L'Avenir de l'Intelligence (Ch. Maurras, 1903)

 
 
 
 
 
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Dans ses numéros du premier et du 15 février 1903, la revue Minerva publie en deux épisodes une étude de Charles Maurras qui deviendra par la suite l’un de ses textes parmi les plus célèbres et les plus souvent réédités, celui en tous cas qu’il est de bon ton de présenter comme le plus « actuel », le plus « visionnaire » de son œuvre : L’Avenir de l’Intelligence.

Nous laissons aux lecteurs le soin d’en juger. Et pour qu’ils puissent le faire dans les meilleures conditions, nous nous sommes efforcés de mettre en ligne une édition révisée et actualisée, la plus complète possible ; elle comporte l’ensemble des préfaces et avertissements qui se sont succédés au fil des ans, et, comme nous le faisons pour chaque grand texte de Maurras, les annotations documentaires qui nous ont semblé nécessaires à une bonne compréhension par nos contemporains.

Il nous faut d’abord apporter quelques précisions utiles. Pendant sa très courte existence, la revue Minerva aura publié plusieurs œuvres majeures de Maurras. Il y eut les Deux témoins de la France, où nous faisons connaissance avec un Anglais du nom de Courtenay Bodley qui réapparaîtra plusieurs fois dans de nombreuses publications ; il y eut Les Amants de Venise ; enfin il y eut, en sus de L’Avenir de l’Intelligence : Auguste Comte, Mademoiselle Monk, le Romantisme féminin et l’Invocation à Minerve.

L’éditeur Albert Fontemoing publia d’une part Les Amants de Venise, puis, en 1905, près de deux ans après la disparition de Minerva, les cinq études citées ensuite, dans un volume lui-même titré L’Avenir de l’Intelligence. Celui-ci sera réédité en 1909 par les Nouvelles Éditions latines, plusieurs fois réimprimé, puis en 1927 par Flammarion. Entre temps, augmenté des Trois idées politiques (Chateaubriand, Michelet, Sainte Beuve) il a été édité avec une préface spécifique sous le nom de Romantisme et Révolution. Enfin, il sera repris, mais avec diverses suppressions, dans les Œuvres capitales, publiées peu après la mort de Maurras.

L’Avenir de l’Intelligence désigne donc aussi bien un livre, très largement diffusé si l’on fait le compte de tous ses différents tirages, que la principale des études qu’il contient. C’est dans cette dernière acception que nous en parlons ici.

L’Intelligence dont traite Maurras, c’est, « comme à Saint Péterbourg », la profession des gens de lettres, écrivains, journalistes, critiques, poètes et dramaturges ; c’est aussi, un peu, l’intelligentsia, cette nébuleuse d’esprits cultivés qui se reconnaissent en un « nous », un destin commun, une classe sociale autonome ; c’est aussi, par allusions, le « parti des intellectuels » dont l’Affaire Dreyfus a parachevé la constitution et ratifié les codes de fonctionnement. Maurras ouvre une porte sur l’extension de cette Intelligence aux hommes de sciences, aux professions de la recherche ; mais, bien que le texte de 1903 ne fasse pas allusion, et pour cause, aux métiers du cinéma et de la télévision, c’est à eux et à eux d’abord qu’il fait irrésistiblement penser. C’est vers eux que s’ouvre sa vision prospective, à mesure que, tout au long du vingtième siècle, l’écrit fait place à l’image.

On eût aimé qu’au début de ces évolutions qui relèvent autant de la technique que de la civilisation, entre 1905 et 1952, Maurras ait amendé, adapté, actualisé son texte. Vœu posthume et uchronique, bien vain ; ce ne fut pas le cas. Comme la quasi-totalité des livres de Maurras, L’Avenir de l’Intelligence reste un recueil d’articles. Parfois remaniés à la marge, parfois nouvellement préfacés, ces ouvrages restent porteurs de la date de leur première parution ; c’est au lecteur, c’est aux écrivains des générations suivantes qu’il revient de poursuivre et de faire vivre la réflexion du journaliste Maurras.

Car cette analyse de trois siècles de la vie de l’Intelligence, interrompue en 1903, est brossée en 27 brefs tableaux dont aucun ne prétend au rang d’étude historique. Ils sont certes argumentés et documentés, néanmoins c

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Date Added

06/01/2009

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