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Chapitre 1 Définir le Moyen âge
Séance 1: Une définition? quand commence le Moyen Age
 Prononcer « Moyen Age
» éveille une série d’images précises chez la plupart d’entre
nous : les châteaux forts bien sûr, les chevaliers, voire les croisades, et la mythologie afférente,
dragons, fées, enchanteur Merlin, Mélusine, c’est tout un réseau d’images faciles à mobiliser que le Moyen Age suscite, au point d’être utilisé comme un décor commode
: le
Seigneur des Anneaux
comme Harry Potter profiten
t de l’imaginaire médiéval qui séduit lecteurs etspectateurs. Ce n’est pas élitiste
- les Schtroumpfs, avec sorcier, sort, enchanteur ou
 Ivanoë
lebon chevalier, sans parler de Thierry la Fronde ou Robin de Bois -
témoignent d’une
popularité de la période
 Ŕ 
 
et ce n’est pas nouveau
 
: dès l’ère victorienne, début du XIX
e
s. en
Angleterre, on s’est plu à retrouver avec le Moyen Age une esthétique gothique qui inspirel’architecture Ŕ 
 
gothique devient alors un épithète mélioratif, alors qu’il signifie propremen
tce qui appartient aux Goths, donc ce qui est barbare ! - ou des thèmes iconographiquesexploités par les Pré-Raphaëlites. En France, le même XIX
e
s. mais dans sa version tardive etrépublicaine, puise dans le Moyen Age les motifs dont il orne le Panthéon : il faut voir lafresque de sainte Geneviève au Panthéon pour apprécier la récupération, par la Troisième
République, d’épisodes mérovingiens, mis au service de l’exaltation d’une histoire nationale
glorifiée.Pourtant, alors même que la période semble ainsi avoir un contenu clair, et positif, pour
 beaucoup, l’existence même de la période Moyen Age n’a rien d’une évidence. Disons plutôtqu’il s’agit d’une construction, pas d’une donnée brute, et qu’en délimitant une période ondéfinit son contenu. D’où no
tre problème initial : comment définir le Moyen Age, enparticulier en lui donnant un point de départ, une origine.Deux remarques préalables :-
 
1) le terme de Moyen Age n’a pas de sens en dehors de l’Europe, et surtout del’Europe occidentale.
 L
’histoire de la Russie par exemple commence au moment où un peuple nouveau (d’originescandinave ou pas) s’est installé autour de la ville de Kiev, qui lui ouvrait la route
commerciale de la Mer Noire vers Constantinople. La prise de Kiev par le prince Oleg date de
882, date fondatrice donc de l’histoire de la Russie, bien que certains préfèrent celle du baptême de la même Russie, sous influence byzantine, en 988. Dans l’un et l’autre cas, le
terme de « Moyen Age
» à l’occidentale ne signifie rien, en 882, l’empire carolingien, qui
meurt avec Charles le Gros en 888, est déjà moribond.
Sans aller chercher les exemples japonais ou chinois ici, on doit remarquer que l’histoire del’islam elle
-même entre mal dans nos catégories : la date absolue, le point de départ de
l’histoire de l’islam, est celle de l’Hégire en 622, c'est
-à-
dire de l’exil de Mahomet et de ses
partisans, de La Mecque vers Yathrib, appelée depuis Médine, la "ville du Prophète". Puis a
lieu l’expansion musulmane jusqu’aux années 750
; nos découpages chronologiques
médiévaux ne rendent pas compte de cette singularité musulmane, alors que l’islam s’étend,dès les années 640 à toute l’Arabie, à la Syrie au nord, au Yémen au sud, donc à tout l’océanindien, puis à l’Egypte et à toute l’Afrique du Nord. L’Espagne elle
-même est atteinte en 719et désignée désormais dans nos sources comme al-
Andalus, l’Espagne musulmane.
 -
 
2) La première définition du mot impliquait une insuffisance ; est « médiéval » ce qui
n’est plus romain.
 
