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Master 2 Urbanisme et TerritoiresParcours Environnement, Paysages et TerritoiresInstitut d’Urbanisme de Paris – Université Paris XIICours Environnement et démocratie participativeAnnée 2008 – 2009Responsable : Guillaume Faburel
Quelle appropriation habitante de la figure du quartier dans les dispositifsparticipatifs de conseils de quartier ?
Analyse de deux conseils de quartier du XVème arrondissement de Paris
Auteur : Elsa Favreau
 
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1. Introduction
Les processus d’élaboration des décisions en matière de politiques publiques font aujourd’huiintervenir une large palette d’acteurs publics, privés, institutionnels, associatifs, officiels etinformels sur la base de relations horizontales, marquant une rupture avec le système degouvernement qui privilégiait des relations verticales, descendantes et hiérarchiques entre lesacteurs. Le passage du concept de gouvernement à la notion de gouvernance, et parallèlement,l’éclatement des dispositifs de la démocratie représentative au profit de ceux de la démocratieparticipative, s’inscrivent dans la continuité d’un processus amorcé dans les années soixantepar les luttes urbaines et les mouvements de conflictualité environnementale qui traduisait unevolonté des citoyens de participer à la construction de l’action et de mettre ainsi un terme auxpratiques décisionnelles hiérarchiques et imposées. L’élévation des niveaux de vie et deformation, la remise en cause de l’autorité de l’Etat et de ses représentants, et surtoutl’évolution des rapports de la population au territoire allant dans le sens d’un besoin d’ancrageet de rapports identitaires de plus en plus marqués ont été à l’origine de cette demande derevalorisation de la figure habitant dans les pratiques décisionnelles. Ceci s’est alors traduitpar l’adoption de lois de démocratisation des processus de construction de l’action urbaine etpar la mise en place d’une importante variété de dispositifs se réclamant de la démocratieparticipative, dont deux institutionnalisés : le débat public, dont la procédure est créée par laloi Barnier de 1995, et le conseil de quartier, généralisé par la loi cadre de février 2002relative à la démocratie de proximité.L’intitulé de cette dernière loi signale par ailleurs une seconde évolution majeure, survenue enparallèle de ce renouvellement démocratique, celle d’une revalorisation, voire d’uneidéalisation des figures du local et du territoire, consolidée par les lois de décentralisation dudébut des années quatre-vingt. Le transfert de nouvelles compétences aux échelonsadministratifs infra-étatiques a en effet permis de redonner une certaine visibilité aux pouvoirspublics locaux et a ainsi participé à la mise en place de ce que l’on nomme territorialisationde l’action publique : le territoire, en raison des nouveaux ancrages et liens qu’il suscite, et deson statut d’entité présentant des spécificités propres telles que des ressources ou handicapspotentiels, devient en effet agent, non plus uniquement espace-support des pratiquesdécisionnelles. Le local est alors considéré comme un référentiel spatial pertinent pour penseret mener l’action publique territorialisée. Il s’agit désormais d’agir au plus près desphénomènes, ainsi que le suggère le principe de subsidiarité.Le dispositif d’obligation légale du conseil de quartier apparaît alors à la croisée de cesévolutions, en tant que dispositif dialogique relevant de la démocratie participative et d’unefigure urbaine du local, le quartier. Nous nous interrogerons donc sur le lien entre cette baseterritoriale du quartier et l’exercice de la démocratie participative et délibérative :
En quoi le choix d’un dispositif participatif s’inscrivant dans le périmètre du quartierinflue-t-il sur les modalités d’application de ce dispositif ?
Nous traiterons cette problématique en deux parties. La première partie sera consacrée aurapport entre découpage administratif et représentations de la figure du quartier par leshabitants. Nous nous demanderons si le quartier délimité dans le cadre d’un dispositif deconseil de quartier fait sens pour les habitants du point de vue de son découpage, puis nousdiscuterons de la gestion des écarts à ce découpage pouvant être réalisés au cours des conseilsde quartier. La seconde partie posera la question du lien entre revalorisation de la figurehabitant au sein des pratiques décisionnelles de l’action publique et mise en place d’undispositif de démocratie participative à l’échelle du quartier. Nous nous demanderons ainsi sile choix du quartier, figure du local et de la proximité, comme territoire de référence d’undispositif de démocratie participative, est susceptible de revaloriser la position de l’habitantprofane par rapport au discours de l’expert.
