Danielle Lambert
Corps instables
ITu te caches. Entre les jambes, la morsure humide et lancinante.Tu te caches, recroquevillée sur son odeur qui t’habite. Et l’immensevague de désir se tapit dans petit coin de chair molle. Silence. Un enfantdort qui n’est pas encore né et emplit ta solitude d’une ouate lactée,feutrée, immobile. Tu as cinquante ans, tu réapprends cette peur que tune sais nommer et rassemble besoin, appel, manque en une poignantedouleur d’entrailles.Humiliée profondément, apeurée, tu te retrouves dans sa rue,devant ses fenêtres aux yeux clos, osant à peine imaginer ce qu’il sepasserait si tu te retrouvais face à lui. Lui, ses enfants, leur mère.Dans la maison aux stores baissés, une mouche bourdonne, lessouvenirs fourmillent en une poussière endeuillée. Entre tes jambes,l’animal cesse de hurler, lentement s’affaisse, s’allonge sur le temps quiredevient étale. C’est dimanche dans un silence recueilli. Tu retrouves lebruit des autres. Et le manque se mue enfin en ce simple et inexorablesentiment de dévastation qui t’accompagne fidèlement, familièrement,depuis si longtemps.
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