Welcome to Scribd, the world's digital library. Read, publish, and share books and documents. See more
Download
Standard view
Full view
of .
Look up keyword
Like this
2Activity
0 of .
Results for:
No results containing your search query
P. 1
Anita Staron, « "Dans le ciel" et "La 628-E8" : La douleur ou la douceur de vivre »

Anita Staron, « "Dans le ciel" et "La 628-E8" : La douleur ou la douceur de vivre »

Ratings: (0)|Views: 111|Likes:
Published by Oktavas
Article paru dans les Actes du colloque de Cerisy "Octave Mirbeau : passions et anathèmes", sous la direction de Laure Himy et Gérard Poulouin, Presses de l'Université de Caen, 2007, pp. 227-236.
Article paru dans les Actes du colloque de Cerisy "Octave Mirbeau : passions et anathèmes", sous la direction de Laure Himy et Gérard Poulouin, Presses de l'Université de Caen, 2007, pp. 227-236.

More info:

Published by: Oktavas on May 14, 2009
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as DOC, PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

05/11/2014

pdf

text

original

 
ANITA STARON
 DANS LE CIEL
ET
 LA 628-E8
:LA DOULEUR OU LA DOUCEUR DE VIVRE
Dès qu’on aborde l’analyse des œuvres d’Octave Mirbeau, on se voit confronté à unélément aussi difficile à interpréter qu’incontournable. En effet, si la personnalité de l’écrivainconstitue le fondement de tous ses écrits, elle ne permet nullement, de par son caractèreinstable et excessif, d’arriver à des conclusions rassurantes dans leur univocité. D’autre part,cette me circonstance ouvre la voie à des interprétations variées et encourage desrecherches me dans les domaines qui semblent bien explorés. Forte de cetteconviction, je m’engagerai, au cours de la présente étude, sur un terrain que nombre dechercheurs ont déjà visité – avec beaucoup de succès – avant moi. Il s’agira de réviser laconception que Mirbeau se fait de l’art, et de se demander si, en dépit de quelques constantesqui la composent, elle n’a pas subi, à long terme, une certaine évolution. Deux œuvressemblent correspondre le mieux à mon projet. Ecrites à une intervalle de quinze ans, ellesn’en sont pas moins liées par quelques aspects fondamentaux. D’abord, elles reflètent, mieuxque les autres, l’état psychique de l’écrivain, qui, pour l’une, atteint le comble du pessimisme(s’il est permis de chercher des nuances dans le noir qui enveloppe l’ensemble de la production romanesque de Mirbeau), et, pour l’autre, se place au sommet de l’optimisme(encore que dans le cas de Mirbeau ce mot prenne une signification toute particulière) ;ensuite, elles témoignent toutes les deux d’une grande modernité de l’écrivain, et constituentsans nul doute des réussites du point de vue esthétique. Enfin, bien que le problème de l’art etde la personnalité de l’artiste revienne dans tous les romans de Mirbeau, c’est dans ces deux-là qu’il est posé d’une manière particulièrement intéressante. Il s’agit de
 Dans le ciel 
et de
 La628-E8
1
.L’artiste et la vieL’art est une des préoccupations centrales d’Octave Mirbeau. Ecrivain, les exigencesqu’il pose envers ses propres œuvres le condamnent à une insatisfaction perpétuelle ; critiqued’art, il formule des attentes pareilles vis-à-vis de la création des autres et la juge sévèrementquoique avec lucidité. A l’époque où la réflexion sur l’œuvre s’installe au sein de l’œuvre
1
 
Les chiffres entre parenthèses renvoient à l’
Œuvre romanesque
vol. 1, 2 et 3, édition critique établie, présentée et annotée par Pierre Michel, Paris, Buchet/Chastel – Société Octave Mirbeau, 2000-2001.
 
 
elle-même, il trouve une manière toute personnelle d’indiquer ses positions dans ce domaine ;tous ses romans, même ceux qui ne sont pas consacrés directement à la question de l’art, présentent des personnages d’artistes. Cependant, ce problème trouve son expression la plusfascinante et aussi la plus douloureuse dans un texte publié au cours des années 1892-93,
 Dans le ciel 
. Il faut ici parler d’un roman de l’artiste dans les deux sens : écrit par un artistequi connaît parfaitement les affres de la création, il met en scène des artistes qui se débattentcontre les dilemmes multiples auxquels l’art les confronte. La critique a tendance à négliger quelque peu le personnage de Georges – l’écrivain – écrasé sous la forte présence de Lucien – le peintre inspiré qui sombre dans la folie. Mais c’est bien en se servant des deux personnagesque Mirbeau accomplit une analyse étonnamment perspicace et sincère.L’évocation de l’enfance de Georges sert à montrer la formation de la personnalité del’artiste, sérieusement entravée par l’éducation qu’il reçoit de sa famille. La sensibilitéexceptionnelle du protagoniste est pour lui à la fois cause de souffrance et sourced’émerveillements inconnus des autres. Car, si « le don fatal de sentir vivement, de sentir  jusqu’à la douleur, jusqu’au ridicule » (33) place Georges en dehors de la société, en mêmetemps il lui donne accès au monde de la nature, fermé aux simples mortels. Rappelons que cequi fait très certainement l’originalité d’Octave Mirbeau, c’est son rapport à la nature, perçueralement à l’époque comme ennuyeuse, prévisible et monotone (l’exemple d’unHuysmans ou des Goncourt est le plus éloquent), et qui, pour notre écrivain, reste source de beauté et de vérité. Par conséquent, l’amour pour la nature est pour lui une qualité rare, dont ildote seulement des personnages d’exception. Justement, Georges a « une passion de la nature, bien rare chez un enfant de [s]on âge » (52). Mais l’éducation aberrante à laquelle on lesoumet ne lui apporte pas les explications désirées. Il connaît donc « des joies profondes,traversées aussi de ces affreuses angoisses, de ne pas savoir, de ne rien connaître » (
ibid 
).C’est que, dans le cas d’un artiste, la sensibilité ne suffit pas : comme l’expliqueLucien, à la faculté de « voir » et de « sentir » il faut joindre celle de « comprendre ». Et laseule préoccupation de l’artiste devrait être de « voir, sentir et comprendre » la vie. Ce mot estune autre notion importante dans le système de la pensée mirbellienne, sans qu’il soit pour autant clairement défini. Il constitue un critère d’appréciation important pour l’écrivain, quil’évoque nombre de fois, tantôt pour faire l’éloge de ses peintres favoris, tantôt pour juger ceux qu’il déprécie : alors, le manque de vie et le caractère artificiel de l’œuvre sont des2
 
