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Octave Mirbeau, « Pourquoi des expositions ? »

Octave Mirbeau, « Pourquoi des expositions ? »

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Published by Oktavas
Article paru dans "La Revue des deux mondes", 15 décembre 1895, pp. 888-908.
Article paru dans "La Revue des deux mondes", 15 décembre 1895, pp. 888-908.

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Categories:Topics, Art & Design
Published by: Oktavas on May 31, 2013
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05/14/2014

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POURQUOIDESEXPOSITIONS?
Leprojetd'uneExpositionuniverselle,en1900,n'apasétéaccueillisansdevivesprotestations.On. ena,unpeu partout,avec des raisons fortes etjustes,contesle résultatutilitaire,l'influencemorale,etl'opportunité politique. Aps enquêtesé-rieuse,ilne semblepas quelescritiques, parfoisviolentes,qu'onenafaites,fussentexagérées;et jene vois pas tropceque pour-raity répondredetriomphantunesprit impartial, quine demandequ'àêtrerenseigné.La provincesemontre,engénéral,forUrritéccontre ceprojet,et Paris nes'yenthousiasmepoint.Ils ontraison.Aupointdevuetechnique,rien neJustinecetteexposition,ni unedécouverteimportante,danslesdifférentesspécialitésde nosindustries;ni uneapplication scientifiquenouvelle,offrantunintérêtnational;ni un mouvement d'artquidoiverégénérer nosesthétiques épuisées;ni la solution d'unproblèmesocial,asuite dequoi puisseêtre crété le bonheur universel. Ilm'eçf impossibledeprendreaurieux cette raisoninvoquéepar les patriotes quec'est là une victoire sul'Allemagne, laquelle,stM.FrançoisDeloncle ne l'tdevancée,se fûtempresséed'ac-corder,àBerlin,sesviolonsau lieu devenir,àParis,dans'au son des nôtres. J'ai beauchercher,jenetrouvepour lajus-'tifier rien d'autrequecettesuperstition populaire, quelesexpo-sitions universelles doivent revenir cheznous,tous lesdixans.comme lesgrandes gelées.D'ailleurs,ilfaut le direbienhaut:àl'exceptiond'une certainecatégoriedecitoyens,montreursde phénomènesetmarchands deplaisirs,dontil n'estpasexcessiid'affirmer qu'ilsne sont pasl'élite dugéniefrançais,étant, pour laplupart, étrangers,etquionttoujoursquelquechoseapécher danscestroubles eauxquesont lesfouleshumaines;à l'excep-tion aussi dupersonnel gouvernemental,pour qui-cesépo~~dedépressionnerveuse et de<zr<?~~M/<x/ox'?'c,sontdes garantiesdedurer,autantqu'elles-mêmesdurent,personneoupresque personnene la désire.Beaucoup,aucontraire,la redoutentpan~4.
 
LES.EXPOSITIONSUNIVERSELLES. 889
ceuxquidevraienten être les plusardenspartisansetqui,lesunssrâce àleur situation semi-officielle defournisseurs del'Etat,lesautrespar leur émulation deprouver une existence concur-rente,sontouse croientobliges d'y prendreune partefïecMve,qu'ils saventà l'avanceonéreuse etvaine. Tousont,aujourd'hui,te sentimenttrèsnet,acquis par desexpériencestrèsdures,quelesexpositionsuniverselles sont ungrandleurre,pour nepasdireungrandmensonge quel'activité deséchangescommerciauxs'yarrête plus qu'ellenes'y développe; queles progrèsdel'industrie,dessciencessociologiquesetde l'artnesetrouvent,en aucunemanière,liés aux retourspériodiquesde ces incohérentesfoiresdontle résultatrestequ'ellesbouleversent profondémentnos habi-tudeset,par un renchérissement odieux de tous lesobjetsde con-sommationcessaires à lavie,rendent pluslourde l'existencedéjàsi difficileà porter despetits ménages parisiens.Etpuis,ily adesespritssentimentauxquivoient,non sansunelégitimeterreur,lesiècleprochain,siinqutant patout cequ'ilcache en lui demenaçantetmystérieuxavenir,commencer suune bacchanale.Enrésumé,lesexpositionsuniversellessont,pour tout lemonde,etsans profit, pour la massequitravaille etqui paie,unsurcroîtd'impôtsinutiles,par conséquent,une fauteéconomique.Enaccumulant lesexhibitionsgrossièresetlesfrénétiquesspectacles, qui nes'adressentqu'auxbas instincts del'homme,ellesavilissentladignitéurbaineen étalant devant les peuples, promptsà lajalousie,le cor souvent illusoire de nos richesses provocatrices,elles attisentl'envie et perpétuentun véritabledangernational,l'exemplen'en estpassi lointainquenousayons pu l'oublier;enHn,ellessontune laideur.C'est beaucoup,àlafois,surtoutsi l'onsonge qu'ellesnenousapportent rien,enéchangedecequ'elles nous prennent.1Avez-vous vitarriver,dansuneville,vers lesoir,uncirqueaméricain? C'estunspectaclecurieux.L'emplacementchoisiet~ncédo,champde foire ouprairie,enquelquesminutes,les voi-~resquitransportentle matériel sevident;leséchafaudagesse'Cessent,71<~charpentesmontentets'engaînent,les toiles se~dent,l'estrade se parededraperiesdevelours,et la paradecommenceauson des cuivres.Apeinesi les habitans ont eu letempsd'apprendrequ'un cirqueestarridans la villeque,déjà,sur la pisteprête,les chevauxcaparaçonnésvalsentet galopent,Tuyèresenballon degaze pailletécrèvent descerceaux,et~clowns,entoupetdeniasse, balafrés derougo,sepromènent-
 
