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Les « telenovelas », miroir de la société brésilienne

Les « telenovelas », miroir de la société brésilienne

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Published by Vitalie Sprinceana
Les « telenovelas », miroir de la société brésilienne
Comment la chaîne Globo a construit une communauté nationale imaginaire, par Lamia Oualalou, Le Monde Diplomatique, juillet 2013,
Les « telenovelas », miroir de la société brésilienne
Comment la chaîne Globo a construit une communauté nationale imaginaire, par Lamia Oualalou, Le Monde Diplomatique, juillet 2013,

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Published by: Vitalie Sprinceana on Jun 29, 2013
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12/09/2014

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text

original

 
«
L
ES 
manifestations pacifiques sont légitimes et propres à la démocratie…» 
Le 17 juin 2013, le commu-niqué de la présidente brésilienne Dilma Rousseffcommentantunenouvellejournéedemobilisationpopulairefeignait d’ignorer l’essentiel : jamais, depuis la fin de ladictature en 1985, le pays n’avait connu de tels rassem-blements – à part peut-être en 1992, lorsque la populationétaitdescenduedanslaruepourdénoncerlacorruptiondugouvernementdeM.FernandoCollordeMello,précipitantsa démission la même année. Au cours de la journéeprécédant la déclaration de M
me
Rousseff, près de deuxcentmillepersonnesavaientdéfilé,notammentàSãoPaulo,Rio de Janeiro et Brasília, la capitale, où le Congrès avaitété occupé durant plusieurs heures. Ils approcheraient lemillion quelques jours plus tardComme souvent, la nature de l’étincelle n’a que peu derapport avec l’ampleur de l’embrasement. Les résidents deSão Paulo opposés, depuis le 11 juin, à une augmentationduprixduticketdebus(de3à3,20reals,soit1,12euro)onteneffettrèsviteétérejointspard’autres.Lesuns,notammentà Rio de Janeiro, contestaient les sommes engagées dansla préparation de la Coupe du monde de football de 2014etdesJeuxolympiquesde2016:autotal,environ50milliardsdereals,soit17milliardsd’euros,dansunpaysquidemeurel’undesplusinégalitairesdumonde.Aceux-làs’estajoutéelafouledescitoyensqu’unecorruptiongénéraliséeafiniparlasser, ainsi que tous les Brésiliens qui peinent à assurer àleurfamillel’accèsàdessoinsetàuneéducationdequalité.Unanavantlescrutinprésidentielde2014,cesmanifes-tations,principalementaniméespardesjeunesn’ayantpasconnuladictature,fragilisentM
me
Rousseff.Bienqu’aucunparti ne semble pour l’heure en mesure de tirer profit d’unmouvement qui vise l’ensemble des forces politiques auxaffaires, il s’agit d’une sérieuse mise en garde pour le Partides travailleurs (PT), au pouvoir depuis 2003.Quelques années après sa prise de fonction, M. LuizInácio Lula da Silva avait pu compter sur une forte crois-sancepourœuvreràuneaméliorationprogressiveduniveaudeviedelapopulation.OrM
me
Rousseff,élueen2010souslesignedelacontinuité,arrivedansuneconjonctureinter-nationale bien plus défavorable. Outre un taux de crois-sance nettement plus faible (0,9 % en 2012, contre 7,5 %en 2010), le Brésil connaît une
«désindustrialisation précoce 
(1)
».
