[9]
Chapitre
II
THÉORIE
DE
LA
MONNAIE
QuiditpatrimonialditpécunIaIre,c'est-à-diremonétaire.Tout,dansnotrecivilisationjuridique,s'exprimeenmonnaie,toutvauttant(tout,sansdoute,saufl'essentiel,maisvousnepourrezobtenirl'essentielqueparcequetout
le
restepeutêtreobtenu
par
del'argent).Derrrechaqueobligation
(cf.a.1142),
chaquebien,etmêmechaquepersonne(quel'onsongeàl'éventualitédesaccidentscorporels),
le
droitaperçoitd'avance
les
dommages-intérêtsquipourront
les
représenterquelquejour,et
les
dommages-intérêts,
ce
sontdessommesd'argent.La
monnaie,l'argent,l'argentcomptant,
disentparfois
les
tex
tes
(ex.
a.
533,536,
1905),
ouencore
les
deniers
(a.2103-2°,
5°,
expressionarchaïque,maisquitientbondanslapratique).Qu'est-cedoncquecettemonnaiequia
le
pouvoiruniquededoublertouteschoses,commel'ombredouble
les
corps?
Ilfautcommencerparaffirmer
le
principeintemporelquelamonnaieestuneinstitutiondedroitpublic,unmécanismerégalien,étatique,unattributdelasouveraineté.Dansl'ordrefrançaisd'avant
1999,
auquel
il
s e ~ a
bon(pouruncertaintempsencore)decontinuerà
se
référer,l'Etatavait
le
pouvoir,absoluetexclusif,d'émettreet
de
retirer
les
monnaies,commed'enrégler
le
cours.Cette
souverainemotaire
étaituneformecapitaledesasouveraineté.LeConseilconstitutionnell'avaitreconnudanssadécisiondu9avril
1992
(l.C.P.,
92,
2,
21853),déclarant
le
traitédeMaastricht
(7
févr.
1992)
incompatibleavec
le
texteanrieurdelaConstitution,lapolitiquemonétairemettantencause
les
conditionsessentiellesd'exercicedelasouveraineténationale.Aussia-t-ilfalluunnouveautexteconstitutionnel(a.88-2,
1.
25
juin
1992)
pourcouvrir
les
éven-
 
16
Droitcivil
(9]
tuelstransfertsdecompétencescessaires
à
l'établissementdel'Unionéconomiqueetmonétaireeuroenne(U.E.).L'établissementdecetteUpions'esttraduit
par
l'introduction,surtous
les
territoiresdesonzeEtatsparticipants,
d'une
monnaienouvelle,monnaieunique,l'euro,endeuxétapes,
dont
lapremières'estaccomplie
au
1
er
janvier1999,
dont
lasecondeestprévue
pour
le
1
er
janvier2002.C'estunévénementmajeur.Ill'est,àl'évidencenégativement,encequ'ilimpliquel'abolition
à
brèveéchéance,desmonnaiesnationales,doncenFrance
du
franc,ladisparitiondesdernièrestracesquisubsistaient
du
francdeGerminalanXI(cf.Introd.,
74).Mais
il
l'estaussipositivement.,car,bienquel'euroreproduisebeaucoupdestraitsclassiquesdetoutemonnaie,
par
d'autresonassiste
à
uneruptureéclatante.-La
natureJ!iridiquedelamonnaie
estbouleversée:cen'estplusunmécanisme
d'Etat,
l ~
raisonenétant,toutesimple,quel'U.E.estencoreloind'être
un
Etat;
pour
unepériodeencoreindéterminée,l'euroestsouslasouverainetéd'uneentitéabstraite,
le
Systèmeeuropéendesbanquescentrales(S.E.B.C.).-
Non
moinsprofondeestlatransformationquevasubirla
poli-tiquelnonétaire,
l'ensembledesobjectifsque
le
souverainassigne
à
sonaction.Detouteantiquité,l'émissiondemonnaieaétéconçuecommepouvantêtre,devantêtre,
pour
le
prince,unesourcelégitimedeprofit.Iln'estquedesongerauxroisfaux-monnayeurs
ou
auxassignatsrépublicains,etenFrancecommeailleurs(plusqu'ailleurspeuttre),c'est
par
l'inflation
qu'ont
étéfinancéeslesdeuxgrandesguerres.Mais
à
ceshabitudesines,
les
économisteskeynésiensavaientsuappliquerunrevêtementdescience:ilsdémontraientquelamonnaieestuninstrument
pour
agirsur
le
marchéetsurl'emploi,quel'inflation,ladéflation,
les
tauxd'intétpeuventêtreutiliséscommestimulantsoufreinsdelaconjoncture,ducommerceinterne
ou
international:
il
yavaiteudesdévaluations
«
comtitives».D'autresyajoutaientque,
par
une
monnaiedélibérémentfondante,unenationpeut
se
dispenserd'uneréformeviolente,lesrichessesglissantendouceurdeclasse
à
classe,descréanciersauxdébiteurs,despropriétairesauxlocataires,etc.Or,
il
fautbien
se
convaincrequelamonnaieuniquearépudié
pour
toujourscessortilègesdepolitiquemonétaire.LeS.E.B.C.,quehantentdessouvenirsde1929,de1945,
se
veutrigoureuxetne
se
reconnaît
d'autre
raisond'êtrequed'assurerlastabilité,nonpasmêmedeschanges,maisdesprix,uniquementdesprix.
Le
Systèmeestallemand.
 
