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Parfum de femme.

Parfum de femme.

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Parfum de femme par Houria Abdelouahed

Autour de Râbi’a, première et unique femme mystique en islam
Parfum de femme par Houria Abdelouahed

Autour de Râbi’a, première et unique femme mystique en islam

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03/08/2014

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Qui es-tu Râbi’a? Comment as-tu jailli, telle une source, ausein de cette communauté masculine? En ce second siècle del’hégire qui vit la naissance du
‘ilm al-kalâm
et assista aux débatsdes
Mu’tazilites
1
autour de la transcendance divine et de l’imma-nence. Tu osas parler d’un amour pour l’Absolu, bousculant nonseulement la tradition et les écrits, mais la
ratio
qui prenait ledevant de la scène religieuse et politique sur la terre arabo-musulmane. Alors que le débat tournait autour de la puretranscendance, tu louas un amour insensé pour le divin. Alorsque les Mu’tazilites enseignaient l’interdit de la vision de Dieu,ravie par l’amour, embrasée, tu chantas le désir d’une visioninterne, bouleversante et jouissive. Alors que le discours sur latranscendance absolue allait au gré des arguments et de l’épée,
111
Un parfum de femme
H
OURIA
A
BDELOUAHED
1.
‘Ilm al-kalâm
se caractérise comme dialectique rationnelle pure, opérant sur desconcepts théologiques. Les
Mu’tazilites
sont surtout des apologistes «s’atta-chant non pas tant à une vérité démontrée ou démontrable, qu’à soutenir, avectoutes les ressources de leur dialectique théologique, les articles de leur credoreligieux traditionnel» (Henri Corbin,
Histoire de la philosophie islamique
,Paris, Gallimard, 1964, p.152-153).
‘Ilm-al-kalâm
, constitue les prémisses dela philosophie islamique. Leur mouvement connut une telle expansion qu’il setrouva désigné sous leur nom une bonne partie de l’élite musulmane cultivée. Etla capitale de l’empire abbasside, Bagdad, devint, sous plusieurs règnes, le centrede leur école, et leur doctrine s’imposa même un temps, comme doctrineofficielle de l’islam sunnite.
 
tu chantas l’amour pour le divin qui devint l’Aimé. Tu fus lapremière à parler d’un amour absolu pour l’Absolu, du désir devoir Celui qui échappe à toute vision. Est-ce par opposition àcette
ratio
que jaillit ce cri de femme?
1
On te nomma sainte. Toutefois, l’histoire n’a consigné quequelques bribes de vie et quelques légendes. Nous ne connaissonsni ta famille, ni ton origine. Comme si cet amour pour l’Absolusortait du néant. Et comme si l’histoire répugnait à tracer lechemin parcouru par une femme vers l’amour de l’Absolu.Pourtant, tu fus un phénomène unique. Ta sœur Thérèse d’Avila,la plus connue de la mystique chrétienne, est née en 1515. Toi, tues morte en 135 (801). Tu fus un phénomène unique: la seulemystique de l’islam. Bien sûr qu’il y eut des femmes ascètes
2
, maistu resteras la seule femme de la mystique musulmane.Nous ne savons que ce qui fut consigné par le grand mystiqueAttâr à qui nous devons quelques éléments biographiques: «Cettebienvenue à la cour de Dieu: elle qui brûlait intérieurement desfeux de l’amour, qui, s’étant donnée au Seigneur, s’était entière-ment détachée des créatures; elle qui rivalisait avec les hommesd’élite; qui avait pénétré tous les mystères de la véri; elle dont lesprières et les œuvres de piété étaient cachées à tous les regards
3
.»Native de Basra (Bassora), elle fut vendue comme esclaveaprès la mort de ses parents et le départ de ses sœurs aînées,contraintes à quitter une ville ravagée par la famine. Le maîtrequi l’acheta fut réputé pour sa rudesse et lui infligeait «toute
Passion amoureuse
112
1. Faisant penser à cette remarque de Ludwig Wittgenstein: «Ce qui est mystique,ce n’est pas comment est le monde, mais le fait qu’il est», cité par Michel deCerteau,
La Fable mystique
, Paris, Gallimard, 1982, coll. «Tel», p.27.2. Cf. à titre d’exemple Nelly et Laroussi Amri,
Les Femmes soufies ou la passionde Dieu
, Paris, Dangles, 1992.3. Attâr,
Le Mémorial des saints
, Paris, Seuil, 1976, p.82.4.
Ibid 
., p.83; K.Hussein,
Shahîrât an-nisâ’ fil- ‘âlam al-islâmî 
(Des femmes illus-tres dans le monde musulman), 27
e
édition, LeCaire, éd. Mu’assasat al-mar’awa adh-dhâkira, 2004, p.187 et Abderrahmane Badawî,
Râbia, Shahîdat al-’ishq al-ilâhî 
, éd. Maktabat an-nahda, 1962, p.12. En historien du mouvementmystique et philosophique, A. Badawî a vérifié pour nous les différentes sourcesbibliographiques et biographiques.
 
sorte de sévices», avant de la vendre à un autre
4
comme
 jâriya
(femme esclave). Comme jâriya, elle fut musicienne (joueuse deflûte) et connut le plaisir charnel.La mort de Râbi’a ne survint pas en 185/801, comme le ditLouis Massignon, qui écrit: «Elle passa toute sa vie à Basra,presque comme une recluse, et y mourut âgée d’au moinsquatre-vingts ans, en 185/801, laissant en islam un parfum desainteté qui ne s’est pas évaporé
1
.
» En fait, elle mourut en 135de l’hégire
2
. Que nous apprend une telle précision? Qu’elle nefut pas l’élève de Hasan al-Basrî. Et n’ayant pas été l’élève deHasan al-Basrî, elle fut la première mystique de l’islam.L’imaginaire tisse une histoire de chute: elle tomba et dit:«Mon Dieu! Je suis loin des miens et captive, sans père ni mère,ma main vient de se briser. Cependant rien de tout cela ne mechagrine. Ce qui m’inquiète, c’est ne pas savoir si tu es satisfaitde moi.» Aussitôt une voix se fit entendre: «Ne te chagrine pasô Râbi’a! Car, au jour de la résurrection, nous t’assignerons untel rang que tous les anges qui nous approchent de plus prèsl’envieront
3
.» Chute qui bouleversera sa vie puisqu’elle laprécipitera de la vie de plaisir d’une jâriya vers une autre vie,ascétique qui lui valut l’affranchissement par son maître.Commence alors une seconde vie pour Râbi’a, qui devint laRâbi’a des deux amours. Dans ses échanges avec les plus grandslettrés de l’époque, elle inaugura le principe de non-contradic-tion dans son rapport au divin. Amoureuse, au-delà de laraison, en deçà, elle ne fut pas seulement celle qui laissa «enislam un parfum de sainteté
4
», mais fut celle qui inaugural’amour mystique. Pour seul habit, on lui attribue une robe en
sûf 
, laine.
Un parfum de femme
113
1. Louis Massignon,
Essai sur les origines du lexique technique de la mystiquemusulmane
, Paris, Vrin, 1968 ; éditions du Cerf, 1999, p.215.2. Abderrahmane Badawî,
Râbia, Shahîdat al-’ishq al-ilâhî 
,
op. cit.
3. Attâr, Le Mémorial des saints,
op. cit.
, p.84; A. Badawî,
op. cit.
, p.12.4. Louis Massignon,
Essai sur les origines du lexique technique de la mystiquemusulmane, op. cit.
, p.215.

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