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LE MONDE

LE MONDE

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03/19/2014

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Brandirlecorps
p r i è r e d ’ i n s é r e r
Jean-NoëlBlanc
Archi-saga
«L’Inaugurationdesruines»réinventeleroman-feuilletonautourd’unedynastied’entrepreneurs
Jean Birnbaum
RaphaëlleLeyris
C
est peut-être le métier leplus logique que puisseexercerunécrivain:archi-tecte.Enlittératureaussi,il s’agit d’imaginer unlieu que les personnagespuissent habiter. D’édifier, pour unlivre ou un ensemble de textes, unestructuredanslaquellelelecteurs’ins-talleet évolue,sans que les plancherss’effondrentsoussespas,quelescou-loirsleconduisentàdesculs-de-sacouqueletoitluitombesurlatête.Depuisune trentaine d’années qu’il estpublié, l’architecte (et sociologue del’urbanisme) Jean-Noël Blanc n’avaitpourtant pas encore rendu évidentecette dimension dans son écriture,livrant au gré de l’inspiration et descommandes un corpus disparate etcharmant,pourlajeunesseoulesadul-tes,oùilestsouventquestiondechatsetdevélo(
 LeNezàlafenêtre,
JoëlleLos-feld,2009;
 LeGrandBraquet,
L’Archi-pel,2003;
 LeTourdeFrancen’aurapaslieu,
Seuil, 2000). Et voilà que cetauteuràlaplumeallègrementmélan-colique se révèle en maître d’œuvred’un monument aux fondations soli-desetauxfinitionsimpeccables,avecsouterrains,portesdérobées,chausse-trappes,escaliersdeservice…
 L’Inaugurationdesruines,
sonqua-trièmelivrepubliéchezJoëlleLosfeld,està lafois unédificeremarquableetun texte facétieux qui renoue, pours’en délecter, avec la tradition duroman-feuilleton. Il retrace au longcoursl’histoirede quatregénérationsd’entrepreneurs d’une ville baptiséeNeaulieu–littéralementnullepart,etpourtant un monde tout entier, queJean-NoëlBlancfaitvivresurunsiècle.QuandLoÿsLeBriet,enfanttroudont la naissance est devenue légen-daire, arrive à l’âge adulte, à la fin duXIX
e
siècle, Neaulieu est
«déjà plusqu’une bourgade et pas encore unecité: le cours commundes jours et destravauxne suffisaitplus à son apaise-ment sans qu’elle sache pour autant comment s’élever à la hauteur de sesespoirsetdesesavidités»
.Loÿsvaper-mettre à Neaulieu de se développer,édifiantunempireindustrielàlacom-positionfloue,quivamodelerlaville,son architecture et ses rapportssociaux. Son neveu, Fandorle, qui luisuccède,puislefilsdecelui-ci,HubertHoney,etenfinleneveudecedernier,Déodat,poursuivrontsonœuvrecha-cun à sa manière, gestionnaire ouvisionnaire, téméraire ou prudente,jusqu’àladislocationdugroupe.Paradoxeapparentquirend
 L’Inau- guration des ruines
diaboliquementefficace: toute la structure de ceroman-fleuve repose sur de courtssous-chapitres.Lespassagesdenarra-tionstrictealternentavecdespoèmes,desparolesdechanson,desarticlesdepresseouencoredesextraitsdelivressavants, tous inventés, à l’image dela«source»lapluscitée:
«P.G.Maurus- Bruhat,
LeFabuleuxRomandugroupeLeBriet,
Ed. de Montaud, 355p., 1982»
.Proche de l’oulipien Paul Fournel– auquel, entre autres, est dédié ceroman–, Jean-Noël Blanc s’amusebeaucoup,etlelecteuràsasuite,avectouscesregistresd’écriture.Iltravailleleurjuxtaposition,commeladisposi-tiondesesphraseslafaçondontunarchitecteagencelesvolumes,lesfor-mesetlalumièredesonfuturédifice.Cette charpente morcelée em-prunteauroman-feuilletonduXIX
e
siè-cleetàladynamiquedesescourtsépi-sodespubliésdanslesjournaux,desti-nésà créerchez le lecteuruneattenteet l’envie d’acheter le prochain nu-méro.
