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Actu81.pmd 30/06/2008, 17:576
 
Actu81.pmd 30/06/2008, 17:577
 
 
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N° 81 
8
introductio
. Ses auteurs, Matthias Ringman et MartinWaldseemüller, y suggéraient que le nouveau conti-nent découvert en 1492 par Christophe Colomb neporte pas, ainsi que l’on pouvait s’y attendre, le nomde celui-ci, mais celui du navigateur vénitien AmerigoVespucci, dont les rusés Alsaciens avaient joint leslettres à leur texte. Colomb lui-même, qui était mortun an à peine avant la parution du livre, avait attachémoins d’importance au vaste pays où il avait accostépar hasard qu’à la fabuleuse Cathay où il n’arriverait jamais, et ne s’était pas soucié de mettre en avant, enguise de toponyme, son propre nom qu’il espéraitdonner un jour à un royaume légendaire d’Asie. Co-Les peuples indigènes qui vivaient depuis des milliersd’années sur le continent ne furent naturellement pasconsultés quant à cette nouvelle dénomination. A vraidire, aux yeux des Européens, celle-ci semblait offrirpour ce pays une page blanche, un commencement toutneuf, l’autorisation d’ignorer les droits d’éventuels oc-cupants antérieurs, y compris celui d’exister. Ce Nou-veau Monde, le vicomte François-René de Cha-teaubriand le décrit comme il décrirait une scène vide,avec lui-même pour seul visiteur : «Un soir je m’étaiségaré dans une forêt, à quelque distance de la cataractede Niagara ; bientôt je vis le jour s’éteindre autour demoi, et je goûtai, dans toute sa solitude, le beau specta-cle d’une nuit dans les déserts du Nouveau Monde.»Même selon les critères de Chateaubriand, les «beauxdéserts du Nouveau Monde» n’allaient pas rester long-temps des «déserts» et, en peu de temps, chaque éten-due de forêt ou de champ allait être revendiquée. Enun geste d’une superbe arrogance, par la signature dutraité de Tordesillas en 1494, le pape divisa le Nou-veau Monde en deux moitiés : l’une pour le Portugal,l’autre pour l’Espagne, sans consulter qui que ce fût,bien entendu, sauf peut-être le Dieu de Rome. Maiscette appellation aussi allait faire long feu. Dans pres-que tous les Etats du Nouveau Monde, les enfants desexploiteurs des Indigènes s’efforcèrent à leur tour dese libérer de leur mère patrie, par laquelle ils se sen-taient exploités, et le
XIX
e
siècle entier n’est pas grand-chose d’autre qu’une tentative de récupérer le sens dunom «Amérique».En dépit de tous leurs combats pour l’indépendance,il semblait pourtant au début du
XX
e
siècle que les
libertadores
n’étaient guère parvenus qu’à remplacerun joug par un autre, provoquant la fameuse excla-mation du révolutionnaire Porfirio Díaz : «PauvreMexique ! Si éloigné de Dieu, et si proche des Etats-Unis !» Dès le début, les Etats-Unis portèrent un re-gard économiquement intéressé sur leurs voisins dusud du Rio Grande et, durant le mandat de JamesMonroe, leur cinquième président, ils formulèrent en
Alberto Manguel a publié récemment
Le Livre des éloges 
(L’Escampetteéditions). A paraître :
L’Iliade et l’Odyssée d’Homère 
(Bayard). A partirde septembre : «Le monde selonAlberto Manguel» au Centre Georges-Pompidou. Président du Prix du livreInter et du Prix Cévennes en 2008,Alberto Manguel est invité d’honneur auSalon du livre de Montréal en novembre.Depuis le 19 mai 2008, la bibliothèquedu lycée Victor-Hugo à Poitiers senomme Espace Alberto Manguel.
Amérique
destin
L
e 25 avril 1507 fut imprimé à Saint Dié, enAlsace, un ouvrage de géographie universellemodestement intitulé :
Cosmographiae
lomb était un homme pratique et ilprenait sa mythologie au sérieux.Dans son commentaire, par exem-ple, de la vision de ce qu’il avait prispour une sirène nageant dans la merdes Antilles – et qui était sans douteun lamantin – il notait : «Malheu-reusement, elles ne sont pas aussibelles que ce que nous avons étéamenés à croire.» Nous le savons,Colomb n’a jamais atteint Cathay etle pays qu’il avait dédaigné est de-venu l’Amérique.
Alberto Manguel, écrivain canadien né en Argentineet vivant en Poitou, livre sa version du mot Amérique,continent ou pays, territoire de civilisations plurielles,totalement transformé par la colonisation européenne
Par
Alberto Manguel
Traduit de l’anglais par
Christine Le Bœuf
Actu81.pmd 01/07/2008, 14:468
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