■■■■■
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
■■■■■
N° 81
■■■■■
18
tion du vivre ensemble, du sens à donner à l’organi-sation collective. En Acadie, ce questionnement estplus urgent encore car, depuis le début des années2000, l’Acadie est entrée dans une phase d’assimila-tion ethnolinguistique. La question du sens à donnerà un vécu collectif renvoie concrètement aux respon-sabilités non assumées de 1968 ; celles d’une quêtede justice et d’équité menant à une solidarité réelle.L’«empowerment» serait en ce sens, en Acadiecomme en France, d’oser l’analyse du décalage entreles idéaux révolutionnaires et les réalisations tron-quées. Après le déverrouillage du plan moral, il nousreste à dévoiler nos propres aveuglements sur nos fonc-tionnements, notre confusion, notre instabilité émo-tionnelle, nos ego-, socio-, ethno-, centrismes, autantd’obstacles qui nous séparent de la sagesse réelle desidéaux auxquels aspire tout progressiste.L’«empowerment» devient alors le pouvoir de se voirtel que l’on est, en découvrant les obstacles réels à unagir émancipateur, c’est-à-dire qui nous relie les unsaux autres dans un but de progrès commun et con-tinu. Cette démarche exige à la fois une observationconstante de soi et une ouverture sensible à l’autre(Lévinas). Au plan collectif, cette exigence se traduitdans des idées de socialité active, de solidarité réelle,d’altérités constructives, de fraternité.Au sein du microcosme acadien, le maintien d’unesingularité implique le dépassement des schémas éta-blis, ceux du nationalisme ethnique, du refuge dansles institutions officielles, de la fuite dans le maté-rialisme et dans la virtualisation médiatique et tech-nologique des existences. Le maintien d’une singu-larité, pour cette minorité, dépendra de sa capacité àtranscender, comme elle a déjà su le faire, ses repré-sentations, ses inerties et les contingences de l’épo-que, afin de se redonner le pouvoir de renouveler saraison d’être. Cette problématique qui questionneconcrètement leur survie peut alors éclairer des peu-ples majoritaires, comme les Français de France, quiperçoivent beaucoup plus difficilement la gravité deleur incohérence et la nécessité d’une remise en ques-tion fondamentale, dans les faits, c’est-à-dire unedéconstruction de nos certitudes personnelles et col-lectives. A l’occasion des nombreux contacts quiauront lieu avec les Québécois, dans le contexte du400
e
anniversaire de la ville de Québec et avec lesAcadiens dans celui du Congrès mondial acadien de2009, souhaitons que des échanges fructueux pour-ront avoir lieu sur nos aspirations communes à ré-duire les décalages entre nos idéaux et nos engage-ments et sur nos désirs de renouer avec des projetsd’existence commune cohérente.
■
1. Le chiac est parlé dans différentes parties de l’Acadie. Cettevariété de langue, ou langue à part, selon les observateurs, estconstruite à partir de la langue française d’Acadie avec des ajouts demots et constructions syntaxiques empruntés à la langue anglaise.2. Je parle ici de l’ethnocentrisme français mais aussi de celui desQuébécois qui, à partir de leur mouvement indépendantiste desannées 1960, ont voué les autres minorités franco-canadiennes à ladisparition.3. Ceux qui souhaitent un résumé de l’histoire acadienne peuventconsulter le site : http://www.cyberacadie.com/acadhist.htm.4. Notamment face à l’oppression du clergé qui cherche à éliminerla culture populaire et plus particulièrement sa dimension festive.5. La première thèse consacrée à ce sujet en Acadie vient d’êtresoutenue : Joël Belliveau, «Tradition, libéralisme etcommunautarisme durant les Trente glorieuses : les étudiants deMoncton et l’entrée dans la modernité avancée des francophonesdu N.-B.», 2008.6. L’impact des phénomènes de mondialisation, appeléscommunément globalisation au Canada, est beaucoup plusmarquant au sein d’une minorité.
Départ triomphal le 8 mai dans le vieuxport de La Rochelle de la grande traverséede l’Atlantique, organisée par la ville dansle cadre du 400
e
anniversaire de lafondation de Québec. Après une journéede festivités qui ont attiré plusieursdizaines de milliers de personnes, lemajestueux Belem et la flottille de 45bateaux ont levé l’ancre.Photo Patrick Lavaud
singularité
REPÈRESCHRONOLOGIQUES DE LANOUVELLE-FRANCE
1524
:
Voyage
sur
le
littoral
nord-américain
de
Giovanni
daVerrazzano
qui
nomme
la
NouvelleAngoulême
(New
York).1534
:
Premier
voyage
de
JacquesCartier
au
Canada.1600
:
Fondation
du
poste
de
traitede
Tadoussac.1603
:
Expédition
au
Canada
deFrançois
Gravé
du
Pont,accompagné
de
Champlain.
Alliancefranco-algonquienne.1604
:
Expédition
de
Pierre
Duguade
Mons,
accompagné
deChamplain
et
de
Jean
de
Biencourt.Etablissement
à
l’île
Sainte-Croix.1605
:
Fondation
de
Port-Royal
enAcadie
par
Pierre
Dugua
de
Mons.1608
:
Fondation
de
Québec
parChamplain.1654-1670
:
Occupation
anglaise
del’Acadie.1699
:
Fondation
de
la
Louisiane
parPierre
Le
Moyne
d’Iberville.1713
:
Traité
d’Utrecht
:
la
Franceperd
l’Acadie,
Terre-Neuve
et
la
baied’Hudson.1718
:
Fondation
de
La
Nouvelle-Orléans.1720
:
Fondation
de
Louisbourg.1745-1749
:
Occupation
anglaise
del’île
Royale.1755
:
Le
Grand
Dérangement,déportation
des
Acadiens.1756
:
Déclenchement
de
la
guerrede
Sept
Ans
en
Europe.1758
:
Chute
de
Louisbourg.1759
:
Chute
de
Québec.1760
:
Chute
de
Montréal.1762
:
Traité
de
Fontainebleau
:cessio
n
de
la
Louisiane
à
l’Espagne.1763
:
Traité
de
Paris
:
fin
de
laguerre
de
Sept
Ans,
perte
du
Canadaau
profit
de
l’Angleterre,
la
Franceconservant
Saint-Pierre-et-Miquelon.1764
:
Fondation
de
Saint-Louis(Missouri).1774
:
Quebec
Act.1800
:
Traité
secret
de
SanIldefonso
:
l’Espagne
restitue
laLouisiane
occidentale
à
la
France.1803
:
Napoléon
vend
la
Louisianeaux
Etats-Unis.
LE FAIT ACADIENEN FRANCE
Sur
ce
thème,
le
Comité
des
amitiésacadiennes
propose
une
journéed’études
avec
l’IEAQ
et
lelaboratoire
Mimmoc
de
l’Universitéde
Poitiers.
Actu81.pmd 01/07/2008, 17:1618
Leave a Comment
C'est un article intéressant, et Chapeau pour avoir osé parlé de relation Québec-Acadie qui sont souvent problématique et douloureuses du côté Acadien, même si les choses se sont beaucoup améliorées récemment.