 L’Inauguration des ruines
paro-diesestitresdechapitresetentretientle même rapport distancié au réa-lisme. Mais, plutôt que de truffer sonintrigue des rebondissements rocam-bolesquespropresaugenre,Jean-NoëlBlancpréfèreglisserdesindicesdecetécart,àtraverslesprénomsraresdesLeBriet, l’interminablevieillesse du fon-dateur de la dynastie ou les citations«piégéedesesprétenduessources.Aufond,leproposdel’auteurn’estpas tant de raconter l’histoire d’unedynastiequed’établirlasupérioritédela fiction sur le réel, et peut-être de lalittérature sur l’architecture. Avec
 L’Inaugurationdesruines,
ilfaitsortirde terre la ville de Neaulieu, lui in-venteunehistoire,desluttessociales,un grand poète local… Des monu-ments, aussi, puisque chacun des LeBrietsuccessifssemetentêtededon-neràlavillesonédificephare,aupoint de ren-drefouslesarchitectesdelacité.Maiscesbâti-ments grandioses, onledécouvrira,sontpro-mis à l’effondrementprogressif ou à la des-tructionbrutale.D’où le titre du roman: inaugurerunédifice,c’estcélébrerdefuturesrui-nes, suggère Jean-Noël Blanc au fil deson ample roman-puzzle. De mêmequetoutedynastieestvouéeàs’étein-dre,ettoutempireindustrielàsedislo-queràplusoumoinslongterme.Toutest voué à la finitude? Alors autants’en amuser, semble dire l’auteur, etglissercetteaugustinienneleçondansune fresque malicieuse et ludique,menéfonddetrain,quiplielemon-deàsonbonvouloir.Etqui,elle,nedis-paraîtrapas.
p
8
a
Le feuilleton
La phrased’Hervé GuiberttoucheEric Chevillard
10
a
Rencontre
Graham Swift,le taiseux
23
a
Dossier
RomanAcadémie
Enquête
Des mastersde créationlittéraire lancéspar l’universitéfrançaise.
Eclairage
Le
creativewriting
auxEtats-Unis
Entretien
HélèneMerlin-Kajman
C
oupsurcoup,dimanche21avril,jemesuisrenduauxdeuxrassemblementsorganisésaumêmemoment,àParis,departetd’autredelaSeine,parlesdétracteursetlespartisansdu«mariagepourtous».Cesdeuxmanifestationss’opposaientpointparpoint,ycomprisparl’allureetl’équipement.EnmarcheverslesInvalides,lecortègedeLaManifpourtousdéfilaitbardéd’étendardsentousgenres:drapeaux,banderolesetpancartes,tee-shirtsrosesoubleusdesmilitantsetécharpestricoloresdesélus.AlaBastille,lafouledu«mariagepourtous»occupaitlaplacesanstropbouger,etpresquesansrienbrandir.Onapercevaitbienquel-quespancartes(cellesdel’associationActUpouducol-lectifOui-oui-oui,notamment)mais,dansl’ensemble,cequis’imposait,c’étaitlamobilisationdefemmesetd’hommessansdrapeauxnibannières,quitenaientsimplementàêtrelà.Par-delàladifférencedemoyensmatérielsentrelesdeuxmanifestations,cedépouillementfaisaitsens.Danslabrèvehistoirequ’ilproposede
 LaBanderole
(Autrement,158p.,15¤),PhilippeArtièresmontrecom-mentcetobjetpolitiquevienttoujoursprolongerlescorps.Danslesmarchespolitiquescommedanslescor-tègessyndicaux,ils’agitdemarquerphysiquementleralliementàunemêmecause.Raconterledestindelabanderole,ce
«signedechair»,
ceseraitdoncraconterlafaçondontlescorpstracentleurmessageaucœurdel’espacepublic.C’estaussimontrercomment,depuislesapaches«findesiècle»jusqu’auxFemencontempo-raines,lecorpslui-mêmeestlapremièreetlaplusélé-mentairedesbanderoles.Acetteaune,leurraretédanslerassemblementdelaBastillepouvaitdoncégalementsignifierceci:aujourd’hui,nousn’avonsriend’autreàbrandirquenoscorps.Noscorpscommesignifiantsmal-menésetrévoltés.Noscorpsentantqu’ilsinscriventunespoiràmêmelarue.Noscorpsquiformentsilencieu-sementunsimplemot,etplutôtdeuxfoisqu’une:ouiàl’amour,ouipourlavie.
