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Critique Chemical Wedding - Fabien Legeron

Critique Chemical Wedding - Fabien Legeron

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06/16/2009

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Chemical wedding – Le diable dans le sang (titre français) Julian Doyle – sortie DVD le 20 janvier Chapeau (1 étoile)
Bruce Dickinson mêle sorcellerie et hard science autour de l’occultiste Aleister Crowley,et se lance dans un récit manifestement trop gros pour lui. Emballé avec trop peu derigueur et de dinguerie par Julian Doyle, et malgré quelques bonnes idées, le résultat estringard comme du Iron Maiden… Et rigolo comme ses pochettes de disques.
On a envie d’aimer son film, à Bruce. On entame en tous cas le visionnage avec un
a priori
positif, tant le musicien, mais aussi son Julian Doyle de réalisateur (monteur de
 Brazil 
 tout de même) attirent la sympathie du fait de leurs statuts respectifs. Aleister Crowley,occultiste du vingtième siècle qui avait déchaîné les passions en son temps ("the wickedestman in Britain"), est une figure intrigante, suffisamment peu traitée par le passé (au cinéma entous cas) pour provoquer au moins un levé de sourcil curieux et motiver toutes lesextravagances narratives.Mais voilà, l’extravagance, c’est précisément ce qui fait défaut à un film qui s’enréclame à corps et (surtout) à cris. Le script, confus sans être vraiment complexe, nous montreCrowley mourant dans les années 40 en maudissant deux étudiants qui se trouvaient là. Denos jours, à l’université de Cambridge, plusieurs notables adeptes de l’occultisme (dont nosétudiants depuis montés en graine) parviennent à ressusciter le sulfureux personnage par l’entremise d’une combinaison de réalité virtuelle qu’est venu tester son inventeur, lechercheur américain Mathers. Haddo, professeur timide et bègue, est après son passage dansla combinaison habité par l’esprit de Crowley, qui va chercher à compléter sa résurrection par un rite puissant, le mariage chimique : pour ce faire, il compte utiliser Lia, très jolie étudianterousse, celle-là même que Mathers s’apprête à tutoyer pendant deux bons tiers du film. Cefaisant bien entendu, cadavres et attentats aux bonnes mœurs s’empilent, physique quantiqueet alchimie se rencontrent, les considérations scientifiques pleuvent, les chassés-croisés semultiplient, chacun poursuivant tous les autres. Y arrivera-t-il, y arrivera-t-il pas, sommes-nous dans un monde parallèle, la science et la magie sont-elles les deux faces de la mêmemédaille, pourquoi Haddo s’est-il rasé la tête, et avait-il vraiment besoin de faire pipi sur sesétudiants (spoiler !) ?On le voit, la trame en elle-même est ultra linéaire, ce qui ne l’empêche pas de se perdredans les méandres de multiples péripéties au mieux esquissées (les mondes parallèles,l’agence d’escort girls, la relation entre celui qui sait et son camarade en fauteuil roulant), au pire inutiles (le sabbat en milieu de métrage) ou carrément grotesques (l’affrontement final du plus haut ridicule en CGI criantes d’amateurisme), mais des péripéties presque toujoursinutiles au déroulement global de l’intrigue. On les jurerait d’ailleurs disséminées au hasarddans le déroulement du film, ce qui s’avère carrément contre-productif dans un récit quientend développer un sens de l’urgence (le tout se déroule sur 4 jours) et du suspense (yarrivera-t-il, y arrivera-t-il pas, tout ça), et surtout qui touche à des concepts qui réclament unerigueur accrue dans le traitement, à savoir le paradoxe spatio-temporel. Aux deux tiers dufilm, on se contrefout déjà du sort de tous ces personnages : le
main plot 
est en piloteautomatique (bien entendu tout rentre dans l’ordre mais l’épilogue se remet
in fine
en questionavec l’énigme qui fait peeeuuuur, bref tout ceci est routinier) ; restent des gesticulationsmultiples qui s’avèrent fatigantes dans leur démonstrativité.
 
