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Philippe Hervé - Dans quelle crise sommes-nous

Philippe Hervé - Dans quelle crise sommes-nous

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On s'interroge...
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05/11/2014

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Dans quelle crise sommes-nous ?
 par Philippe Hervé
 La crise, c’est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître
”.Antonio Gramsci
 En juillet prochain, la crise dite des «subprimes» aura déjà deux ans. Sesconséquences pour les peuples sont dramatiques : 2008 a été une année de«stagflation», c’est-à-dire de stagnation des PIB sur quasiment l’ensemble de la planète, doublée d’une inflation massive des matières premières et des produitsagricoles ; 2009 sera une années de dépression marquée par une déflation liée àla crise de la demande qui existe depuis septembre dernier et l’effondrement dusystème financier mondial.
Crise d’adaptation ou crise systémique
Après deux ans de crise, nous disposons aujourd’hui du recul nécessaire pour lacaractériser : loin d’être une crise d’adaptation, il s’agit en vérité d’une crisedite « systémique » et « structurelle ».Comment justifier cette affirmation ? En dernière instance, ce qui distingue unecrise d’adaptation d’une crise systémique c’est lorsque les mesures deredressements se révèlent être des mesures d’accentuation de la crise traversée,alors la crise systémique et structurelle est dûement caractérisée. Or, cettesituation en « boucle » est celle que nous traversons actuellement, car pour tenter de sortir de la crise « de la dette »… les gouvernements développent précisément de la dette. C’est le serpent qui se mord la queue ! La crise actuellene peut donc que s’aggraver par ces méthodes.Depuis septembre 2008, sont administrées à l’économie mondiale, malade del’endettement, les drogues qui l’ont justement envoyée à l’hôpital. On tentemaladroitement de soigner le mal par le mal et de guérir une économie rongée par le crédit par une relance extrême de celui-ci. Bref, on connaît les causes :trop de dettes et des taux d’emprunt trop bas et les réponses sont : encore plusde dettes et des taux encore plus bas (alors que dans la réalité ces taux sont près proche de 0%).Or, cette conjoncture absurde n’est pas le résultat de décisions erronées dequelques technocrates inspirant nos dirigeants, mais elle est la résultante del’impossibilité historique, dans un système donné, d’auto-détruire les formesobjectives de domination du capital qui sont à l’oeuvre.
 
Charabia ?! Alors détaillons très brièvement ce point central pour lacompréhension de la crise actuelle : la crise de la dette n’est que la résultantede la domination systématique des « circuits longs », c’est-à-dire mondialisés etcontrôlés par les multinationales monopolistes, par rapport aux « circuits courts» du capitalisme classique qui survivait encore laborieusement à la fin du20ème siècle. La victoire des « circuits longs » s’est imposée comme réalitéobjective grâce à sa capacité à réduire drastiquement le coût du travail par l’emploi d’une main d’œuvre quasi esclave dans certains pays du tiers monde,ou par un accord stratégique avec les gouvernements en place (le régimechinois par exemple). Mais ces « circuits longs » ne peuvent exister de manièremonopolistique qu’à la condition absolue d’être organisés, hiérarchisés enterme de répartition du profit, et fluidifiés grâce à la superstructure financière et bancaire. Ainsi, cette organisation financière et bancaire loin d’être une forme parasitaire du système, comme on tente de nous le faire croire, est en réalité lenoyau vital et central de l’organisation de la domination du capital de nos jours.La financiarisation est le fondement du capitalisme actuel, elle n’est pas unélectron libre venue ébranlé un système qui, sans elle, marcherait très bien.
L’exploitation de la ressource « être humain » pour combler legouffre financier
Là est l’explication des couinements sans fin de nos dirigeants sur le thème : «nous devons sauver les banques ! ». Sans les banques, sans la financiarisation,le système est mort. Dans les faits, ce sauvetage des banques a été planifiégrâce à la panique née au moment de l’effondrement de Lehman Brothers. Pour les tenants du libéralisme, cette faillite a été une « divine opportunité » pour exiger des peuples plusieurs milliers de milliards et ainsi faire passer cettegigantesque dette privée (générée par le système) vers une dette publique (c’està dire l’impôt payé par les citoyens !). Toute autre solution aurait détruit lenoyau vital du système qu’est la finance mondialisée, soit par la relocalisationdes organismes financiers (car une nationalisation éventuelle des banquesaurait été, comme aurait dit La Palice, nationale) ; soit par la destruction des banques comme émettrices exclusives de la monnaie (par exemple en mettanten place d’un système monétaire en réseau). Voilà pourquoi pour sauver lesystème tel qu’il est, il faut le « criser » ! C’est à dire endetter encore davantageles gens…Ainsi, de hoquet en hoquet, de soubresaut en soubresaut, la crise va continuer,rythmée par des événements soi disant imprévus, permettant de subjuguer lesopinions publiques. Le prochain épisode de cette série fleuve sera peut-être unehyper inflation généralisée, capable de dévaloriser massivement la dette de lasphère financière au détriment des salariés, des retraités et des petits épargnants
 
(c’est à dire 99.9% de la population de la planète… ).Bien sûr, cette conviction que nous avons de traverser une crise systémiquenous amène à penser que les solutions Keynésiennes classiques ne peuvent pasavoir le moindre impact sur la réalité du capitalisme d’aujourd’hui. Car Keynesa proposé dans les années trente des solutions qui avaient pour but de sortir dela crise en accélérant justement l’adaptation du capitalisme moderne. Or, dansune crise systémique, il ne s’agit pas d’adaptation mais de déconstruction.D’ailleurs, pour éviter le débat rationnel, les keynésiens contemporainsinduisent le plus souvent dans leurs propos que « la sphère financière estdevenue folle », bref que l’organisation financière et bancaire est réformable etqu’elles est indépendante du capitalisme. Non Messieurs, Wall Street n’est pasréformable, mais simplement arrivé au bout de sa logique matérielle, c’est-à-dire exister, comme nous le disions plus haut, comme noyau vital définitif d’unsystème d’exploitation.
Crise systémique ou pli historique ?
Ainsi, nous considérons pour notre part que la crise dite des « subprimes », n’arien à voir avec celle de 1929. C’est même par certains côtés l’inverse de cettedernière. Il suffit pour s’en convaincre de constater l’exemple anecdotique deGénéral Motors, né du grand krach de 29 et justement mort (en tant que société privée) dans la tourmente financière d’aujourd’hui.Mais nous pensons également que cette crise paroxysmique, qui risque des’étaler sur une longue période, c’est-à-dire plusieurs années ou dizainesd’années est l’ultime avatar d’un mode de production en fin de vie. Loin d’êtreun simple problème de baisse du taux de profit, la crise financière actuelle n’estque la pointe visible de l’iceberg de la crise de la définition de la Valeur elle-même (c’est à dire comment évaluer ce que vaut un objet, un service, etc. ).Comme au 16ème siècle, la crise de la Valeur commence d’abord par sa simpledéfinition. Comme à la Renaissance, nous sommes dans l’incapacité d’avoir une vision comptable cohérente de celle-ci. Depuis plusieurs années, et en particulier depuis le scandale Enron et Andersen Consulting en 2002, il estimpossible de simplement croire à l’existence d’une comptabilité réelle etsincère. Ainsi : que valent vraiment les actions des multinationales ? Et réponse: nul ne le sait ! Que valent les actions des banques monopolistes ? Réponse :nul ne le sait !Le second élément, qui révèle pour nous l’existence d’un pli historique, résidedans le fait que les innovations les plus importantes, impliquant à terme deschangements dans les rapports sociaux, se font en dehors d’un quelconque

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