p
6
a
Histoired’un livre
Saint Louis,
de JacquesLe Goff 
4
a
Littératurefrancophone
ViolaineSchwartz,Yanick Lahens
7
a
Essais
Le centenairede Paul Ricœur(1913-2005)
9
a
Polar
Mike Nicol,nouveau nomdu roman noirsud-africain
5
a
Littératureétrangère
Enrique Serna,CarleneBauer
L’auteurserévèleenmaîtred’œuvred’unmonumentauxfondationssolidesetauxfinitionsimpeccables
présente
J.-B. Pontalis
Marée basse marée haute
« Marée basse, marée haute, cette alternance est à l’image de ma vie, de toute vie peut-être.La vie s’éloigne, mais elle revient. »
« Dans chaque texte de ce recueil posthume,des tranches de vie se déroulent, cousuesde ces mots rieurs et profonds dont J.-B. Pontalisa toujours eu le secret. »
Marine Landrot,
Télérama
     C .     H     é     l     i    e     ©     G    a     l     l     i    m    a    r     d
L’Inaugurationdesruines,
deJean-NoëlBlanc,
 JoëlleLosfeld,424p.,22,90¤.
SERGIOAQUINDO
Cahierdu«Monde»N˚21234daté
Vendredi26avril2013
-Nepeutêtrevenduséparément
 
MachaSéry
S
erait-ce la fin d’untabou? Jusqu’ici égarésdans quelques cursus,les ateliers d’écriturefont une percée à l’uni-versité. A la rentrée2012, Toulouse-II-Le Mirail etLeHavreontlancédesformationsdiplômantes.Unetroisièmeverrale jour en septembre à Paris-VIII-Saint-Denis. Inconcevable il y aencoreune décennie, tant les pré-jugés étaient tenaces. Enseignerl’art d’écrire? Stupide! Le talentn’estpastransmissible,entendait-on.EnFrance,commel’amontrélasociologue Nathalie Heinich dans
 Etre écrivain. Création et identité 
(La Découverte, 2010), est consi-dérécommeécrivainceluiquialapassiond’écrireous’estdécouvertun don. En somme, une vocation,quand les Anglo-Saxons privilé-gient une vision plus profession-nelle.Aussi,pourquelacréationlitté-raireaitdroitdecitéàl’université,
«il a d’abord fallu y faire entrerlalittérature contemporaine, puiscombattrela conceptionromanti-quedesmusesinspiratrices»,
expli-queLionelRuffel,maîtredeconfé-rences à Paris-VIII et codirecteurdu futur master de création litté-raire avec Olivia Rosenthal, agré-gée de lettres, dramaturge etromancière (
Que font les rennesaprèsNoël?,
Verticales,2011).Lau-rence Mathey, professeur delittérature médiévale au Havre,avance une autre explication:
«En France, on part du principeque les étudiants savent écrire, cequi est faux, alors qu’aux Etats-Unis il y a des cours de rhétoriquedans différentes disciplines pour apprendre,par exemple, à rédiger une thèse en histoire ou en géo- graphie.»
L’éditeur et romancierJean-MarieLaclavetine,quianimedepuis le printemps dernier desateliers d’écriture proposés aupublicparGallimard,lereconnaîtaussi:
«Les Anglo-Saxons sont  pluspragmatiques.Ilsétudientles possibilités narratives et les diffi-cultés qu’elles soulèvent sous unanglepratique.»
Silacréationlittéraireatanttar-déàentreràl’université,c’estaus-siparcequ’auxréticencesdeprin-cipes’estajoutéelarigiditédel’ins-titution
: «On parle sans arrêt detisserdesliensentrelemonde uni-versitaire et le monde profession-nel. Mais les universités sont pau-vresetleurcadreadministratifter-riblement contraignant,
déploreOliviaRosenthal.
Onaétéobligéderuseraveclastructureacadémique pour créer de nouvelles disci- plines.»
Eneffet,seulslestitulairesd’un diplôme d’enseignementsont autorisés à dispenser descours.Maisl’universitéParis-VIIIala chance de compter plusieursenseignantsquisontaussidesécri-vainsetquipourronttransmettreleurexpérienceauxétudiants.Pour que ce bouleversementsoit possible à la fac, il a fallu quedesécolesd’artsautentlepasvoilàplusieurs années. Elles qui abor-dent, par la pratique, aussi bien lamusiquequelavidéo,ledesignoulesoutilsnumériquesontnaturel-lement recruté des poètes, telsEmmanuelHocquard,PierreAlferiou Jérôme Mauche, pour y ensei-gner.Unautrefacteuraaccélérélemouvement:l’obligationfaiteparl’Union européenne en 2010 d’ali-gnerlesdiplômesdecesécolessurle modèle de l’université (licence,master,doctorat).Ilendécoulequeles étudiants en art ne sont plusjugés uniquement sur leursœuvres,maisaussisurleursécrits.Pour l’Ecole supérieure d’art et dedesign Le Havre/Rouen, sise enface du campus, c’était là une rai-son supplémentaire de proposerun atelier d’écriture.