Les exportations de produits de baseaugmentent,maiscellesdeproduitsmanufacturéssontenforte baisse. La sixième puissance économique mondialese trouve confrontée à plusieurs défis : impulser, malgré laconcurrencechinoise,unecroissancereposantdavantagesur le secteur manufacturier, tout en sauvegardant lesprogrammes sociaux de la décennie précédente, quisoutiennent la demande intérieure et assurent au PT saconfortable assise électorale.Pour remédier aux premiers signes de défaillance dumodèle mis en place par Lula
(lire l’article inédit sur notre site),
la présidente brésilienne a opté pour ce que l’hebdo-madaire
Veja 
décritcommeun
«choccapitaliste»
:despriva-tisations qui mettraient le Brésil
«en harmonie avec la loi de la gravitation universelle» 
(15 août 2012). Ce programme,d’un montant total de 66 milliards de dollars, prévoit l’attri-butiondeconcessionspourlaconstructiondeports,d’auto-routes, de voies ferrées, ainsi que la vente d’aéroports.M
me
Rousseff avait pourtant dénoncé les privatisations lorsde la campagne présidentielle de 2010.De son côté, la présidente met l’accent sur son souhaitde privilégier la production industrielle et la construction,au détriment de la spéculation : baisse des taux d’intérêt,réduction des prix de l’électricité, exemptions fiscales,taxation des capitaux à court terme, règle de la préférencenationalepourprotégerl’industrieenaugmentantlesdroitsde douane sur de nombreux produits importés...Certaines de ces mesures, qualifiées de «protection-nistes» par Washington, ne déplaisent pas aux organisa-tions de salariés. Le gouvernement favorise l’implantation
(1) Venício de Lima,
Mídia. Teoria e política,
Fundação PerseuAbramo, São Paulo, 2001.(2) Alcir Henrique da Costa, Maria Rita Kehl etInimá Ferreira Simões,
Um país no ar,
Brasiliense,São Paulo, 1986.
4
C
OMMENT LA CHAÎNE
G
LOBO A CONSTRUIT
Les «telenovelas», miroi
l’avènementdeladémocratie.En1996,«Orei do gado» (« Le roi du troupeau»), deBeneditoRuyBarbosa,élégieàlaréformeagraire, donne une visibilité inédite auMouvement des sans-terre (MST).
«Cela fait trente-cinq ans que jetravaille pour Globo, je suis l’auteur dedix-sept 
novelas,
et on ne m’a jamais dit ce que je devais faire. J’ai toujours ététotalement libre»,
témoigne Silvio deAbreu, l’un des principaux auteurs de lachaîne. Pour Maria Carmem Jacob deSouza Romano, professeure de commu-nication à l’Université fédérale de Bahia,
«les grands auteurs ont un pouvoir denégociation, bien sûr. Ils font preuve debon sens et ne peuvent transformer la
novela
en brûlot social, mais ils ont la possibilité d’aborder les thèmes qui leur  sontchers,silesuccèsestaurendez-vous»
.A partir du centre de Rio, il faut une bonne heure de voiture, quand la circu-lation est fluide, pour se rendre au Projac,l’usine à rêves montée par Globo à Jacare- paguá, dans la partie ouest de la ville.Plus d’un million et demi de mètres carrés,dont 70 % de forêt, permettent à la chaînede concentrer, depuis 1995, les étapes dela production d’une
telenovela
.
«Avant,les tournages étaient éclatés sur plusieurs studios dans toute la ville. Les concentrer  permet une énorme économie de tempset d’argent»,
explique M
me
IracemaPaternostro, responsable des relations publiques, en montrant une maquette desinstallations.Une voiture est nécessaire pour en fairele tour. Ici, un bâtiment regroupe leséquipesderecherchechargéesdecompiler les archives et les études de marché. Un peu plus loin, les costumes sont dessinés,
 JUILLET 2013 – 
L
E
M
ONDE
diplomatique
* Journaliste.
d’Agadir» ou «Le pont des soupirs». En1968, «Beto Rockfeller» marque unerupture. Pour la première fois, le héros vitàSãoPaulo.Iltravaillechezuncordonnier,dansuneartèrepopulairedelamégalopole,mais se prétend millionnaire à une autreadresse. Avec un vocabulaire de tous les jours, des références aux bonheurs et auxdifficultés d’un Brésil urbain, d’autantmieux rendus que certaines scènes sontfilmées en extérieur, la
novela
change devisage.
