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Critique Watchmen - F Legeron

Critique Watchmen - F Legeron

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06/16/2009

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Watchmen – Les Gardiens
deZack Snyder 
Entre ceux qui vont s’étonner de la profondeur du propos d’un comic book qu’ilsn’ont pas lu (« je savais pas que la BD ça pouvait faire ça dis-donc »), ceux qui rejettentdéjà le film en bloc parce que Snyder n’est pas politiquement correct (il est à la NRA,comme John Millius, ce qui ne peut pas leur chaloir des masses, mais aussi commeMichael Moore, hein, juste pour situer), et les geeks du net qui pourrissent déjà le projetdepuis un an parce que telle image ou telle réplique ne s’y trouve pas, il convient decalmer le jeu et de parler de tout ce qui compte, à savoir le film, qui est excellent en soiet tout à fait honorable en tant qu’adaptation, malgré une poignée de scories et deraccourcis peut-être dus au montage salles. Ne serait-ce que pour Rorschach, on n’a pasattendu pour rien.
 N’en déplaise à certains, Snyder n’est pas à ranger sur la même étagère que Uwe Boll, et si sa principale qualité est d’oser les partis-pris les plus casse-gueule (par exemple, remaker unRomero quand celui-ci ne se roule pas encore dans les pages de Bourdieu tel le goret dans sa propre fange, ou encore réaliser un péplum extrêmement esthétisé en vidéo dans un seulstudio, tout en traitant frontalement l’idéologie spartiate), il sait s’entourer des bons talents pour ce faire, et ne confond pas respect et déférence dans le traitement du matériau de base(pour le moment, le bougre ne signe que des adaptations). Alors il sera erroné, pour le moins,de se lamenter çà et là que Paul Greengrass, Daren Aronofsky ou même (on en rit encore)Terry "je fais n’importe quoi par caprice depuis dix ans et ça passe pour du génie" Gilliamn’aient pas survécu à un development hell démentiel qui a duré 20 ans. Et pourquoi pas BrettRatner pour faire un
 X Men
tant qu’on y est ? Parmi les réas en activité, Snyder était sansdoute l’un des plus qualifiés pour mener un projet à bien des égards fou. On y opposerait a priori Christopher Nolan, dont la gestion un peu flottante des trop nombreuses storylines de
The Dark Knight 
laisse planer le doute sur la narration qu’aurait donné son
Watchmen
, récitremarquablement foisonnant dont les éléments thématiques se chevauchent sur une structureen fascicules et annexes variées.Quoi qu’il en soit, on pouvait craindre, à la vue de ses précédents efforts, que l’aspectfoncièrement désabusé et crépusculaire du graphic novel de Moore et Gibbons soit le premier à passer à l’as : en 1985, dans un monde uchronique où les États-unis ont gagné la guerre duVietnam grâce à un übermench du nom de Dr Manhattan et né d’un accident scientifique, leshéros masqués ont été prohibés et mis à la retraite par le Keene act. Le meurtre d’une sorte desuper barbouze nommée le Comédien force les Watchmen, confrérie de justiciers dont lesdestins ont divergé, à se retrouver pour interroger leur passé héroïque, politique et mêmeaffectif face à la menace immédiate d’un tueur de héros. C’est dans ce contexte qu’unvigilante psychotique, Rorschach, mène l’enquête, alors que la quatrième administration Nixon fait face au réchauffement de la guerre froide et que l’apocalypse nucléaire frappe à la porte.Or, l’apocalypse, Snyder l’avait déjà traitée avec son
 Army of the Dead 
, et l’avait fait sur unton plutôt léger, presque badin, mise à part la séquence du bébé. L’issue fatale, il la rendaitexaltante et même amusante pour les spartiates de
300
. Du film très fun, un cinoche pop cornde très brillante facture et, n’en déplaise, intelligent, mais par trop positif si l’on songe àl’ambiance de film noir dramatique, volontairement anti-climatique, qui baigne
Watchmen
– 
 