S90REVUE DES DEUX MONDES.
sur latête,engloussantun fauxanglais.Puis,la.représentationterminée,lecirques'effondrecommepar enchantementtoilesrepliées,leséchafaudages,lescharpentes,leschevaux,h;sclowns,lesécuyères,leséléphanset les chiens savansreprennentleursplacesnumérotéesdans lesvoitures,et toutdisparait.Lelendemain,dèsl'aube,il nereste plusriendecequi aété unspectaclebruyant,unepousséedefoule,desgalopadesetdesba-tailleshistoriques.On ne reconnaîtplusmêmel'emplacementoù s'estpasséecette folied'une heure. L'herbe de laprairieestun peu plusfoulée,voila tout.Et la vie de lapetitecités'édifia,l'espaced'unrire,ets'évanouit,l'espaced'unecigarette,unbâti-ment énormeetcompliqué,reprend'soncoursrégulier,vers lestâches favorites.Il serait à désirequelesexpositionsuniverselles,puisqu'ilfautlessubir,empruntassentces habitudes de politesseauxcirquesaméricains.Nous nepouvons pas exiger qu'ellesmettentunepareille promptitudeàs'organiser, puisàdisparaître,maisnouspourrionssouhaiter que,late finie etl'orgieéteinte,elles ne laissentaumoins,de leur passage parminous,aucunsouvenir durable et cheux.Malheureusement,il n'en vapasainsi,etlacoutumeestqu'elless'acharnent àprolonger,par d~ pérennitésdouloureuseset desarchitectures hideusement coni-mémoratives,le mauvais vequ'ellesont été.Cinq ansavant la date fixéepour l'ouverture d'uneexposition,Paris est livré à la manie destructive et bouleversante des archi-tectes.Leséquipesde terrassiersprennent possessiondes rueset les transformenten.fondrières.Onabat les arbres avecrage,on éventre lessquaresavecfureur,onsaccagejardinsetpro!)"nades.La villesaigneetpleuresouslescoupsde lapiocheetdelacognée.Ilyadesquartiersfermés à touteespècede circula-tionpar desbarricades,des maisonsbloquéespar la boucetp:n'lesmatériaux entassésarbitrairement,toute unepopulationsou-mise,enquelquesorte,auxrigueursd'unétat desiège,souveutsansraison,et depar la seuleautoridel'architecte,car.encestempslamentables,l'architecte estroi,etlegâchisestsonroyaume.Peu àpeu,desdécombres,desruesrasées,desjardn'~déboisés,on voitsurgir,l'uneaprèsl'autre,d'étrangeschoses,toute unearchitecture,barbare etfolle,moitiéplâtre,moitiécar-ton,desdômes,destours,descampaniles',desportiquesdescolonnades,destemples,deshypogées,despalaisenterrasses,des châteauxcrénelés,jusqu'àdeshangarset desgranges,outous les ordres seheurtent,tous lesstylesseconfondent,ailrcuxmélanged'époquesennemies,dematièresdisparates,amcnccllc"ment de. faussepierre,de fauxmarbre,de fauxor,defer im~

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