«Il s’agissait d’aborderl’écritureetsesmodesdediffusion: performances, lectures,édition»,
explique sa responsable,EliseParré.Pourcertainsétudiants,l’inscriptionaumasterdecréationlittéraire a donc été un prolonge-mentnaturel,commepour leplas-ticienFrançoisBelsœur :
«Durant mon cursus, j’ai progressivement développémapratiqued’écritureàla fois comme matériau plastiqueetcommeoutilderecherche
En définitive, que l’impulsionoriginelle de cette formation aitétédonnéeparledirecteurdel’éco-le d’art n’a rien d’étonnant. Lesrôles sont bien répartis. L’univer-sité dispense les cours théoriques(littérature comparée, traductionlittéraire, mythes médiévaux,esthétique…), la seconde hébergephysiquement les ateliers d’écri-ture.Les écrivainsFrançois BonetLaure Limongi y ont mené desséancesdetravailintensives.Sontégalementintervenusdesscénaris-tesetdesparoliers.Concevoir la formation litté-raire sur le même plan que la for-mation artistique a ainsi brisé lesvieux blocages. L’idée a tout desuite convaincu Agnès Maupré,30ans,auteurdeBD :ellefaitpar-tie de la première promotion duHavre.Lesneufélèves–âgésde23à 52 ans – portent tous un projet
é c l a i r a g ee n q u ê t e
Lesécrivainsaméricains,cultivésenpinières
NéauxEtats-Unis,le«creativewriting»attirelaplupartdesauteursdupays,enherbeouconfirmés.ReportagedeNewYorkàIowaCity
Dossier
Concevoirlaformationlittérairesurlemêmeplanquelaformationartistiqueabrilesvieuxblocages
OlivierGuez,
auxEtats-Unis
L
es étudiants des régions indus-trielles des Etats-Unis et le
creativewriting
.» «Le
creative writing
enquestion: un bilan…»
Le mois der-nier, plus de 10000personnes sontvenues assister aux conférences propo-sées par la Foire du livre de Boston. AuxEtats-Unis, le
creative writing
attire lesfoules. Ces ateliers d’écriture, désormaisdispensésdans plus de 500programmesuniversitaires, sont devenus un lieu depassage obligé pour tout aspirant écri-vain.Depuislafindesannées1940,beau-coup,parmilesplusgrandsauteurs,yonttransité comme étudiants et/ou ensei-gnants:RaymondCarver,ToniMorrison,Joyce Carol Oates, Kurt Vonnegut, PhilipRoth, John Cheever, Jay McInerney,Richard Ford, Michael Chabon, JonathanFranzen,GaryShteyngart…
«Les ateliers d’écriture font tellement  partiedupaysagelittéraireaméricainquenulnecontesteplusleurexistenceaujour-d’hui»,
assureLorinStein, directeurdela
 Paris Review,
à New York. Mark McGurl,professeurdelittératureàl’universitédeStanford, va plus loin encore dans sonouvrage
The Program Era
(Harvard Uni-versityPress,2009).Selonlui,l’universitéest le laboratoire et le carrefour de lalittérature américaine,
«l'événement le plus important dans l'histoire littéraireaméricainedel'après-guerre »
.Toutacommencéen1936dansuncoinpaumédel’Amérique,àIowaCity,dansleMiddle West, lorsque l’universitaire Wil-burSchrammdécidadecultiverquelquesauteursenherbeencréantlepremierMas-terof Fine Arts(MFA) d’écriturecréative:le
Writers’ Workshop,
«l’atelier des écri-vains»del’universitédel’Iowaétaitlancé.Sousla férule de son successeur,le poètePaul Engle, un des premiers lauréats duMFA,leWorkshops’estdéveloppéjusqu’àdevenirl’institutionderéférence.
«Nous considérons que les écrivains peuventêtreencouragéset qu’ilspeuvent s’améliorer 
, déclare au «Monde deslivres» Samantha Chang, sa directriceactuelle.
