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L’EMPREINTE ECOLOGIQUE
Dix ans après Rio, Johannesburg accueillera en septembre prochain le Sommet mondial sur ledéveloppement durable. A cette occasion, le WWF-France a lancé en collaboration avec le Ministèrede l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire une étude visant à étudier l’impact del’homme sur la planète, à travers l’utilisation d’un outil de mesure : l’empreinte écologique.
Sommes-nous des “Monsieur Jourdain” du développement durable ?
Le développement durable a le vent en poupe : les annonceurs l’utilisent comme argument publicitaire,certains hommes politiques l’incluent dans leurs thèmes de campagne, les premiers produits labellisés“durable” apparaissent dans les rayons des supermarchés.Le concept fait l’unanimité, du moins sur le papier : pour reprendre la définition de la CommissionBruntland, le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sanscompromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.
D
ifficile de trouver un objectif  plus consensuel.Pour autant, le citoyen, le chef d’entreprise ou l’élu qui souhaite “faire du développement durable” setrouve bien souvent dans l’impossibilité d’évaluer la portée de ses décisions : à l’instar d’un Monsieur Jourdain, il ne sait pas si tel achat, tel investissement ou telle orientation politique sont dans le ton dudéveloppement durable.Il ne le sait pas, parce qu’il ne dispose pas encore d’outils fiables lui permettant d’évaluer ses progrèsdans la voie du développement durable.Après la crise de 1929, les gouvernements qui se sont lancés dans la course à la croissanceéconomique ont eu besoin d’un indicateur pour mesurer le résultat de leurs efforts. Le PNB a étéinventé par le Prix Nobel Simon Kuznets pour répondre à ce besoin.Aujourd’hui, face aux défis du 21
ème
siècle, et notamment face à l’épuisement programmé desressources naturelles, les gouvernements et les individus qui souhaitent mettre en oeuvre les conceptsdu développement durable ont, eux aussi, besoin d’outils pertinents. L’empreinte écologique est un deces outils.
Qu’est ce que l’empreinte écologique ?
L’empreinte écologique est une mesure de la pression qu’exerce l’homme sur la nature. C’est un outilqui évalue la surface productive nécessaire à une population pour répondre à sa consommation deressources et à ses besoins d’absorption de déchets.Imaginez que vous êtes un Robinson Crusöé isolé sur une île déserte : quelle devrait être la taille devotre île (terre, lagon et mer accessible compris) pour vous permettre de vivre en autarcie de façondurable et répondre à vos besoins en nourriture, chauffage, matériaux de construction, air pur, eau potable, absorption de déchets ?
 
Cette surface représente l’empreinte écologique de notre Robinson Crusoé. On comprendintuitivement que si le mode de vie de notre naufragé exerce une pression trop forte sur son île (s’il fait par exemple des grands feux de camp tous les soirs pour tromper sa solitude), c’est-à-dire si sonempreinte écologique est supérieure à la taille de son île, sa survie risque d’être compromise à plus oumoins long terme... sauf, bien sûr, arrivée d’un bateau de secours aussi providentiel qu’hypothétique.A l’échelle du globe, l’empreinte écologique de l’humanité est une estimation de la superficie terrestreou marine biologiquement productive nécessaire pour répondre à l’ensemble de nos besoins.L’empreinte écologique est mesurée en "unités-surface". Une unité-surface est l’équivalent d’unhectare normalement productif. Cette surface peut répondre à plusieurs usages : urbanisation,absorption de CO2, pêche, forêts, paturage, culture.Selon le “Living Planet Report 2000” du WWF, l’empreinte écologique globale de l’humanité adoublé au cours des 35 dernières années :Quelque part dans les années 1970, l’empreinte écologique de l’humanité a dépassé la capacité decharge de la Terre. En clair, nous vivons en “sur-régime” par rapport aux ressources de la planète : en1997, la surface biologiquement productive disponible pour une personne était de 2,1 hectares.L’empreinte écologique mondiale moyenne était de 2,9 hectares par habitant, ce qui signifie quel’humanité dépasse la capacité de la planète de plus de 35%. Nous ne sommes pas des Monsieur Jourdain du développement durable. Nous sommes comme unménage qui hypothèquerait son logement ou une entreprise qui puiserait dans son capital pour faireface à ses dépenses.
Les inégalités écologiques
L’empreinte écologique est un indicateur de la durabilité des activités économiques humaines dansleur ensemble. C’est aussi un excellent indicateur des disparités entre les différentes régions dumonde :
 
Ce graphique montre que l’empreinte écologique d’un américain est d’environ 12 hectares par habitant, ce qui est environ 6 fois plus qu’un asiatique, et 9 fois plus qu’un africain. Celle d’unfrançais est de 7,3 hectares. Pour l’anecdote, l’empreinte écologique d’un afghan est de 0,58hectares....Si le monde entier vivait à la manière d’un américain, il faudrait 5 planètes supplémentaires pour vivredurablement ! (et deux planètes et demi supplémentaires pour vivre comme un français).Cette analyse pose une question éthique aux habitants des pays développés : le modèle de vie que nous proposons aux pays du Sud à travers nos produits, nos médias et nos films et auquel ils sontlégitimement en droit d’aspirer, ce modèle n’est pas soutenable dans la durée. A quels choix politiquesce constat nous amène-t-il ? Les pays du Sud devront-ils se cantonner à rester des “fournisseurs de bioproductivité” pour les pays du Nord, ce qui aura pour effet, par exemple, de vider l’Amazonie deson bois et d’en faire un désert afin la fin du siècle ? Ou les pays occidentaux auront-ils le courage etles moyens de renverser la tendance ?
A l’action !
Au-delà des orientations politiques, l’empreinte écologique offre à chacun l’occasion d’évaluer seschoix et de réduire son impact sur la planète.Les inventeurs de l’empreinte écologique, Matthis Wackernagel et William Rees, se sont livrés aucalculs suivants :TransportsPour un trajet équivalent de 10 kms, l’empreinte écologique annuelle d’une personne qui se rend à sontravail est de:-
 
120 m² en vélo-
 
420 m² en bus-
 
2.050 m² en voitureOn peut donc réduire son “empreinte-transport” par 17 si on laisse sa voiture au garage et si on ressortson vélo de la cave.EnergieL’empreinte écologique dû à notre consommation d’énergie varie considérablement en fonction de nossources d’approvisionnement : si on prend pour base 100 l’empreinte écologique du pétrole, onconstate des disparités énormes :
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