Alger,pour écouter avec attention cet intellectuel, mo-déré et humaniste. Dans son intervention, l'histo-rien s'est attardé sur le rôle des intellectuels algé-riens, leurs préoccupations, leurs positions etleurs relations avec le pouvoir dans des momentsdifficiles et à travers les différentes évolutionsqu'a connues notre pays. L’orateur expliqueraque l'imaginaire d'une partie de
«l'intelligentsiaalgérienne donne une perception du réel. Doncune partie de l’intelligentsia : celle qui a fait le pays sur le plan politique ainsi que le fonction-nement du système qui a hérité de certainstraits de ces devancières qui tiennent du passé».«En Algérie, l'imaginaire des siècles ancienscontinue à peser sur la perception qu'ont les Al-gériens du réel»
, a indiqué le conférencier. SelonM. Harbi, le passé n'a pas cessé de faire valoirses conséquences dans le processus d'autonomi-sation de l'intellectuel en Algérie.Tout au long de sa conférence, il a parlé des rap-ports des intellectuels avec la guerre de Libéra-tion nationale, la réalité de la participation desétudiants, surtout des lycéens, dans l'action ar-mée et malheureusement, la marginalisationd'une grande partie de cette élite des grandes dé-cisions. L'Etat a interdit toute opposition et lesmouvements sociaux. M. Harbi pense que notrepays ne renferme pas, au sens propre du terme,des intellectuels porteurs d'idées concrètes ouqui produisent ces idées, mais il existe plutôt uneintelligentsia qui diffuse des idées. Cette intelli-gentsia, de l'avis de Mohamed Harbi, ne puisepas dans la vie sociale et sociologique des Algé-riens mais beaucoup plus dans le salafisme...En parlant justement de l'évolution de cette intel-ligentsia, l'historien évoque comme premièreétape la fusion du savoir et du pouvoir et l'inca-pacité de l'ensemble des partis politiques à diffé-rencier entre ces deux concepts.
«Avant l'indé- pendance, aucune organisation politique n'a pu faire le distinguo entre le pouvoir et le savoir»
, arelevé l’historien.En revanche, la donne a relativement changéaprès la naissance des différents mouvements,notamment estudiantins, qui revendiquaientalors le monopole de l'expression, c'est-à-dire ladifférenciation entre le savoir et le pouvoir. Par lasuite, le pouvoir a joué la carte de la cooptationen subordonnant les intellectuels, d'où la gri-saille politique que vit actuellement notre pays.Après l'indépendance, a-t-il observé, l'élite etl'intelligentsia de ce pays ont été confrontées àune situation sociale particulière. Elle a contraintcertains, y compris les communistes et ceux degauche, à rejoindre le clan du pouvoir en tra-vaillant étroitement avec lui, alors qu'ils avaientune vision et une orientation diamétralement op-posées de la gestion des affaires de l'Etat.Et les intellectuels ayant refusé de se rallier aupouvoir ont été marginalisés alors que d'autresont été forcés à l'exil. M. Harbi fera remarquer,en parlant des partis politiques, que le FLN de laguerre de libération et le FLN post-indépendan-ce n'étaient plus les mêmes. Si le premier regrou-pait un cartel d'élites venues de différents hori-zons et ayant un seul but : combattre le colonia-lisme, le second a vu la faction de cette élite quis'est opposée pour de multiples raisons auxorientations de la direction du parti, d'oùd'ailleurs la démission du FLN d'Aït Ahmed, deBoumendjel et de Ferhat Abbas. Ce qui amène,dans ce sillage, l’historien à considérer la démo-cratie comme étant un instrument techniqueentre les mains du pouvoir et que l'idée de la dé-mocratie est nouvelle dans la société algérienneet sa pratique ne se faisait pas selon les principesde la démocratie.M. Harbi fustige par là même les organisationspolitiques qui, d'après lui, ne fonctionnent pas demanière démocratique, y compris les partis com-munistes.
«La démocratie était un langage et non une pratique. Ce qui était généralisé, ce sont les notions du maître et le serviteur et ceux du di-rigeant et du leadership. Il y a un certain autori-tarisme même au sein de la famille et dans larue. De ce fait, la démocratie est restée un dis-cours loin de toute pratique»
, a-t-il soutenu. Ilrappellera dans ce sens le rôle joué par le pouvoirdans l'instauration de ses règles en matière de dé-mocratie. Un fait qui a empêché l'élite de s'écla-ter et de briser ce cercle pour se mêler à la popu-lation.
«Le régime en place a refusé toute cri-tique émanant de l'extérieur du pouvoir et l'élitea été prise dans ce sens au piège. Toutefois, ceuxqui ont pu contourner cet interdit et qui se sont substitués à cette élite sont les journalistes et lesavocats...»
, a soutenu Harbi. Enchaînant sur lesélections en Algérie, M. Harbi a révélé qu'ellesont été manipulées depuis 1962 et jusqu'à pré-sent par l'administration et que l'opinion pu-blique ne pèse pas de son poids et n'a aucun rôleà jouer. L'historien a indiqué que l'Algérie a vécudepuis longtemps dans un statu quo et que la dé-mocratie est restée un discours loin de la pra-tique. Partant de cet état de fait, M. Harbi penseque cette question constitue une bataille réellequi va prendre un tournant décisif dans unproche avenir.
 Nabila Amir
LES ÉVÉNEMENTS DES PRINTEMPS D’AVRIL 1980 ET DE 2001
Une commémoration sous un air d’automne
Mohamed Harbi, jeudi lors
des Débats d’El Watan
Le FFS et le RCD, qui habituellement prenaient part aux manifestations, paraissent se limiter à des questions de survie
    P    H    O    T    O   :    H .    L    Y     È    S    P    H    O    T    O   :    S    O    U    H    I    L    /    A    R    C    H    I    V    E    S
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