Sil’onpeutapprendreàjouerduviolonouàpeindre,onpeutaussiappren-dreàécrire.LeWorkshopfonctionnecom-meunatelierdepeintres,commeuneaca-démie des beaux-arts. Nous offrons aux  jeunes auteurs l’environnement idéal pour trouver leur voix intime dans une petitevillede70000habitants,oùilsfor-ment une communauté soudée et où lelivre est roi – Iowa City a été désignée par l’Unescocommel’unedescapitalesdelalit-tératuremondiale.»
Chaqueannée,aprèsune rude sélection, avant tout basée surleurs écrits antérieurs, cinquante étu-diants (25 poètes et 25 romanciers) sui-vent un programme de deux ans, pourlequel ils sont subventionnés. Chacunchoisitsesmodulesetsesenseignements,mais tous se retrouvent une fois parsemaineauWorkshop. A tourde rôle, lesétudiantslisentleurdernièreproduction,laquelleestensuitecommentéeparleurspairs, un universitaire ou un invité demarque.
«Cesséancesontbeaucoupd’im- pact sur les jeunes auteurs,
souligneSamantha Chang.
Ils se parlent, échan- gent, interagissent, partagent leurs émo-tionsC’est pour cetteraisonquecespro- grammessontsirecherchés.»
Capitalculturel
Les ateliers d’écriture ont fleuri auxEtats-Unisdansl’immédiataprès-guerre.LesuniversitésdeStanford, Cornell,Har-vard, Johns Hopkins, sont les premiers àen proposer à leurs étudiants… Dans lesannées 1960, les universités poussentcommedes champignonspouraccueillirles baby-boomers, et les ateliers d’écri-ture sont dans l’air du temps: la révolu-tionprogressisteencouragelesétudiantsà s’exprimer en écoutant leur voix inté-rieure. Des raisons plus pragmatiquesexpliquent également la proliférationdes MFA: en accroissant le prestige et lecapital culturel des universités, ils leurpermettent de lever davantage de fondsgrâce à la présenced’auteurs prestigieuxdansleurseffectifs.Wallace Stegner fonda ainsi l’atelierd’écriture de Stanford, en Californie, enpersuadantunmagnatdupétrolequ’ilfal-laitmettreenplaceunespacedecréationlittéraire afin que les vétérans de guerrepuissent écrire tranquillement, loin deleurfamilleetsanssoucid’argent.Lesétu-diants, qui s’y voient attribuer du tempset une quiétude financière provisoire nesontpaslesseulsàytrouverleurcompte.Les professeurs aussi, qui y disposentd’unmoyendesubsistanceetd’unstatutappréciable,àmi-cheminentrelemondeacadémique et celui de «l’art».
«C’est mieuxquedebosserchezStarbuckslejour etsursonromanlanuit,chezsoi»,
résumeLorinStein.Mais l’enseignement des techniquesde l’écriture romanesque et poétiquen’aboutit-ilpasauformatagedelalittéra-ture?
«Pasdutout,
rétorqueleromancierNathanEnglander,un anciend’IowaCityqui a enseigné à l’atelier d’écriture del’université de New York l’an passé.
Cesont des fantasmes. Il ne peut pas y avoir destandardisation,parcequelesprogram-messontaussivastesquelasubjectivitédevoscamaradesetdevosprofesseurs.Jetezuncoupd’œilaux nomsdesdiplômésdes MFAet vousverrezcombienleurdiversité estgrande.On nousapprend à fairefonc-tionnerunehistoire,àlaterminer,maisonne nous enseignepas la vérité – quellevé-rité d’ailleurs? Les enseignants sont com-me des horlogers. Ils aident les jeunesauteurs à grandir,comme des plantes, enles “soignant”. Après cet apprentissage,libreàchacund’utiliserlestechniquesquileur ont été transmises. A ma connais-sance,iln’enestjamaisressortideuxfoislemêmelivre,pardeuxauteursdifférents.»
Le MFA a changé la vie de NathanEnglander.
«Je viens d’un milieumodeste juiforthodoxe.En arrivantdansl’Iowa, lasimpleidéedeparlerenpublicmemettait malàl’aise.L’atelierd’écritureabrisémonisolement.Ilm’apermisdetesterdesidéeset de me confronter à un premier public,qui n’était ni ma mère ni ma copine… Onm’a aussi appris à lire, ma prose commecelledesautres,noncommeuncritiqueouunhistoriendelalittératuremaiscommeun écrivain. J’ai acquis une discipline detravail.»
Parailleurs,leMFApermetàunjeuneauteurdeseconstituerunpremierréseau,sescamaradesdepromo,sespro-fesseurs qui pourront l’aider à publierson premier roman en le guidant à tra-vers la jungle des agents et des éditeurs.