 
- 3 -Nous nous appuierons dans le cadre de cette étude sur l’analyse des conseils de quartierMontparnasse-Pasteur et Violet-Commerce du quinzième arrondissement de Paris auxquelsnous avons assisté les 26 novembre et 19 décembre 2008 respectivement.
2. La définition des quartiers : du découpage administratif à l’appropriation habitante
La définition du quartier proposée par Guy Di Méo (1994), celle d’un « espace perçu etdésigné comme tel par les habitants », révèle l’importance des processus d’identification,d’appartenance et d’appropriation se jouant derrière cette notion. La délimitation du quartier,dans cette définition, ne relève en effet aucunement d’une décision administrative, mais laisseuniquement la place aux perceptions et représentations qu’ont les habitants de leur quartier. Sila notion de quartier, dans cette définition, peut être assimilée à celle du quartier vécu, unautre type de quartier est également communément identifié par les différentes disciplines dessciences sociales : le quartier institué, résultant d’un découpage administratif. Se pose alors laquestion des rapports existant entre ces deux entités. Loïc Blondiaux (1999) affirme ainsi quec’est dans les allers et retours constants entre découpages officiels et représentations habitantque se joue l’existence effective des quartiers. Dans ces conditions, nous nous demanderons sile découpage des quartiers proposé dans le cadre de l’application du dispositif dialogique duconseil de quartier est approprié comme tel dans les interventions réalisées ou si ces dernièresfont apparaître d’autres espaces de référence, puis nous discuterons de la gestion des écarts àce découpage pouvant être réalisés au cours des conseils de quartier.2.1. Les quartiers institués de Violet-Commerce et de Montparnasse-Pasteur : uneappropriation inégale par les habitantsNous avons accordé, lors de notre participation à chacun des deux conseils de quartiermentionnés précédemment, une attention particulière aux termes employés par les habitantsau cours de leurs interventions pour désigner des lieux, ainsi qu’à l’espace couvert par lesdifférentes références territoriales mobilisées, dans le but d’analyser le degré d’appropriationpar les habitants du découpage du quartier institué pour l’exercice du conseil de quartier. Cetravail nous a alors permis de mettre en évidence une nette différence d’appropriation desquartiers institués dans le cadre des deux conseils de quartier.Les interventions réalisées dans le cadre du conseil de quartier Violet-Commerce accordaientune place très importante à l’arrondissement : la quasi-totalité des désignations de lieuxconcernaient « le quinzième » ou « le quinzième arrondissement », tandis que le termequartier était très peu employé. Cet emploi du terme
«
arrondissement » apparaissaitcependant relativement flou, semblant parfois faire l’objet d’une confusion avec le terme« quartier », comme le montre l’intervention d’un habitant faisant suite à la présentation duPLU de Paris ayant été réalisée par le directeur adjoint de la direction de l’urbanisme de Parisde façon générale, non spécifique au quinzième arrondissement ou au quartier Violet-Commerce : « Peut-on avoir des informations par quartier ? Il doit bien être possible deréaliser un indexage du PLU par arrondissement ». Par ailleurs, plusieurs interventions ontconcerné un espace inclus dans le quinzième arrondissement, mais non compris dans lepérimètre délimité pour l’exercice du conseil de quartier. Un habitant mentionnait parexemple la maison des associations du quinzième arrondissement, ouverte en juillet 2007,relativement éloignée du quartier puisque située sur le périmètre d’un autre conseil de quartierde l’arrondissement non contigu à celui de Violet-Commerce. Les termes sont essentiellementrestés généraux (quartier, arrondissement) et peu de mentions ont été faites d’espacescorrespondant au lieu de résidence plus ponctuels situés dans le quartier, à l’exception de larue du Commerce, artère commerçante constituant un lieu repère fort dans le quartier.
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