• Embed Doc
  • Readcast
  • Collections
  • CommentGo Back
Download
 
La toison d'or
 
ou
 
Fleur des Trésors
 
de
 
Salomon Trimosin
 
 
Prologue
 Alphidius à bon droit estimé l'un des plus célèbres et recommandables à la postérité d'entre lesanciens et sages Philosophes de son temps, nous propose en ses divins écrits, que la contemplationordinaire, considération mystérieuse et lecture continue des auteurs approuvés, renommés,suffisamment pour tels recommandés, et qui nous ont à qui mieux divinement traité de cet œuvre,chanté ni révéré des plus rares esprits, qui par curiosité digne d'un tel sujet, ou par compassion d'yvoir tant d'âmes aveuglées y consommer le temps, ont bien sagement daigné produire au jourquelque brillante étincelle de l'excellence de notre Lion qui se connaît à la patte, pour arrhesseulement de l'ardente lumière qu'ils en ont retirée, ou pour juger pour le moins à peu près, de lapierre précieuse par l'examen de cet échantillon sacré ; ce sage dis-je et prévoyant docteur dit que larecherche de ce Soleil terrestre rapporte autant ou plus de fruit et de contentement aux nourrissonsdoctement élevés sous la providente tutelle de cette science surhumaine et sans doute céleste,amiablement nourris de l'agréable lait de sa mamelle et amoureuse et savoureuse; qu'elle peut demépris et mécontentement aux oreilles bijearres de ces doctes ignorants, qui n'ont l'entendementassez rassis pour en juger pertinemment et comprendre l'effet d'un mystère si haut, si grave etsérieux, la vue assez subtile pour en voir le sujet, ni le cerveau de soi suffisamment timbré pourarrêter le prix de cette perle inestimable : mais seulement nourris, élevés et soulagés, rassasiés, oupour mieux dire entretenus du suc amer d'ignorance, se rendent incapables de viandes plus solidespour digérer à point nommé et se remettre à tout propos comme un objet devant les yeux, l'art de laPierre des Sages que nous disons le Ciel des Philosophes.Mais à ceux-là ne conseillerai-je jamais aussi de s'empêtrer plus avant dans les vagues replis de laToison dorée, non pas même toucher du moindre bout du doigt ni des lèvres seulement ce Dédaleinépuisable de leur faible portée; pour ce que ces cervelles écervelées ne sont pas appelées autriomphe glorieux de ce degré d'honneur, promis et assuré aux âmes seulement philosophes, non pasà tous venants, ni s'embrouiller l'esprit, assez capricieux d'ailleurs, d'oser sucer le miel des délicesde nos judicieux écrits : étant plus à propos, utile et profitable à ces têtes ignorantes d'en préférer lesouvenir du coût au mérite du goût sans l'exercer à ce labeur, ni faire quelque épreuve si chétive quece soit, de notre opération divine; mais plutôt retirer du verger verdoyant de nos précieusesHespérides le nez infructueux de leur insuffisance, incapable des propositions trop subtiles pour leurchef, de notre œuvre excellente, à l'égard disproportionné de leurs faibles pensées. Notre célesteMuse ne s'amuse pas aussi aux caprices indifférents de tout le monde en gros, mais en détailconsidère les uns pour mépriser les autres, faisant un choix sortable de ses plus favoris et de ceuxqu'elle peut reconnaître vrais enfants de la science, les appelant bénignement aux plus heureuxrayons de ses rameaux dorés, au lieu qu'elle éloigne les autres tant qu'elle peut de ses foyers :
Profanes n'approchez de nos trésors sacrés
 
 Aux élus seulement saintement consacrés
.Rhasis n'en pense pas moins au traité qu'il a fait de la lumière des lumières. Nul ne doit, dit-il, tantde soi présumer, sans espoir assuré d'encourir, par le blâme certain la honte qu'il mérite, étendantses désirs au-delà des imprudentes limites de sa capacité pour puiser à son gré dans les faiblesressorts de son débile esprit, l'essence pure et nette des mixtions admirables, quoiqu'à euxinconnues, des parfaits éléments. Aussi qu'à vrai parler, de telles sortes de gens y mettant plus qu'ilsn'en recueilleront, s'apprêtent plus de confusion que de contentement, plus de brocard que desoulagement, plus sujets mille fois à l'appréhension d'un triste châtiment, qu'au gain du fruitprémédité; sans se ressouvenir de la verge d'Apelle, qui reprit en deux mots la scientifiqueprésomption d'un rogue savetier par la baguette de sa rigueur, à l'instant qu'il pensait proprement2
 
étaler son discours importum hors les droites clôtures de son simple soulier, pour reprendreimprudemment, et à l'égal d'un vénérable censeur, les traits et le portrait de son grave tableau :
Tu pouvais, lui dit-il, parler de ta pantoufle,
 
 Mais non pas d'un pourpoint, d'un bras ou d'une moufle.
 Aussi est-ce pourquoi fort à propos, la Bienséance pour éviter le blâme envenimé, et la censure d'unpublic ombrageux, nous met devant les yeux ce point de modestie :
Plus qu'on ne peut on ne doit essayer;
 
 Et tel en bruit qui ne sait bégayer.
 Avec cette autre colonne qui lui sert d'étançon et de solide appui :
 Exerce simplement ce que la connaissance De ton Art t'a donné, et fais expérience De ce que tu connais.
 Mais quoi, chacun dorénavant en ce temps misérable s'en fait tant et tant accroire, et se flattetellement en son opinion, qu'il ne trouve plus rien de trop chaud, que sa main d'arrogance ne prenneimpunément, pensant bien rencontrer en ce siècle de fer, quelques sicles dorés, et plus assurémentque la fève au gâteau :
 L'ignorant accablé dedans son ignorance,Veut ores discourir d'une docte science,Pensant même savoir tout ce qu'il ne sait pas.
 Tellement éventés, que tenant un grand quartier des caprices de la lune, ils se rompent la tête à lapenser faire descendre avec ses influences sur le corps de la terre, mère des éléments, même par unsentier qu'ils ne connurent jamais; seulement appuyés sur les apparences naturelles d'une curiositéconcupiscible et désireuse de nouveautés. Mais si tant est que,
ignoti nulla cupido,
selon lePhilosophe, quelle apparence peuvent-ils concevoir des effets transcendants de notre bon génie?
 Leur esprit plus léger qu'une légère nue Ne peut pas bien parler d'une chose inconnue.
 Et non plus que les aveugles qui ne peuvent pas juger des couleurs, étant privés de la vue, ainsi lesignorants ne peuvent-ils parler qu'en bégayant ou les pieds sous la table, du ciel des philosophes :
Site fata vacant, aliter non,
dit Augurel en sa Chrysopée :
Que si du Ciel la faveur t'est donnée, Adonne-toi à cet Art précieux
 
Puisque d'ailleurs elle n'est ordonnée 
3
of 00

Leave a Comment

You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...
You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...