[10]
Théorie
de
la
monnaie
17
[9]
Pourl'heure,
le
grandécartauquellathéoriedelamonnaiedoit
se
livrerentre
le
francetl'euroestpeupropice
à
un
exposésanscomplexité
du
droitenvigueur.Prenant,néanmoins,
pour
donnéeincontestable
du
traitédeMaastrichtetdestextesd'introductionque,dans
les
rapportsentreparticuliers(oumêmeentreprofessionnelsetconsommateurs),matière
par
excellencedecedroitcivilquiestlavocation
du
présentvolume,l'euron'estencorequemonnaiefacultative,
le
francseulemonnaieobligatoire-uneméthodemixteparaît
ici
plausible:
le
droitnationalseramaintenucommebasedel'étude,
les
novations
du
droiteuropéenn'intervenantqu'encontrepoint.Sanssurprise,cettethodenousconduit
à
unedivision
dont
les
énoncéssontassezgénérauxpourquel'eurocomme
le
francs'enaccommo
dent:
la
notion
et
les
fonctions
delamonnaie.
[10]
ÉT
AT
DE
LA
QUESTION
Iln'yaqu'unequestion,sousdiversanglesde
vue:
l'introductiondel'euro.Texteeuropéendebase
pour
lariodetransitoire,
le
glementduConseil(del'D.E.)974-
98
du3mai
1998
(cf.D.98,
L.
191,
J.C.P,
98,
3,
20079).
..
B.G.-Quelquesexemplesseulement
d'une
productionsurabondante
autour
de
1998
:ouvragesd'information,G.Milési,
Le
romandel'euro,
1998;depomique,tantôt
pour,
P.
Kauffmann,
L'euro,
1997,tantôt
contre
lamonnaieunique,
J.-J.
Rosa,
L'erreureuroenne,1998.
HISTOIRE
Leromandel'euroestentroisépisodes:a)
L'écu-panier.
-
L'idéed'unemonnaiecompositequiseraitcommuneauxpaysdelaCommunautééconomiqueeuropéenneavaiteuplus
ou
moins
pour
instigateurl'économistebelge(américanisé)RobertTriffin(1911-1993).Laréalisation-enmars1979,
à
l'occasiondelacréation
du
S.M.E.(Systèmemotaireeuroen)prit
la
forme
d'un
panierdeInonllaies,chacundesÉtatsmembresmettantdans
le
paniersamonnaie,affece
d'un
coefficientcorrespondant
au
poidséconomique
du
paysconcerné.L'unitémonétairequiensortaitpritnomenanglais:
EuropeanCurrencyUnit.
La
Franceneretintque
le
sigle:E.C.D.,quisonnaitmotairement(l'écuavaitétéunevieilleunitédecompte,sousl'AncienRégimeetencore
au
XIX
e
s.,l'équivalentde3livres
ou
de3francs).L'écueuropéen,luiaussi,n'est
qu'une
monnaiedecompte,sansinstrumentsmonétaires(billets
ou
pièces)
pour
lareprésenter.Al'origine,
il
avaitétéinstit
à
l'usageexclusifdesorganesdelaCommunauté.C'estl'écu
officiel,
appelé
à
fonctionnerdanslesrelationsentrebanquescentrales,
ou
pour
l'établissementdubudgetcommunautaire.Mais,
par
lasuite,s'estcrééunécu
privé
ou
commercial,quiacettesingularitédenepouvoirs'exprimerquedansdesinstrumentssubmonétaires(chèquesetvirements).Cf.Th.Lefèvre,
L'E.
C.
U.,
1985:

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