«Désormais, elle incorporera lesquestions sociales et politiques quitravaillent le Brésil, alors qu’au Mexiqueou en Argentine on en reste aux dramesde famille»,
explique Maria ImmacolataVassallodeLopes,quicoordonneleCentred’études de la
telenovela
à l’Université deSão Paulo (USP).Puis apparaît TV Globo, qui s’emparedu format. A tel point que, selon BoscoBrasil, un ex-auteur de la maison, «quand on dit “novela brésilienne”, on pense“novela de Globo”». Née en 1965, un anaprès le coup d’Etat militaire, la chaîneest d’abord le fruit du génie politique deRoberto Marinho, héritier d’un journalimportant, le
Globo,
mais sans influencenationale.Ilcomprendcombienileststraté-giquepourlajuntederéaliserl’intégrationdu territoire. Alors que, pour JuscelinoKubitschek (1956-1961), celle-ci passait par le tissage d’un réseau routier, lesmilitaires, au pouvoir de 1964 à 1985,feront le pari des médias. Et, dans cedomaine, Globo sera une pièce centrale :«D’un point de vue économique, elle a joué un rôle essentiel dans l’intégrationd’un pays aux dimensions continentales,à travers la formation d’un marché deconsommateurs. D’un point de vue politique, sa programmation a porté unmessage national d’optimisme lié audéveloppement, crucial pour soutenir etlégitimer l’hégémonie du régime autori-taire (1)», analyse Venício de Lima,chercheurencommunicationàl’Universinationale de Brasília.
Promuessousladictature(1964-1985)dansl’optiquedesouder ce pays-continent, les «telenovelas» brésiliennes ont évolué.Suiviesparl’ensembledelapopulation,ellestendentunmiroir à une société en plein bouleversement. Or la transformationrécente du géant sud-américain ne saurait se résumer à sadevise, « Ordre et progrès », comme le révèlent les récentes manifestations dans les grandes villes du pays.
Beaucoup d’auteurs venus du théâtre
A
VEC
le temps, la chaîne a créé
«unrépertoire commun, une communauténationale imaginaire»,
explique VassallodeLopes.En2011,59,4millionsdefoyers,soit 96,9 % du total, ont la télévision, etchaque Brésilien consomme en moyenneseptcentsheuresdeprogrammesdeGlobochaque année.Alors que le
gaucho
(habi-tantdel’extrêmesuddupays),plusprochedes Argentins dans son mode de vie, n’a pas grand-chose à voir avec un pêcheur d’Amazonie ou une agricultrice du Nordeste,touspartagentdésormaislerêvedeconnaîtreRio,principaldécordesfeuil-letons de Globo, ou de porter la chemise blanche et la ceinture dorée de Carminha.L’identificationestd’autantplusfacilequelafrontièreentrefictionetréaliestfloue.Lorsque les Brésiliens fêtent Noël, leurshérossurlepetitécranfontdemême.L’ef-fondrement, réel, d’un immeuble à Rio deJaneiro en janvier 2012 est commenté par lespersonnagesde«Finefigurlesjourssuivants. Et quand, au cours d’un épisode,on enterre un élu fictif, de véritableshommes politiques acceptent de se fairefilmer autour de son cercueil.Jeunes et vieux, riches et pauvres,analphabètes et intellectuels : tous doivent pouvoirsecontemplerdanscemiroir.Selonla psychanalyste Maria Rita Kehl,
«cesimages uniques qui parcourent un paysaussi divisé que le Brésil contribuent à letransformer en une parodie de nation dont la population, unie non pas en tant que peuple, mais en tant que public, parle lemême langage
(2)
»
.L’indéniablebienveillancedesmilitairesn’explique pas seule comment Globo a puimposer cette syntaxe.Aux heures de plusgrande audience, la chaîne réussit la prouesse de diffuser ses propres produc-tions;enFrance,danscestrancheshoraires,ce sont souvent les séries américaines quitriomphent.