«Je compareraispresquele MFA à un psy,
raconteNathanEnglander.
 Ilpermetàl’as- pirant écrivain de prendre progressive-ment confiance en lui dans un univers protégélaviedel’espritprimesurtout lereste.»
p
Lesuniversitésfrançaises
lancentdesmastersdecréationlittéraire.Banaloutre-Atlantique,l’événementestd’importanceaupaysdeVictorHugo,lamuseestreine
Romanacadémie
2
0123
Vendredi26avril2013
 
Desformationsprofessionnellespourl’écrivain
ı
Aprèsplusdedixansdenégocia-tions,laloiautorisantlesartistes-auteursàbénéficierdudroitàlaformationprofessionnelleestentréeenvigueurenjuillet2012(décretparuau
 Journalofficiel
le9décembre2012).Ceux-cipeuventdésormaisprétendreàl’Afdas,l’or-ganismeparitaireagréé,grâceàunfondsfinancéparunprélève-mentde0,35%surleursdroitsd’auteur,unecontributiondesdif-fuseursetunesubventionvolon-tairedessociétésd’auteurs.
ı
Cetteannée,pourlapremièrefois,l’universitédePoitiersains-tauréundiplômeuniversitaire(DU)deformateul’écriture,conjointementaveclasociétéAleph.Depuis1985,celle-ciinitieetperfectionnelesamateursauxtechniquesdel’écrituregrâceàsesdixantennesrégionales.
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Pionnierdansledomainedelaformationprofessionnelle,l’Obser-vatoiredulivreetdel’écritenIle-de-Francepropose,depuis2010,enlienavecplusieursorganismesspécialisés,undispositifdeforma-tionprofessionnelleauxécrivains,traducteurs,auteursdeBD,scéna-ristes,adaptateursaudiovisuels,illustrateurs.Parexemple:lestechniquesd’écriture(déclinéesenplusieursmodules,tellesl’adap-tation,larecherchedocumen-taire…)oulestatutfiscaletjuridi-quedel’auteur.
ı
Depuisjanvier,lesAteliersdelaNRF(de750à1500¤pourquatreouhuitséancesd’uneduréedetroisheureschacune)sonthomo-loguésentantqueprestataireetpeuventdoncêtresuivisdanslecadredelaformationcontinue.
d’écriture personnelle qu’ils pré-senteront en fin d’année et qu’ilspourront poursuivre en master2.Sil’objectifdes responsablesde laformation est d’offrir aux étu-diants en lettres un autre débou-ché que l’enseignement ou larecherche,lesinscrits,deleurcôté,y voient d’abord une parenthèseenchantée.
«Commej’avaisdepuislongtempsenvied’écrire,etque,de fait, j’écrivais dans mes bandesdessinées,
explique Agnès Mau-pré,
j’ai pensé que ce master pou-vaitm’apporterl’élan,l’enthousias-meetlesrencontresquelesBeaux- Arts m’avaient offerts en dessin.»
Le programme ne l’a pas déçue,qui permet d’explorer plusieursstylesd’écriture:multimédia,ouli-pienne,critiquelittéraire…Du côté de Paris-VIII, il s’agiraaussi de découvrir, par l’expé-rience, comment la littératurepeut s’associer à d’autres arts(vidéo, arts plastiques, cinéma,théâtre, photographie, danse).Horsdequestionde
«produire unvivierd’écrivainssurmesure»,
pré-cise Olivia Rosenthal. Le masteraurapourobjectifd’expérimenter
«uneautremanièredelireetd’ap- préhenderlestextes,grâceàlapra-tique»
.Leséchangesnourrisocca-sionnés par les ateliers d’écriturepermettraient de rendre les étu-diants plus sensibles aux enjeuxdestextes,ycomprisissusducor-pus classique.
«On s’est renducompte des limites de l’enseigne-mentdisciplinaireetdelapédago- gie à l’ancienne en cours magis-traux,
poursuitOliviaRosenthal.
 Jesuis spécialiste de la littérature du XVI 
e
siècle et cela devient un actemilitant de donner à lire RonsardouMontaigne.Ces auteursnefont  pluspartiedel’universderéférencecultureldesétudiants.»
Lesateliersd’écrituresontainsiunetentativepourimpliquerdavantagelesétu-diants comme lecteurs.