C’est en effet par 
 
le biais de l’histoire de l’art que, pour la première fois, on a qualifié les 10
ou 11 siècles qui vont de la chute de Rome au renouveau du XVI
e
s., en notant que durant
toute cette période, les canons de la beauté antique s’étaient perdus. Vasari en 1550
, dans ses
Vies des plus excellents peintres
, serait le premier à désigner le retour à l’esthétique gréco
-romaine par le terme de « Renaissance » : avant, entre Rome et la Renaissance, il reste donc10 ou 11 siècles obscurs, barbares, malhabiles ou laids, selon les critères de Vasari, ceux du
 
Moyen Age, ou « période intermédiaire » puisque ici « moyen » doit se comprendre commece qui est au milieu, entre deux périodes plus fastes. La première définition est donc venue
d’une interprétation polémique, destin
ée à justifier une esthétique contemporaine, et venue
a posteriori
. Surtout, la définition est paradoxale puisqu’elle fait du Moyen Age la période qui
aurait tourné le dos à Rome
; or, depuis une trentaine d’années, les chercheurs se sont plus à
insister a
u contraire sur toutes les marques de continuité entre l’empire romain et le Moyen
Age occidental : continuité des élites qui auraient survécu, toujours dans une situationdominante, de la classe sénatoriale romaine classique à la noblesse médiévale ; continuité des
systèmes fiscaux, les Mérovingiens percevant dans l’espace franc les mêmes impôts et selon
les mêmes formes que les Romains avant eux ; continuité de la langue bien sûr, le latin, quipermet à un clerc du VIII
e
s. de lire saint Augustin (du début du V
e
s.) alors que nous avonsdu mal à comprendre le français de La Bruyère ; continuité des systèmes de représentation,
qui conduit Charlemagne, roi des Francs de 768 à 814, de s’intituler empereur, comme sil’empire romain n’avait pas cessé ou pouvait
renaître avec lui ; continuité aussi, fondamentale,
de la religion puisque le catholicisme, né sous l’empire romain, est toujours la religionofficielle du Moyen Age, qui s’achève en même temps que naissent les Réformes
(protestantisme, luthéranisme et calvinisme) initiées par Luther.
De ces deux remarques préalables, il faut conclure que c’est seulement à l’échelle del’Europe occidentale qu’on trouvera une définition cohérente du Moyen Age, sans doute parceque c’est l’espace où la question d’une continuité ou d’une rupture avec l’empire romain se pose avec pertinence. Deux moments de rupture avec l’empire romain, donc deux hypothèses
générales de définition, peuvent être envisagées :-
 
soit c’est l’adoption de la religion catholique qui marque la fin de l’Antiquité romaine,
païenne, et le Moyen Age se trouve défini comme la période de christianisation
maximale de l’Europe occidentale.
-
 
Soit ce sont les invasions barbares qui ont provoqué la rupture la plus vive, par
l’afflux
massif et brutal de populations nouvelles, et le Moyen Age se trouve défini
comme la période de suprématie de sociétés germaniques sur l’Europe, avec leursmœurs propres, leurs systèmes de parenté et de gouvernement
 
: la royauté s’impose
 
I- Première hypothèse, historiographie jusqu'au début XX
e
s., le Moyen Age commenceavec les barbares et l'empire romain tombe sous le coup de la menace extérieure. 1- Lesystème tétrarchique mis en place par Dioclétien (284-305)
La Tétrarchie a pour but
d’assurer une meilleure défense de l’empire en affirmant que l’autorité impériale, unique, peut
être exercée conjointement par deux empereurs seniors, les Auguste, et par deux empereurs
 juniors qui leur sont soumis, les César. Chacun a pour but la défense particulière d’un
territoire
: Dioclétien veille sur l’Orient proche (Syrie Egypte, Asie Mineure) avec son César Galère (Danube), tandis que l’Auguste Maximien contrôle l’Italie, l’Afrique et l’Espagne,avec l’aide de son César, Constance Chlore, chargé de la Gaule et de la
Bretagne. Traductionreligieuse
: l’origine de leurs pouvoirs respectifs est attribuée par Dioclétien à Jupiter lui
-
même, qui délèguerait son pouvoir à son fils Hercule, incarné par l’Auguste Maximien. Les
deux Césars sont respectivement appelés jovien et herculéen. Leur pouvoir est garanti par laprotection des dieux. Cette partition est donc institutionnelle, et conçue comme une adaptation
 pragmatique et temporaire aux besoins de la défense de l’empire
: néanmoins, elle recouvredes différences plus radi
cales, dont l’existence de deux langues
: grec et latin.
2- La rivalité
entre Orient et Occident s’est accusée à partir des invasions gothiques
À sa mort,
l’empereur Théodose a laissé au pouvoir ses deux fils, Honorius en Occident sous la garde de
Stilicon, Arcadius en Orient sous la garde de Rufin. Or les migrations gothiques voient
s’aggraver la rivalité entre les deux frères. Les Goths ont été bouleversés par les migrations
hunniques
: les Huns, quittant l’Asie centrale, ont franchi le Don vers 370, provo
qué
l’irruption des Ostrogoths et des Wisigoths, normalement installés sur les rives du Dniepr, sur 
 
