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COURRIER DE L
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ACAT
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AVRIL
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MAI
2009 —19
Oùensontlajusticeetlaréconciliation?
DOSSIER
proposéparClémentBoursin,
responsabledesprogrammesAfrique 
RWANDA
QUINZEANSAPRÈS
Entre avril et juillet 1994, près d’un million depersonnes, principalement des Tutsis, mais égalementdes Hutus opposés à la logique génocidaire, ont étéexterminés dans l’indifférence internationale.À l’occasion de la commémoration de ce génocide,l’ACAT-France a demandé à six membres de lasociété civile, rwandais comme français, connus pourleur travail sur le génocide, de témoigner de leurvécu, de la difficulté de réconcilier, et de leur combaten faveur de la vérité et de la justice au Rwanda.
     R    w    a    n     d    a .     ©     R    a    p     h    o     /     P     i    e    r    r    e   -     Y    v    e    s     G     i    n    e     t
 
Entre avril et juillet 1994, le Rwanda est lethéâtre d’un génocide qui emporte près d’unmillion de personnes. Les Tutsis sont la cibledésignée des tueries. Les Hutus partisansd’une solution de paix négociée avec le Frontpatriotique rwandais (FPR) ou simplementopposés à la logique meurtrière connaissenteux aussi un sort fatal. Lorsque le FPR prend lepouvoir en juillet 1994, le pays est confronté àune situation de chaos absolu. Au chocproduit par le génocide s’ajoute l’exil dedeux millions de Hutus, poussés sur les routesdu Zaïre par les cadres de l’ancien régimeimpliqués dans les massacres.Quinze ans après, comment vivre ensemble,comment apaiser la société
…
?
_Hélène Dumas
, doctorante à l’École des hautes études de sciences sociales 
COURRIER DE L
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2009
Quinze ans après le génocide,le Rwanda demeure enbutteàdenombreuxenjeuxsociaux,historiographiques,mémoriels et judiciaires. Cet ensemble de questions setrouverésumédanslanotionderéconciliationnationale,formulesouventinvoquéeaussibienparlesautoritésqueparlesacteurssociauxeux-mêmes;etrarementexplicitéequant à sesattendusintellectuels et moraux. Malgré desappréhensions variées, cette réconciliation à venir passeparlamiseendébatdel’histoireetdelamémoiredugéno-cide.Exercicedifficiles’ilenesttantcesdeuxnotions,sou-ventcontradictoires,recouvrentunetensionmajeureentreles impératifs politiques du vivre-ensemble et la dimen-sionconflictuelledupassé.Eneffet,commentréconcilierceux-làmêmesquel’onsommederévélerlaviolencedugénocide ? Comment apaiser une société en commémo-rantlecrime?Commentconjuguerl’effacementdetouteréférence ethnique au souvenir d’un crime qui s’en estnourri?Voilàquelques-unesdesinterrogationsmajeuresauxquellesleRwandafaitfaceaujourd’hui.Ilnes’agitpasici d’apporter des réponses à ces défis majeurs mais bienplutôtd’observeretd’analysercommentlepaystentedes’yconfronter à traversdes exemplesprécis: la politiquedelamémoireetlesjuridictionsgacaca.
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Le difficile cheminde la réconciliation
D     é    p     l    a    c    e    m    e    n     t    v    e    r    s    u    n    c    a    m    p     d    e    r     é     f    u    g     i     é    s .     ©     A     P
 
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2009 —21
Au Rwanda, les sites mémoriaux du génocide cor-respondentàplusieurslogiquesdeconservation,quirelè-vent à la fois du volontarisme politique et de pratiquessocialesplusinformelles.Eneffet,ilssontprisenchargepar un dispositif institutionnel, une direction adminis-trativeduMIJESPOCrelayéedepuis2008parlaCom-missionnationaledeluttecontrelegénocide,maisaussipardesinitiativesprivées.Cettediversitécorrespondauxparticularités du pays dont l’espace, on pourrait mêmedirelagéographie,estfortementmarquéparlesouvenirdugénocide.Laproximitéentrehistoireetmémoiresyn-thétiséeparlelieusedoubleenoutred’unesecondesin-gularité. Celle-ci réside dans la transformation d’en-ceintesfamilièrescommeleséglises
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,lescollinesoulesécolesenlieuxdésormaissacralisésparl’entreprised’ex-termination.Ceslieuxsedéfinissentdèslors,commel’é-critPierreNora,en«
lieuxmixtes,hybridesetmutants,inti-mement noués de vie et de mort, de temps et d’éternité ; dans une spiraleducollectifetdel’individuel,duprosaïqueetdusacré,del’immuableetdumobile.
