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Energie et équité - 1973
ParÂ
Ivan Illich
• 3 fév, 2008 • Catégorie:
Destruction de la planète
,
Fin du pétrole
,
Livres
Ce texte majeur et précurseur d’
Ivan Illich
prévoyait, avec 30 ans d’avance, les problèmesposés par l’utilisation de
hauts quanta d’énergie
, comme la destruction de la structure sociale etdu milieu physique. Il s’agit d’un classique de la littérature anti-voitures.
ÉNERGIE ET EQUITÉ
Ivan Illich, 1973, Ed Le SeuilÂ
CHAPITRE ILa crise de l’énergieAujourd’hui il est devenu inévitable de parler d’une crise de l’énergie qui nous menace. Ceteuphémisme cache une contradiction et consacre une illusion. Il masque la contradictioninhérente au fait de vouloir atteindre à la fois un état social fondé sur l’équité et un niveautoujours plus élevé de croissance industrielle. Il consacre l’illusion que la machine peutabsolument remplacer l’homme. Pour élucider cette contradiction et démasquer cette illusion, ilfaut reconsidérer la réalité que dissimulent les lamentations sur la crise : en fait, l’utilisation dehauts quanta d’énergie a des effets aussi destructeurs pour la structure sociale que pour lemilieu physique. Un tel emploi de l’énergie viole la société et détruit la nature.Les avocats de la crise de l’énergie défendent et répandent une singulière image de l’homme.D’après leur conception, l’homme doit se soumettre à une continuelle dépendance à l’égardd’esclaves producteurs d’énergie qu’il lui faut à grand-peine apprendre à dominer. Car, à moins d’employer des prisonniers pour ce faire, l’homme a besoin de moteurs auxiliaires pour exécuter la plus grande partie de son propre travail. Ainsi le bien-être d’une société devrait semesurer au nombre de tels esclaves que chaque citoyen sait commander. Cette conviction estcommune aux idéologies opposées qui sont en vogue à présent. Mais sa justesse est mise endoute par l’inéquité, les tourments et l’impuissance partout manifestes, dès lors que commeces hordes voraces d’esclaves dépassent d’un certain degré le nombre des hommes. Lespropagandistes de la crise de l’énergie soulignent le problème de la pénurie de nourriture pour ces esclaves. Moi, je me demande si des hommes libres ont vraiment besoin de tels esclaves.Les politiques de l’énergie qui seront appliquées dans les dix prochaines années décideront dela marge de liberté dont jouira une société en l’an 2000. Une politique de basse consommationd’énergie permet une grande variété de modes de vie et de cultures. La technique modernepeut être économe en matière d’énergie, elle laisse la porte ouverte à différentes optionspolitiques. Si, au contraire, une société se prononce pour une forte consommation d’énergie,alors elle sera obligatoirement dominée dans sa structure par la technocratie et, sousl’étiquette capitaliste ou socialiste, cela deviendra pareillement intolérable.Aujourd’hui encore, la plupart des sociétés — surtout celles qui sont pauvres — sont libresd’orienter leur politique de l’énergie dans l’une de ces trois directions : elles peuvent lier leur prospérité à une forte consommation d’énergie par tête, ou à un haut rendement de latransformation de l’énergie, ou encore à la moindre utilisation possible d’énergie mécanique.La première exigerait, au profit de l’industrie, une gestion serrée des approvisionnements encarburants rares et destructeurs. La seconde placerait au premier plan la réorganisation del’industrie, dans un souci d’économie thermodynamique. Ces deux voies appellent aussid’énormes dépenses publiques pour renforcer le contrôle social et réaliser une immense
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