«Tout cela repose sur unvéritable talentartistique ettechnique,qui s’est concentré sur la
novela
»,
insisteMauroAlencar, professeur de télédrama-turgie brésilienne et latino-américaine àl’USP.Lorsqu’ildécidedefairedela
novela
le cœur de sa chaîne, Marinho embaucheàtourdebras.Paradoxalement,ladictaturelui facilite la tâche, puisque la censureinterdit à de bons auteurs de théâtre,souventdegauche,demonterleurspièces.C’est ainsi que des écrivains tels que DiasGomes,BráulioPedrosoouJorgeAndradeseretrouventàtravaillerpourle«docteuMarinhoetpourlatélévision,qu’ilsmépri-saient auparavant.Contretouteattente,cesgrandsnomssevoient offrir une véritable liberté par lesdirigeants de la chaîne, qui acceptent detenir tête aux censeurs. Globo avait déjàtourné trente-six chapitres de «RoqueSanteiro»,deDiasGomes,lorsquela
novela
futinterditedediffusion.Elleconnaîtraunsuccèsretentissantlorsqu’elleseratournéeànouveau,dixansplustard,en1985,après
MARIA LYNCH. – «Certo dia» (Un jour), 2013
* Chargée de cours à l’Institut des hautes études d’Amérique latine, Paris.
Du jamais-vu depuis au moins vingt ans :des manifestations ont rassemblé plusieurscentaines de milliers de Brésiliens à traversle pays. A un an de la présidentielle de 2014,leurs revendications bousculent le Partides travailleurs, au pouvoir depuis 2003.
(1) Pierre Salama,
Les Economies émergentes latino-américaines. Entrecigales et fourmis,
Armand Colin, Paris, 2012.
«
I
 L
n’y aura personne!»
L’équipe decampagne de M. Fernando Haddad, alorsdanslacoursepourlamairiedeSãoPaulo,était catégorique : la présidente DilmaRousseff ne pouvait sérieusement songer à tenir son meeting de soutien au candidatdu Parti des travailleurs (PT) ce vendredi19 octobre 2012, pile à l’heure où seraitdiffusé le dernier épisode d’«AvenidaBrasil», la
telenovela
à sensation de lachaîne Globo. Ce soir-là, des dizaines demillions de Brésiliens assisteraient à l’af-frontement final entre les deux héroïnes, Nina et Carminha, afin de savoir qui a tuéMax.Convaincue,laprésidentearepousséle rassemblement au lendemain.«AvenidaBrasil»amarqleretourdesgrand-messes réunissant la majorité desfamillesdevantlepetitécran.Unegageurequand on se souvient que la
telenovela
 brésilienne, la
novela,
comme on préfèrel’appeler ici, a fêté ses 60 ans en 2012.LorsquesurgitlatélévisionauBrésil,lessoap operas américains ont déjà conquisCuba, via Miami. Et c’est naturellementvers les auteurs de l’île effrayés par larévolution que se tournent les chaînes, àcommencer par la pionnière, TV Tupi.«Le droit de naître», diffusé en 1964, estainsiuneadaptationdelaproductionradio- phonique éponyme qui inonda les ondesde l’île caribéenne en 1946. Comme àCuba, le feuilleton a une fin, alors qu’auxEtats-Unis il peut s’étirer sur desdécennies. Pour la première fois, la vies’arrête à São Paulo et à Rio pendant unedemi-heure, plusieurs fois par semaine…mais pas au même moment. La
novela
n’est pas encore quotidienne, et la trans-mission en réseau n’existe pas : à peinel’épisode diffusé à São Paulo, la pelliculeest acheminée par avion ou en voiture versRio (la capitale jusqu’en 1960).A l’époque, la trame est volontiersexotique, comme en témoignent des titrestelsque«LeroidesTziganes»,«Lecheikh
Un pays retrouve
P
AR NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE
L
AMIA
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UALALOU
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AR
J
ANETTE
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ABEL
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