(2)
» L’ambivalenceainsisoulignéecommandeuneanalysecomplexeprenantenconsidéra-tionlesvariationsd’échellesetdesignificationsauxfinsd’esquisser une possible typologie de ces lieux demémoireauRwanda.
La mémoire nationale
. En premier lieu, on repère unemémoirenationale,incarnéedanslacommémorationoffi-cielle, dans l’érection des sites mémoriaux, et dans l’en-sembledesinitiativesgouvernementalestendantàinscrirele génocide dans la mémoire collective. Une entreprisequi révèle toute une série d’ambiguïtés politiques. Eneffet, pour la première fois depuis 1995, date de la pre-mièrecommémorationdugénocide,ladénominationducrimementionnelesprincipalesvictimes,c’est-à-direlesTutsis.Lesbanderoles,lesdiscoursofficielsetlesmémo-riauxinaugurésen2008rappellentqu’ils’estagien1994du génocide des Tutsis –
Jenoside y’Abatutsi
en kinyar-wanda. Jusque-là, les discours publics et les mémoriauxmentionnaient«
legénocided’avril 
»ou«
de1994
».Cetteoccultationdelaréférenceauxvictimespeutêtreéclairéepar deux hypothèses. Comme le soulignait déjà JoséKagabodanssoninterventionàKigalilorsdeladixièmecommémoration du génocide en 2004, comment rap-peler qu’il s’est agi d’un génocide contre les Tutsis sansrenvoyer
ipsofacto
àl’identitédeceuxquil’ontcommis,etpartant,ouvrirlavoieàlacollectivisationducrime?Enoutre, cette notion d’ethnie se révèle politiquementembarrassante.Commentd’unepartennierlapertinencescientifique, historique et culturelle, tout en reconnais-santparailleurssapuissanceidéologiqueetpolitiquequiaconduitaugénocide?Lesparadoxessoulignésicisem-blent avoir été surmontés par l’adoption de l’expression«
 Jenoside y’Abatutsi
».Commentrendrecomptedecetteévolution?Àcestade,onpeutémettreunehypothèse.Eneffet,l’inflationdesdiscoursnégationnistesdepuis2005apeut-êtremotivél’adoptiond’uneformuledénuéed’am-biguïté. Certains auteurs négationnistes se sont en effetemparés de la formule «
génocide rwandais
» pour nier laréalité du massacre des Tutsis et le noyer dans un flot detueriesspontanées,sansprofondeurpolitiqueethistorique,nourrissantainsileclichééculédela«
barbarieafricaine
».
Lamémoirepersonnelle.
Auxcôtésdelapompecommé-morative officielle, la mémoire personnelle du génocidefaitappelàdesmanifestationsplurielles.Laplusévidented’entre elles correspond au souvenir quotidien des êtreschersdisparus,entretenunotammentparlaprésencedestombeaux dans l’enceinte des concessions familiales. Lamémoire personnelle trouve d’autres supports de trans-missiondansleschantsenregistrésetvendusdanslecom-merce mais également dans les messes et veillées mor-tuaires. Pendant la commémoration, un grand nombrede ces veillées funèbres sont organisées. Elles créent unespacedeparoleparticulierpourlesrescapés.Ilspeuventlaisserlibrecoursàleurémotionetàleurdouleur.Cetteexplosionémotionnelleressortd’unecatharsispopulairesingulièredansuncontextesocialordinairementmarquéparunegranderetenue.Car,au-delàdescrisetdespleurss’exprime un fort potentiel de violence que les autoritéss’efforcent de canaliser par le recours à une politique deréconciliation nationale. Le discours de la raison poli-tiqueetdelapacificationsocialeestmisentreparenthèseslorsdecesmomentsderecueillement.Toutefois,onpeutégalement s’interroger sur la brutalité émotionnelle decescérémoniesoùlestémoignagesrappellentdemanièretrèscruelessouvenirsdugénocide.Cettemodalitésisin-gulière du témoignage en période de commémorationprovoquedesexpressionstraumatiquesimpressionnanteschezlesrescapésprésents.BeaucouptombentensyncopeetsontévacuéspardesmembresdelaCroix-Rouge.
Établir la vérité.
Les commémorations annuelles et lessitesmémoriauxneconstituentpaslesseulsespacesoùlegénocide est remémoré. En effet, exclusivement consa-crées à l’instruction et au jugement des dossiers relatifsau génocide, les juridictions gacaca ont pour vocationessentielled’établirlavérité.Laportéepunitivedelajus-ticesedoubled’uneviséeréconciliatrice.
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