«Nousavons besoin de renouveler notre façon de transmettre le savoir, unsavoir constamment en mouve-ment.Lesatelierspermettentausside se poser des questions : pour-quoiécrireaupassécomposé?Com-mentécrireau“je”?Pourquoichan- gerde point de vue? Ces questionsthéoriques qui se posent aux écri-vains, les étudiants les compren-nentd’autantmieuxqu’ilsseheur-tentàcesdifficultés.»
Révolution, donc, du côté del’université.MaisaussiàSaint-Ger-main-des-Prés. En mai2012, Char-lotteGallimard,filleaînéeduPDGdeséditionsGallimard,alancélesAteliersdelaNRF.Leprincipe?Desséances collectives d’écritureautour de thèmes précis (écrirepour la jeunesse ou à la premièrepersonne, composer des nou-velles), assurées par des auteursmaison parmi lesquels GillesLeroy, André Velter, LaurenceCossé… Ceux-ci y ont pris goût, àl’imagedeJean-MarieLaclavetine,qui reconnaît avoir changé d’avissur les ateliers d’écriture.
«Il y avingt ans, lorsque j’en entendais parler, je levais les yeux au ciel. Je jugeais l’idée absurde.»
Malgré lecoût élevé de ces ateliers (jusqu’à1500¤ pour quatre séances), lesamateurss’y bousculent,honorésd’être reçus dans la salle lam-brissée où se tient d’ordinaire lecomitédelecture.
«Lamajoritéest constituée de passionnés qui écri-vent depuistoujourset veulentunretour autre que celui du mari, del’épouse ou de la cousine. En som-me, des clés pour avancer»,
ra-conteLéaManuel,quis’occupedelagestiondecesateliers.Y apprend-on à être écrivain?
«Pas plus qu’on apprend à êtreartisteenécoled’art,
répondFran-çois Belsœur
. Cela dégage dutemps pour la pratique et pour laréflexion.»
Jean-MarieLaclavetinen’entendpasnonplusdélivrerdesrecettes.Ilencouragejustesessta-giaires à être précis.
«Le but n’est  pasdeleurapprendreàécrire,j’enserais bien incapable, mais de cer-ner les difficultés qui sont lesmêmes pour tous et uniques pour chacun. Comment rendre tel mot,telletournuredephraseplusjustes, plus efficaces ou plus poétiques?Chaquemotcomptedansunephra-se,chaquephrasedansunparagra- phe, chaque paragraphe dans unrécit.»
Agrégédelettresmoderneset romancier, Hédi Kaddour, lui,structure ses séances autour deséries d’exercices: texte à trous,récità imagineràpartird’uninci-pitpuislecturehautevoix.C’estun «prof» érudit et bienveillantdont l’ambition est de traquer lesidées reçues et les tics d’expres-sion. Selon lui,
«l’écriture ne s’en-seignepas,maisseconfronte»
.Lireet écrire pour être plus exigeant,plusinventifet,grâceauxrencon-tres,davantageouvertaumonde:bellefeuillederoute.
p
e n t r e t i e n
Proposrecueillispar
MachaSéry
H
élèneMerlin-Kajmanestprofes-seur de littérature française àl’université de Paris-III-Sor-bonne nouvelle. Romancière,elle a également publié deux essais auxéditionsdesBelles-Lettres:
 Publicetlittéra-ture en France au XVII 
e
siècle
(1994) et
 L’Excentricitéacadémique.Littérature,ins-titution, société 
(2001), et deux autres auSeuil:
 LaDissertationlittéraire
(1996)et
 Lalangue est-elle fasciste? Langue, pouvoir,enseignement 
(2003).
Lesmastersdecréationlittérairevousparaissent-ilsmarqueruntournantdansl’histoiredel’université?
Acoupsûr.J’ailudansleprojetdemas-ter de création littéraire de Paris-VIII quel’unedes compétencesà acquérirétaitdedéfendre avec persuasion et convictionsonprojetd’écriture.Jecrainsquecelaneconstitueuneformed’annexiondelalitté-rature à la communication. Sans pourautantêtrepartisanedelavisiondugéniesolitaire, je trouve important de mainte-nir la création littéraire et la rhétoriquedans un rapport de tension. Corneille etMolière étaient incapables de sortir unmotensociété,DuBellayetRonsardatta-chaientunsens«poétique»àleursurdité.Ce qui est consubstantiel à la littératureestcettepartdesouffrancequirésisteauxstratégies, aux intérêts, aux normes etauxgrammaires.
MaislesEtats-Unisn’ont-ilspasgénéralisédescursusde«creativewritinsansqu’onassisteàunenormalisationdelalittérature?