le novel et pouvait être à craindre pour 
Watchmen
– le film. Bien entendu, d’autres réservesétaient nées sur la toile et dans la presse, notamment l’interrogation quant au style de mise enscène, né de
300
, voulant que la stylisation puisse prendre le pas sur le fond. On aura vufleurir un débat assez absurde sur le nombre de ralentis qu’on verrait dans le film. Outre quele ralenti s’avère, dans une certaine mesure, un moyen efficace de retranscrire au cinéma ledécoupage iconique d’un comic book (le
Sin City
de Rodriguez montre à quel point une strictetranscription en plans à vitesse de continuité peut ruiner la plus dynamique des splash pages),Snyder prouve que son goût pour le ralenti (il y en a de nombreux dans
Watchmen
, pastoujours absolument nécessaires, et dont l’appréciation sera laissée aux inclinations dechacun) n’est pas un cache-misère pour une réalisation qui serait par ailleurs branlante : la bagarre dans la ruelle mettant en scène le Hibou et le Spectre se fait entièrement à vitessenormale, et fait montre d’une clarté et d’un dynamisme tout à fait impressionnants dans ledécoupage. Snyder sait s’adapter à son sujet (à observer la différence entre ses trois longsmétrages, c’est d’ailleurs évident), et le fait magistralement ici.Le film présente une profondeur esthétique incroyable, et la direction artistique estlittéralement à tomber de richesse et de texture. Gibbons est sur la direction artistique et ça seressent dans chaque aspect, des teintes à base de couleurs secondaires aux décors et costumesextrêmement cohérents avec le projet : ainsi l’aspect des Watchmen costumés se veut uneanalyse tacite des courants esthétiques du comic book moderne (ainsi que de sesretranscriptions cinématographiques), là où le Watchmen papier reprenait les codes du comic book des années 30 à 60. D’ailleurs, les costumes tendance "fetish/transcription littérale deconcept/grand n’importe quoi" des divers flashes-back au temps des Minutemen (ah, le proto-smiley sur la ceinture du Comédien !) participent de cette démonstration. Les deux personnages ouvertement hors de cette temporalité, Manhattan parce qu’il est un surhomme etRorschach parce qu’il est bloqué dans les fifties d’Eisenhower et Truman, sont des décalques parfaits des dessins originaux, des plus petites taches sur le pardessus à la plus bleue desverges flacides. Certes, Ozymandias a l’air d’un premier de la classe dans ses divers costumes(encore que dans le climax en Antarctique il s’avère tout à fait crédible en super-héros). Maisqu’on revoie la version papier : Ozymandias est de toutes façons un type imbu de lui-mêmeavec un costume de héros proprement ridicule, et c’est volontaire. La beauté plastique de
Watchmen
est imparable, et la critiquer revient à pinailler sur des broutilles : le maquillage duvieux Comédien est moyen, le fard autour des yeux de Manhattan un peu évident, et pour unHenry Kissinger magnifique on a droit à un Nixon par trop caoutchouteux… Bon, ajoutonsune Bubastis assez factice, et… C’est à peu près tout, le reste est magnifique, point. Lacinégénie du matériau de base est le plus souvent magnifiée par la foi incroyable qu’amanifestement Snyder dans le medium cinéma et dans ce que d’aucuns désignent par l’épithète hautain de « monoforme hollywoodienne » : les scènes d’action sont franchement brutales, les scènes d’amour franchement érotiques, les plans larges franchement ambitieux etles séquences dramatiques tirent sur les cordes émotionnelles. Si le sous-texte est distancié,l’empathie avec les personnages sur le plan humain n’est pas entamée. On appelle ça ducinéma. Mais oui.Le miracle du film de Snyder, c’est que cette profondeur esthétique (à ce niveau de détail danstous les recoins de chaque image, c’est même du layering fractal) n’est que la face émergée dela profondeur thématique, restituée intacte du comic book, et même enrichie dans le processusd’adaptation. On est d’emblée saisi par le générique de début qui donne le ton réflexif,mélancolique et acerbe de l’ensemble du métrage, avec l’intervention du premier Spectre sur le B 52 d’Hiroshima, ou l’infirmation de la théorie du tireur isolé à Dallas en 1963. Deserrements idéologiques, culturels et politiques de son univers et de ses personnages, Snyder, à
 
