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Sécurité humaine, soutenabilité environnementaleet économie globalisée
Par Vinod RainaTel un tsunami qui saccagerait tout, le capital global exploite la bulle d’énergiedes marchés monétaires, la force militaro-industrielle des nations puissanteset les aspirations fabriquées de milliards de gens à une ‘meilleure vie’ àtravers le monde afin de mettre à genoux les gouvernements faibles pour marchandiser, monopoliser et commercialiser jusqu’à ces aspects de la vieconsidérés comme sacrés et appartenant au domaine public, comme l’eau,l’air, les forêts et la connaissance. Les bouleversements dans la vieéconomique, sociale, culturelle et spirituelle des gens, remuée comme par untremblement de terre massif (l’origine même d’un tsunami), ruinent lessystèmes locaux de production, les institutions sociales, les systèmes culturelset de croyance dans une dévastation qu’on peine à décrire. Avecl’éblouissante mais douteuse promesse de fournir une sécurité économique àune plus large part de la population via des taux de croissance plus élevés,l’économie globale a besoin de ressources naturelles pour soutenir laproduction à des taux qui n’ont pas de précédent dans l’Histoire humaine ;c’est là la raison première de l’insécurité environnementale et del’insoutenabilité à l’échelle planétaire. Seulement, lorsque la bulle éclate,comme ça a été le cas avec la crise des subprimes devenue une crisefinancière mondiale, les renflouements publics ne mènent qu’à garantir larécurrence des cycles conduisant à des bulles au lieu de servir unchangement de pensée, comme l’a récemment très bien démontré la farce duG20.Si nous cherchions un exemple et une métaphore pour décrire latransformation du concept de sécurité et de soutenabilité à travers l’Histoire, laChine se détacherait. En tant qu’Etat ‘socialiste’ qui a pris le chemin capitalistede l’économie néo-libérale de manière fascinante et pour certains rageante, laChine est un pays qui se fait remarquer par ses contrastes exaspérants. Leprix environnemental de sa frénésie économique, sur lequel l’information filtremalgré les contrôles, semble très élevé. C’est évident non seulement si l’on sepenche sur les conséquences connues du déplacement forcé de millions depersonnes et des dommages environnementaux d’un seul projet, le barragedes Trois Gorges, mais aussi si l’on observe l’effet cumulatif de milliersd’unités industrielles dans les villes qui usent du travail bon marché desmigrants en provenance des zones rurales. Ces migrants internes vivent unasservissement virtuel, sans vraiment avoir de droits, afin de founir des biensbon marché compétitifs sur un marché mondial dévasté par la présentedébâcle économique globale. Comme si l’actuel ravage ne suffisait pas, lesommet de l’Etat chinois parle désormais avec réjouissance de quatre projetsgigantesques qui transformeront les zones de l’Ouest en grande partiedésertiques pour qu’elles atteignent la capacité de production des zones del’Est et du Sud. Cela inclue le transfert de gaz d’Ouest en Est, une énormeroute vers le Tibet etc, chaque projet étant à l’échelle de la construction de laGrande Muraille mais avec des impacts massifs sur la terre, l’eau et lessystèmes de biomasse. C’est pourquoi la Grande Muraille fournit un bonexemple historique pour examiner la façon dont la notion de sécurité humainedevrait être reconsidérée dans les temps présents.Entre le Vème et le IIIème siècle avant JC, une série de murs a été construitedans le Nord de la Chine par plusieurs royaumes belligérants. Le but étaitd’établir et de protéger leurs différentes souverainetés et d’assurer leur sécurité contre les envahisseurs nomades. Malgré ces murs, en 221 avant JCles armées de Qin Shi Huang ont été capables de conquérir les six autresroyaumes, faisant de Qin le premier empereur d’une Chine unifiée. Pour consolider son pouvoir et asseoir la souveraineté impériale, Qin ordonna queces portions de murs qui divisaient les royaumes soient démolies et que cellesqui courraient le long de la frontière Nord soient connectées et étenduesdonnant naissance à la ‘Grande Muraille’, de plus de 6000 kilomètres de long.On pense que plus de 300 000 hommes ont travaillé sur ce projet qui a duréune décennie, (comme la plupart des femmes travaillent maintenant pour laproduction à l’export à des taux bon marché), et ont été forcés à travailler dansde grandes privations : beaucoup sont morts dans le processus.