Jusqu’àquelpointl’exempledesEtats-Unis est-il importable? D’abord, l’ensei-gnementsecondaireyesttrèsdifférentdecelui de la France, où la littérature restetrès présente: un lycéen, en France,apprendencoreà«écrire».Parailleurs,sion regarde la recherche, les directeurs dethèse aux Etats-Unis encouragent bienplus qu’en France l’originalité de la partdesdoctorants.Ilyvad’uneidéologiedelaproduction:ilfautproduire,ilfautsepro-duire.Lacréationestencouragéeaudétri-mentd’unecertainepassivité,de lacapa-cité à accueillir quelque chose qui n’estpas soi, ne serait-ce que par la lecture.N’est-il pas paradoxal de proposer desmasters de création alors qu’on observe,chez les étudiants, une perte du désir delire?Aforced’écrire,nouslisonsdemoinsen moins. A Paris-III, j’ai voulu lancer en2008unatelierdelecture,oùl’onaborde-raitlestextespourleplaisir,sansexigen-cesthéoriquesparticulières.Ilyaeudeuxinscrits quand l’atelier d’écriture avaitcent candidats. Les étudiants vont-ilsaimerlireenpassantparl’écrit?Peut-être.Mais, si on n’aime pas lire, je ne vois pascomment on peut désirer écrire. Pourécrire,ilfautavoirététouchéparseslectu-res. C’est grâce à cela qu’on apprend à sereliredupointdevued’unlecteur.C’est,àmesyeux,l’unedessignificationsdelafor-muledeRimbaud:
«Jeestunautre.»
Auriez-vousétéséduite,étudiante,parcetyped’enseignement?
C’estpossible,etc’estcequimeconduitàsuspendremonjugement.J’aiétéélevéedansunefamilledontlesidéeslittérairesconservatrices – et la misogynie! – metenaientàl’écartdelamodernité.J’allaisàla librairie de quartier m’acheter aussibiendesGuydesCarsquedesouvragesdeRobbe-Grillet, sans savoir comment merepérer. Alors, j’ai décidé qu’il me fallait,pour apprendre à écrire, faire des étudessupérieuresdelettresmodernes.Certainsétudiantsveulents’inscrireàlaprochainerentrée en master de création littéraireparce qu’ils désirent écrire: c’est émou-vant, même si en faire un projet profes-sionnelmedéroutebeaucoup.
Pourtant,lesinstitutionsformentdespeintresetdesmusiciens
Oui,maissivousouvrezunepartition,même en connaissant un peu le solfège,vous n’entendez rien. Nous ne passonspasnotrevieàchanterouàdessiner,alorsquenousparlonstoutletemps.Ilyalàunproblème technique de langage à acqué-rir. Mais, la littérature, est-ce une techni-que spécifique? Pour Roland Barthes,pourGillesDeleuzeettantd’autres,l’écri-ture, c’est dégager une langue «étran-gère»danslalanguecommune.
Cesformationscorrespondent-ellesàunenécessitésociale?
A observer le nombre de manuscritsquereçoiventleséditeurs,oninclineàpen-ser qu’on est dans une situation critiquequi manque de médiation institution-nelle. Car le circuit éditorial fonctionnesouvent par un système de réseau socialassezarbitraire.C’estlecontrairedel’édi-tion universitaire: l’université est un fil-tre qui opère une première sélection parlespairs.Cesmastersdecréationlittérairepourraient sans doute fonctionner com-meunfiltre.Maisilsconstituentaussiuneréponse – fausse à mon sens – à la chutedes effectifs observée dans les départe-mentsdelettres.Faut-ilvraimentyrame-ner les étudiants sur la base d’un désird’écrire suspendu dans le vide? Ne vau-drait-ilpasmieuxreconsidérerlaplacedela littérature dans nos sociétés, sa néces-sitédansl’éducationet,delamaternelleàlaterminale,fairelire–ycomprisparlalec-tureàvoixhaute–etfaireécriresansrelâ-che,etenprivilégiantautantleplaisirquelaqualité?
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Apprend-onàêtreécrivain?«Pasplusqu’onapprendàêtreartisteenécoled’art»
Dossier
JULIENPACAUD
«Pourécrire,ilfautavoirététoucparseslectures»
HélèneMerlin-Kajman,romancièreetuniversitaire,s’interrogesurlapertinencedesnouvellesformationsàl’écriturelittéraire
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Vendredi26avril2013

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