le Danube. L’empereur Valens les a autorisés à franchir le Danube, de façon pacifique donc.Les conditions de cette installation n’ont pas satisfait les Got
hs, qui se sont révoltés dès 378,
ont battu les troupes de l’empereur Valens lors de la bataille d’Andrinople du 9 août 378, oùl’empereur lui
-même a trouvé la mort. Les Goths ont alors été établis en Mésie (Bulgarieactuelle) mais en se soulevant en permanence :
 
contre l’empire d’Orient (395
-401) : À lamort de Théodose en 395, ils mettent le siège devant Constantinople, conduits par Alaric.
Levant le siège, ils ravagent la Grèce et l’Illyricum, dont Arcadius et le préfet du prétoire
Rufin, les détournent
en leur ouvrant les portes de l’Italie en 401.
 
Contre l’empired’Occident (401
-402)Les troupes de Stilicon sont occupées à maintenir les Alains et les
Vandales, Alaric et ses troupes peuvent aisément marcher vers Milan, où réside l’empereur. Il
est arrêté à temps par Stilicon, battu à Pollenta (402). Un traité est conclu, selon lequel Alaric
s’engage à quitter l’Italie.
 
contre l’empire d’Orient
? (406-
408)L’idée de Stilicon est alorsde retourner les Wisigoths contre l’empire d’Orient
: Alaric peut être utile pour la conquête de
l’Illirycum oriental, au détriment de l’empire d’Arcadius. En 406, Stilicon passe un accordavec Alaric pour organiser un débarquement sur les côtes d’Illyricum. Mais l’usurpation de
Constantin III en Gaule oblige Stilicon à patienter. Il est renversé par le Sénat(408)
 
Contre l’empire d’Occident
!Alaric assiège Rome en 409 puis met la ville à sac en 410 : trois jours de pillage et de
destruction qui achèvent de dépeupler la ville, déjà affamée par plus d’un an de siège.L’empire grec réagit sans affolement comme en témoigne l’œuvre de l’historien grec
Sozomène,
 Histoire ecclésiastique
, qui minimise les dégâts, annonce avec optimisme lareconstruction de la ville, insiste sur la tolérance des Wisigoths qui ne démolissent aucun
sanctuaire catholique. L’empire lat
in est accablé : Augustin est conduit à commander auchrétien Orose une
 Histoire
en 7 livres contre les Païens (
 Historiarum adversus paganos libriVII 
) entre 414 et 417 pour démontrer que le paganisme est responsable des malheurs dumonde en général et de Rome en particulier.
3- Les invasions germaniques
 
Les Huns ont provoqué dans l’empire romain un bouleversement radical. Venus d’Asie, sans
doute de Sibérie, ils ont conquis les rives du Danube en 375 et arrivent sur le Rhin en 406. Ilsprovoquent :1-
 
la fuite des Goths qui franchissent le Danube pour trouver refuge dans l’empire en378. L’empereur Théodose signe en 382 un traité avec leur roi Fritigern, et leur 
reconnaît le droit de stationner en
 Illyricum
. C’est le début de l’implantation
debarbares sur le sol romain.2-
 
la fuite des Germains qui vivaient sur les bords du Rhin et qui le franchissent le 31décembre 406
: les Vandales, les Suèves et les Alains entrent dans l’empire à lahauteur de Mayence, provoquent l’exode ve
rs le sud (Provence) des élites
romanisées, et s’installent
;-
 
les Suèves conquièrent le nord de l’Espagne actuelle
 -
 
les Vandales descendent plus au sud, jusqu’en Afrique du nord à partir de 429. Ils
conquièrent Carthage en 439.
D’autres
Germains en profitent pour passer le Rhin à la hauteur de Strasbourg : lesBurgondes, les Alamans et les Francs rhénans. Les Francs sont à cette époque divisés en deuxgroupes
: seuls les Francs rhénans, qu’on appelait ripuaires, s’installent autour de Ma
yence,Cologne et Trèves, c'est-à-
dire sur le Rhin ou la Moselle, prennent part à l’invasion de 406.
 En Bretagne (
ie
Grande Bretagne), les légions romaines se sauvent en 407, laissant les
 populations celtes locales confrontées à deux vagues d’invasions
:-
 
les Pictes du nord (Ecosse) et les Scots (de l’ouest, Irlande) qui agissent comme des pirates et repoussent les populations bretonnes vers l’intérieur des terres
 
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