accusations principales
2
. De manière générale, Mirbeau est convaincu que « l’homme qui pense, l’artiste qui voit, le poète qui exprime, ne peuvent s’abstraire de la vie, sous peine dene penser, de ne voir, de n’exprimer rien, de n’être rien »
3
.« La vie » en tant que fondementde l’art est pour lui intimement liée à la sincérité et à la spontanéité de l’expression. Pour qu’ilse sente ému par une œuvre d’art, il faut qu’elle reflète une vision personnelle de l’artiste, car,comme le dit Lucien, « l’art […] ce n’est pas de recommencer ce que les autres ont fait…c’est de faire ce qu’on a vu avec ses yeux, senti avec ses sens, compris avec son cerveau… »(85)Mais plus l’artiste pénètre dans les splendeurs de la vie, plus il s’applique à en rendrela beauté, plus il se sent impuissant à le faire. Ce problème de l’inadéquation de l’art à lanature qu’il est censé exprimer concerne les plus grands artistes : « même un Shakespeare,même un Velasquez, même un Rodin »
4
. 
A plus forte raison, ceux qui ne possèdent pas untalent aussi remarquable s’acharnent sans cesse contre les difficultés de la création. L’éternelinsatisfait, Mirbeau se compte évidemment dans leur nombre. La tragédie de Lucien estd’autant plus poignante que derrière chaque phrase, on devine la douleur du romancier :
Je me sens […] de plus en plus dégoûté de moi-même. A mesure que je pénètre plus profond dans lanature, dans l’inexprimable et surnaturel mystère qu’est la nature, j’éprouve combien je suis faible et impuissantdevant de telles beautés. La nature, on peut encore la concevoir vaguement, avec son cerveau, peut-être, maisl’exprimer avec cet outil gauche, lourd et infidèle qu’est la main, voilà qui est, je crois, au-dessus des forceshumaines (99).
Comme on le sait, le peintre finira par couper cette main incapable de réaliser desœuvres en accord avec la conception sublime de l’art qu’il avait rêvée.Lucien meurt d’avoir voulu pénétrer et exprimer la beauté mystérieuse de la nature. Et pourtant, après tant d’échecs, il a déjà appris que la nature n’aime pas la présomption, etqu’on ne doit pas chercher la clarté dans l’art, puisque la nature elle-même n’est pas claire(114). S’il en est ainsi, ne devrait-on pas voir dans toute tentative de traduire le langage de lavie en art un péché d’orgueil ? Telle est la conviction de l’abbé Jules qui prône un refus totalde la réflexion, condition
 sine qua non
du bonheur. De même Georges, réduit à un état de
2
Ainsi Monet « nous donne l’illusion complète de la vie » ( « Claude Monet »,
 Le Figaro
, 10 mars 1889,
Combats esthétiques (CE)
1, Paris, Librairie Séguier, 1993, p. 358), et Vincent Van Gogh sait rendre « les aspectsféeriques de la nature, la joie énorme et magnifique, la fête miraculeuse de la vie… » (« Vincent Van Gogh »,
 Le Journal 
, 17 mars 1901,
CE 
2, p. 297), tandis qu’un M. Roll « se borne à copier la nature, froidement, sansémotion, dans son apparence photographique et morte »( « La Nature et l’Art. A M. de Fourcaud »,
Gil Blas
, 29 juin 1886,
CE 
1, p. 306).
3
Préface des
 Nuits de quinze ans
de Francis de Croisset (1898), cité d’après
 
P. Michel, « Octave Mirbeau et lesymbolisme », Cahiers Octave Mirbeau 2, 1995, p. 17.
4
« Le chemin de la croix »,
 Le Figaro
, 16 janvier 1888,
CE 
1, p. 345.
3

Activity (2)

You've already reviewed this. Edit your review.
1 thousand reads
1 hundred reads

You're Reading a Free Preview

Download
scribd
/*********** DO NOT ALTER ANYTHING BELOW THIS LINE ! ************/ var s_code=s.t();if(s_code)document.write(s_code)//-->