Lionel Bénard
Loin de l’hiver
Je n’étais pas venu la revoir à l’hôpital depuis plusieurs semaines,depuis le début de l’hiver. Une période qui a la fâcheuse tendance àralentir la vie en général ; les silhouettes se voûtent, auréolées de laclarté du soleil couchant pour rejoindre leur foyer et leur famille. Alorsqu’ils accrochent leur manteau couvert de traces de neige, des gaminsles accueillent, le visage ouvert d’un sourire.Les lumières des demeures créent des zones de ténèbres sur lechemin qui mène à l’établissement hospitalier, je me fonds dans lesombres, longe les murs comme un voleur. Parfois, je m’attarde à hau-teur de l’une des fenêtres et j’observe ces existences que je leur envie avecune force qui m’étonne moi-même, une existence qui m’a été volée. Latiédeur qui traverse ces fenêtres me brûle les yeux et le cœur. J’entendsencore le bruit des flammes, le bruit des charpentes qui craquent, lafumée âcre qui nous étouffe, moi et mon épouse.C’est en hiver que les familles se calfeutrent dans leur maison,que chacun recherche la chaleur de ses proches pour ne devoir s’en
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