• Embed Doc
  • Readcast
  • Collections
  • CommentGo Back
Download
 
1
PALUDISME: du pas«militaro-sanitaire» à la plus fébrile actualité…
Michel ODIKA
Le paludisme se classe dans la foisonnante rubrique des maladies parasitaires. Sonagent vecteur, actuellement aussi connu que certaines vedettes hollywoodiennes, n’est autrequ’un moustique, plus précisément l’anophèle femelle. Dont les piqûres, en plus d’êtredouloureuses, peuvent se révéler fatales. Ce qui fait de la bête, nuisible s’il en est, auminimum un «tueur en série», au pire une «arme de destruction massive». Ne serait-ce quede ce point de vue, la maladie reste d’une brûlante actualité, dont la fébrilité tire en partie sesorigines du plus fascinant passé, véritable fourre-tout dans lequel s’imbriquent pêle-mêleinitiations missionnaires, considérations militaires et réflexions sanitaires. Continuons…
Le paludisme serait-il une arme de guerre?
Tant du point de vue des connaissances théoriques que de la pratique médicale, le paludismeest sans conteste la seule maladie de l’histoire de la médecine à avoirsuscité un intérêt à lafois missionnaire (légitime et louable), sanitaire (pertinent mais balbutiant) et... militaire(ambigu et douteux). En quoi l’histoire de l’endémie, pour peu que l’on soit attentif à certainsfaits probants, se révèle être par excellence un observatoire planétaire de l’arbitraire. Et pourcause: aussi surprenant que cela puisse paraître, porter un regard rétrospectif sur ce qui resteun fléau, c’est constater, amer, que de la promotion missionnaire des débuts à la réflexionsanitaire de nos jours, le chemin, cahoteux et sinueux, est trop souvent passé par...l’exploitation militaire. De quoi s’agit-il au juste?Rappel des faits, histoire de se rafraîchir la mémoire: en plaçant d’emblée la réflexiondans une continuité historique, il apparaît clairement, et parfois de manière terrifiante, que lesprincipales avancées de la prise en charge du paludisme s’inscrivent dans une doubleperspective. En l’occurrence: soit dans un contexte de conquêtes et/ou d’occupationscoloniales, soit dans une dynamique de conflits armés, disons plus prosaïquement etsèchement de... guerre.S’agissant destraces écrites, les "péripéties guerrières" et autres "gesticulationsmeurtrières" indissociablement liées à la prise en charge du paludisme remontent auxlointaines conquêtes d’un certain Alexandre le Grand, redoutable chef de guerre macédonien àpropos duquel des chroniques rapportent, et c’est autant édifiant qu’instructif:
 Le décès à Babylone des suites d’une très forte fièvre, dans une zone infestée de moustiques
... Fin decitation. On ne diagnostiquait certes pas encore autrement que de manière empirique ce quin’était du reste pas encore le paludisme. Mais, convenons-en, l’observateur averti et attentif segardera de parler, s’agissant des chroniques, d’imprécisions grotesques, d’incohérencesridicules ou d’approximations hasardeuses. A tel point que, montant très loin du fond desâges, pèse à l’encontre de "l’accusé paludisme" plus que de simples soupçons, mais plutôt desarguments troublants et concordants (fièvre -marais -moustiques ) allant droit dans le sensd’une très probable cause palustre à l’origine du décès d’Alexandre le Grand. En d’autrestermes, on a ici affaire à une probabilité qui frise la certitude...Quelques siècles plus tard, plus précisément au XVIIe siècle, les conquistadores espagnols
 