l’instar de Allan Moore, n’éludera rien. Rorschach est vraiment malsain, Osterman/Manhattanest véritablement flou et naïf dans ses accointances plus ou moins coupables, le Comédien estune vraie ordure, le Hibou est un loser jusqu’à ses nuits avec Laurie qui échappe, elle, à la «malédiction de la gonzesse de film de super-héros », puisqu’elle possède de vraiesmotivations et une vraie personnalité. En termes narratifs,
Watchmen
est vigoureusementfidèle à son modèle, et la plus grande incartade prise par le scénario, concernant la naturemême du plan ultime du tueur de masques, permet de rendre plus cohérentes certainesimplications du récit (les dernières actions de Manhattan lors de l’épilogue, l’implication duComédien, les recherches scientifiques d’Ozymandias et surtout la manière dont ledit plan faitévoluer le conflit mondial imminent). Le texte politique n’est en aucun cas escamoté, que cesoit au Vietnam ou lors des répressions de manifestations. Snyder y intègre, de son côté, uneassez subtile rhétorique autour du 9/11, ne manquant pas de montrer les tours du World TradeCenter (une grande partie de l’intrigue prend place à New York, et nous sommes en 85), àchaque moment clé de l’intrigue, et se permettant même de montrer plein cadre un GroundZero à l’emplacement de Times Square sans plomber le récit avec un discours trop appuyé sur l’interventionnisme de son pays (bien que le « United States do not start wars » de Nixon soitsavoureux).Cette énorme fidélité montre cependant des limites dans la reprise à l’identique du découpageséquentiel en 12 chapitres. En effet, le rythme global du film s’en retrouve lissé, loin d’unrythme en creux et apogées allant vers un pinacle de l’action, et qui eut galvanisé l’aspectépique du récit. Ici l’accent est mis sur la réflexivité des actions, des contextes et des personnages, dans la même optique anti-climatique qui présidait à l’histoire originale deMoore et Gibbons, qui ne cherchaient certes pas à exalter. En dépit de certaines séquencesd’action allongées et d’autres scènes rendues étrangement elliptiques, le rythme global du filmest ainsi bizarrement égal, là ou dans la structure même des séquences les rebondissementsabondent. Reste alors à voler d’idée saillante en image picturale forte, ce dont le film nemanque heureusement pas. Watchmen, ainsi, fait l’effet d’une très longue exposition, la fauteà une enquête laissée un peu en retrait dans la seconde moitié.Mais quelle exposition. C’est à elle qu’on doit LE morceau de bravoure du film, le point où ilfait mieux que son modèle, Jack Earle Haley en Rorschach. N’ayons pas peur des mots, ilégale la performance de Heath Ledger en Joker haut la main, en ajoutant en plus une empathie pour son personnage pourtant effrayant dans son jusqu’au-boutisme. Le film est bien entenduà voir impérativement en VO pour le timbre de voix du justicier psychotique, et se permetl’exploit de surpasser le Rorschach du comic book. En effet – et on n’aurait pas cru ça possible, surtout quand on est fan de Rorscach – là où le Walter Kovacs de papier est uneversion anodine et diminuée de l’incroyable charisme du vigilante, on se prend à espérer quecelui de celluloïd ne remette pas son second visage ! Et pourtant, le masque ondoyant duvengeur est magnifique et fascinant, changeant sans cesse de dessin selon l’émotion deKovacs et (trouvaille cinématographique), lors des impacts de coups. Cependant, oui, un longmétrage centré uniquement sur Kovacs en prison parviendrait à tenir debout tout seul,entièrement sur Haley. Parmi les ellipses un peu dures à avaler (mais encore, là, on pinaille),il y a d’ailleurs la création du masque et une grosse partie des entretiens avec le psychiatre dela prison. On attend bien entendu le director’s cut à paraître pour voir ça, ainsi que toute lasous-intrigue du kiosquier et de la BD
The Black Freighter 
(qui fait l’objet d’un métraged’animation) et, peut-être, la mort du premier Hibou dont on n’entend pas parler ici. Ce cut,cependant, ne corrigera pas deux ou trois séquences un peu trop informatives (heureusementrares), où les personnages se répètent ce qu’il savent pertinemment pour la gouverne duspectateur. Les scories de ce montage salles se ressentent encore dans l’introspection deManhattan sur Mars, certains épisodes de son aventure se trouvant hors champ avec le Pruit

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