L’objectif ultime de Qin était d’atteindre l’immortalité par un règnedynastique qui se prolongerait à perpétuité. Mais sa nouvelle dynastie futde courte durée ; quinze années plus tard seulement elle fût remplacée par la dynastie Han. A travers les siècles, la muraille tomba dans ledélabrement, victime des forces de la Nature. Nombre de dirigeantsordonnèrent sa reconstruction ou son extension, mais inévitablement laNature la réclamait. Aujourd’hui, bien que les portions qui demeurent soientmaintenues en tant qu’héritage de la réussite humaine (c’est l’une desseules structures élaborées par l’être humain qui soit visible de l’espace),la Grande Muraille n’a pas d’autre réelle signification que la symbolique dela sécurité et de la souveraineté de la Chine. En fait il s’agit d’untémoignage de l’échec à long terme et de la folie de la quête humaine de lasécurité territoriale.La Muraille est écrasée par l’étendue des montagnes auxquelles elle estadossée telle une ligne fine et nerveuse. La vie et le pouvoir reposent sur les montagnes, grouillants d’une myriade de plantes et d’espècesanimales. Les microorganismes transforment la pierre en poussière ; lesinsectes, les rongeurs et les chèvres parcourent les ruines du mur,mordillant les plantes qui poussent dans les fissures, inconscients dugrand dessein des humains. Les arbres sur la pente fournissent du bois etdu combustible pour les foyers ; leurs racines protègent le sol et l’eau del’érosion et de la sécheresse. La pluie et la neige fondante coulent en petitsruisseaux le long des pentes, convergent ensuite dans les rivières jaillissantes dans leur cheminement vers les terres basses des rizières quinourrissent plus d’un milliard de personnes. La sécurité de la Chine, ainsique celle de son milliard d’habitants, de sa voisine l’Inde et d’autres pays,maintenant et dans le futur, dépend au bout du compte du fonctionnementintégral de cette dynamique et des processus interactifs de la Terre, dessystèmes écologiques.Certes, cela dépend aussi de la santé économique. Ainsi chaque année laMuraille est envahie par des milliers de touristes étrangers, amenant desdevises étrangères. Leur présence est tolérée, sollicitée même, car lesdirigeants chinois ont placé le pays sur la voie de l’économie néo-libérale,conjecturant dans une ère de compétition économique mondiale que ceserait des fondements plus forts pour la sécurité que des murs souverains.Le bénéfice stratégique de la Grande Muraille pour la Chine d’aujourd’huin’est pas de maintenir les gens à l’extérieur mais bien de les faire entrer.
Soutenabilité et Sécurité
On pourrait dire qu’aujourd’hui aucun mur ne peut faire rempart au reste dumonde. Dans une époque d’interdépendances économiques etécologiques, les petits murs comme les grands sont des métaphoreserronées pour conceptualiser, des stratégies bancales pour la sécurité –comme le prouve dans un autre coin de la Terre le cruel emmurement desPalestiniens qui résistent par les Israéliens. Nous devons par conséquentréexaminer la notion même de sécurité puisqu’elle est intrinsèquement liéeà la soutenabilité.La sécurité est communément définie comme ‘libération du danger,sécurité’. Dans le cadre de la prévalence d’un système stato-centré, lasécurité nationale est pensée en termes militaires, comme la capacité d’unEtat de contrecarrer une invasion armée par une autre.L’arrivée de l’OMC nous a également conduit à une nouvelle notion de lasécurité, qui fait désormais référence à la capacité de rivaliser sur lemarché mondial pour l’accès à de nouveaux marchés et aux ressourcesrares ainsi que pour une balance des paiements et une balancecommerciale favorables. La
sécurité écologie
a rarement été incluse,encore moins été une priorité dans une matrice de sécurité nationalebasée sur les marchés mondiaux et les pactes militaires. Ce qui est assezirrationnel vu que ce qui est naturellement global c’est l’écologie, tandisque la mondialisation économique et les méthodes militaires sont desexemples clairs de la conception et de la construction humaines. Puisquel’air, l’eau et la forêt forment un continuum, la biosphère globale, lacoopération globale pour la préserver semblerait être une nécessitélogique pour contrer la mise en danger de la vie future et devrait être lefondement de la soutenabilité.
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