Car l’autre problème, le principal peut-être, est bien cette démonstrativité qui se verrait bien en subversion, mais n’atteint guère que la bouffonnerie, au sens médiéval du terme : lescoups d’éclat transgressifs de Haddo/Crowley, loin de susciter 
 phobos
et
eleos
, provoquent le plus souvent un amusement réel, mais somme toute plutôt bon enfant : Du cul frileux, desgros mots, un peu de méchanceté gratuite, des saillies scatologiques et une violence le plussouvent hors-champ. Doyle et Dickinson, eux, sont persuadés de bousculer des tabous etd’horrifier le chaland à la manière d’un Sade, d’un Rochester ou même pourquoi pas d’unManson. Seulement, à part quelques plans de
 full frontal nudity
, un chat crucifié dans un coinde cadre, de l’ordure assez anecdotique (une scène de rasage se démarque pourtant dans lesubversif, on n’en dira pas plus) et beaucoup de morgue dans l’attitude de Simon Callow (quis’amuse comme un petit fou en Crowley et est de loin le meilleur acteur du cast), tout ceci est plutôt touchant de candeur de la part des auteurs. Ce qui apparaît au final, ce sont de cesaffectations de turpitudes mises en scène par des adolescents qui y croient à mort, de cellesqui fleurissent à longueur de skyblogs de gothiques en carton. Ainsi les turpitudes de Crowleyse manifestent le plus souvent au-dessous de la ceinture ou dans une coprolalie ampoulée, quimettrait même en valeur ce qu’on avait pu voir dans le domaine chez Brian Yuzna (dans
Society
certes, mais aussi dans
 Faust 
, ce qui est franchement plus grave !)… On évoquera icice qu’en dit Pierre Jourde dans l’avant-propos de son indispensable
 Littérature sans estomac
:« Certains auteurs prétendus « sulfureux » (…) ont l’air de vivre il y a cinquante ans, ils segargarisent d’audaces cacochymes, s’étonnent du courage qui consiste à briser des interdits pulvérisés depuis des lustres. » Ici c’est la même chose, on aurait même l’impression de sefaire arnaquer en termes de déviance filmée si la pompe dont les auteurs font preuve nemontrait pas, encore une fois, leur candeur vis-à-vis de leur projet.La preuve de cette candeur, c’est assurément le didactisme excessif dont fait preuve ledialogue dès qu’il s’agit des références scientifiques et relatives à l’informatique. Trop pointues, trop pléthoriques, et surtout mal fondues dans le script, elles ne font que parasiter lacélérité du récit et en éjecter le spectateur qui avait déjà du mal à se sentir concerné (le prix dela réplique incongrue va sans doute, dans le domaine, à un « I feel like Schrödinger’s cat ! » juste avant le climax ; difficile de faire plus lourd dans le sibyllin !). C’est un peu comme cesmauvais récits de SF où les personnages se croient obligés de nommer chaque gadget d’unnom à rallonge qui en dévoile le fonctionnement : vous dites souvent que vous prenez votrevéhicule roulant à énergie fossile, ou que vous vous brossez les dents à l’aide de votredispositif à pression hydraulique ? Non ? Alors les gens du futur ne prendront sans doute pasde douches à radiation ionique inversée, mais simplement des douches, quelque exotiquequ’en soit le principe moteur… C’est tout à fait pareil ici, où les personnages confondent jargon et vulgarisation au cas où une équipe de Discovery Channel passait par là quand oncause boulot.Quant au charabia magique de Crowley, il est à l’avenant (c’est après tout aussi un jargon), et partant il ne fait quasiment jamais mouche et passe toujours pour un cheveux dansla soupe, un discours pompeux apposé à la va-comme-je-te-pousse sur des séquences qui n’endemandaient pas tant. Ce n’est certes pas la subtilité qui étouffe la caractérisation : Haddo esttimide et inoffensif, il est donc bègue et arbore des boucles blondes, caractéristiques quis’inversent à l’arrivée de Crowley (boule à zéro, diction emphatique, costume violet vif !). Etles personnages de s’étonner – sans blague.Ajoutons à cela une production carrément en dessous de son sujet (la HD, pas assez bienéclairée, ne fait jamais illusion, et dès qu’on a des matte paintings ou des intégrations, çadevient vraiment criant), les trois quarts du cast jouant comme des briques (mention spéciale à

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