2seront incontestablement les premiers à intégrer la donnée "fièvre des marais", alors trèsmeurtrière à leur encontre, dans leur stratégie de "conquêtes résiduelles", à une époque où ils’agissait alors de "nettoyer" les poches de résistance résiduelle, de la part des populationsindigènes, dans des régions forestières et/ou marécageuses difficilement accessibles.Comment? En détournant à des fins militaires la cinchonine, ou poudre des Jésuites, extraitsd’écorces de quinquina. Dont on obtiendra plus tard (1820) la quinine, principe actif. Dontl’armée française fera un usage massif et intensif -il s’agit de son usage inaugural à cette fin -durant la Campagne d’Algérie (1830). Pour le reste, c’est encore et toujours dans une Algériedésormais "française", plus précisément dans un hôpital... militaire de Constantine, qu’unmédecin... militaire, Alphonse Laveran, découvrira en 1880 l’agent causal du paludisme, leplasmodium, chez un... militairefrançais. Dans le sillage d’Alphonse Laveran, c’est un autremédecin militaire (décidément...), l’américain William Welch, qui va "démasquer" en 1897l’espèce plasmodiale la plus meurtrière, le falciparum, connu pour causer de sérieux dégâts enAfrique sub-saharienne et en Asie du sud-est. Histoire de clôturer le XIXe siècle en beauté,pour ne pas dire en apothéose, c’est un autre médecin militaire, britannique cette fois-ci,Ronald Ross, alors au service de l’Armée Britannique des Indes, qui mettra en évidence leplasmodium, non plus chez l’homme, mais chez le moustique, plus précisément en isolant desparasites dans l’estomac de l’anophèle femelle...Sur le front de la lutte contre le paludisme, le XXe siècle ne sera pas en reste, et loins’en faut. Car dès 1922, dans un hôpital militaire américain en territoire américain, sera isoléela dernière des quatre espèces plasmodiales connues et reconnues comme étant pathogènes.Cette espèce a un nom, plasmodium ovale, et on l’isolera chez un... militaire américain, deretour au bercail, de retour des Philippines. Où il était peu de temps avant en poste dans unebase militaire américaine, comme il se doit. Mais aussi où, surtout, il avait contracté unefièvre dont on avait toutes les peines du monde à identifier la cause. Ce qui sera chose faitepar John Stephens, en 1922.Par la suite, c’est l’armée impériale japonaise qui, la première de l’histoire, vaconcevoir et utiliser le paludisme comme une arme de guerre à part entière, au point d’en faireune arme biologique. Comment? En envahissant l’île de Java, alors sous occupationnéerlandaise, durant la seconde guerre mondiale,. Et surtout en prenant le contrôle desprécieuses plantations de quinquina qui s’y trouvaient, coupant ainsi par ce fait d’arme lesAméricains et les Britanniques, contre qui ils étaient en guerre, de tout approvisionnementvital en... quinine. D’où le début en rafales des travaux de recherche et de développement,initiés et financés comme il se doit par Américains et Britanniques. Ce qui aboutira, maisseulement à partir de la fin de la guerre, à la naissance: du proguanil, de la primaquine, del’amodiaquine, et bien sûr de la chloroquine.Enfin, les derniers à avoir affiné leur stratégie de guerre sont les GIs américains:c’était durant la Guerre du Vietnam, dans les années 1960-1970. Alors empêtrés dans lachloroquinorésistance (résistance du plasmodium à la chloroquine) en plus de se heurter à lafarouche résistance des communistes nord-vietnamiens, l’armée américaine sera la premièrearmée de l’histoire à financer directement la recherche, notamment thérapeutique, contre lepaludisme. La tâche, "ultra-urgente", en sera confiée au WRAIR, autrement le
Walter Reed  Army Institute of Research
, qui réalisera la prouesse de synthétiser la mefloquine fin 1974, àpeine quelques mois avant la retentissante chute de Saïgon, le 30 avril 1975. On notera parailleurs que le même WRAIR, mais cette fois-ci à distance de la Guerre du Vietnam,synthétisera l’halofantrine, autre antipaludéen, dix ans après lamefloquine.En somme, la lutte contre le paludisme s’est toujours inscrite dans une perspective sécuritaire
 
3au sens global du terme. Mais selon les époques et les enjeux du moment, la dimensionmilitaire a souvent prévalu sur la dimension sanitaire. Avantque, de nos jours, l’approchemédicale tende, à son tour, à éclipser la problématique environnementale indissociablementliée à la maladie...
Paludisme: observatoire des plus filesde lacondition humaine…
Derrière ce qui semble à première vue entenduet convenu se cache, car trop souvent occultée,une réalité plurielle dans ce qu’il y a de plus complexe, du moins dans ses multiplesimplications et significations. A tel point que, pour peu que l’on soumette le paludisme auxfeux croisés, et donc éclairants, desregards convergents, il apparaît dès lors, et alors demanière édifiante et plutôt instructive, que l’on a affaire: d’abord à un problème de santépublique et de développement, ensuite à un champ d’observation et un laboratoired’expérimentation-bref une mise en scène -de la condition humaine, et enfin à une incitationau sursaut permanent en réponse à une situation de sursis laissant plus d’une interrogationcruciale en suspens...D’entrée de jeu, et c’est ce qui en fait le principal enjeu, le paludisme se révèle être,bien plus qu’une simple maladie, un entrecroisement de problèmes et une convergenced’effets qui, cumulés, culminent en méfaits lourdement dommageables à des millionsd’hommes, de femmes et d’enfants dans le monde. Ne serait-ce que de ce point de vue, le"palu" est avant tout un défi sanitaire et sécuritaire. Ce par quoi il se révèle être une doublemenace démographique et économique. En quoi la maladie ne devient rien d’autre qu’unenjeu de développement durable et équitable, sur fond d’instabilité et d’insécuritéenvironnementales. Ce qui fait de la précarité qui en résulte, au minimum une préoccupation,au mieux une priorité -osons dire -politiques...En tant qu’observatoire par excellence de la condition humaine et de beaucoup de cequi s’y rattache, le paludisme est un reflet, alors parmi les plus fidèles et fiables, des réalités etspécificités sociales et économiques, donc politiques, d’un pays: à cela rien de biensurprenant, de la part d’une maladie dont la problématique, fondamentale et capitale, estessentiellement environnementale -désolé pour les conservateurs de tous bords -avantd’être... médicale. En conséquence de quoi, le paludisme fait figure de révélateur etd’amplificateur, non seulement des déséquilibres et perturbations, mais également desdisparités et inégalités, tant du point de vue de l’accès aux soins que de celui, souvent reléguéau second plan, de l’accès à un environnement sécurisé et stabilisé, du moins optimisé, en lieuet place d’un environnement précarisé et déstabilisé...A bien des égards, et c’est ce qui en fait la troublante singularité par rapport aux autresmaladies, le paludisme est une vitrine des relations Nord-Sud. Vitrine pas toujourstransparente au risque de paraître opaque par certains recoins. Vitrine pas toujourstransparente à force d’être comme "embuée" par un écran de fumée surchargé en non-dits.Mais vitrine tout de même à travers laquelle -disons plutôt "derrière laquelle" -se déploientet s’observent des enjeux géostratégiques, tant militaires que politiques, qui, placés dans unecontinuité historique, ont souvent tenu lieu de moteur et de justification aux principalesavancées médicales, thérapeutiques notamment et dans une certaine mesure diagnostiques. De
of 00

Leave a Comment

You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...
You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...