• Embed Doc
  • Readcast
  • Collections
  • CommentGo Back
Download
 
 
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N° 81 
36
 
Le marin danstous ses états
Sous l’Ancien Régime, de jeunes de toutes conditionssociales choisissent d’embrasser la carrière de marin.Dans ce métier exceptionnel pour l’époque mais passans risque, chacun pouvait y tenter sa chance enespérant faire carrière. Portrait des gens de mer.
Entretien
Sarah Caillaud
Photos
Sébastien Laval
Actu81.pmd 01/07/2008, 16:5536
 
 
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N° 81 
37
Actu81.pmd 30/06/2008, 17:5837
 
 
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
 N° 81 
38
tifs à l’histoire maritime sous l’Ancien Régime. De-puis sa thèse sur les marins de la Seudre (milieu
XVIII
e
-milieu
XIX
e
siècle) soutenue en 2002 et publiée parGeste éditions (
 Les Marins de la Seudre, du sel cha-rentais au sucre antillais
, 2005) , Thierry Sauzeau n’acessé de s’intéresser aux gens de mer et à la naviga-tion du
XVI
e
au
XIX
e
siècle.
L’Actualité. – Comment envisage-t-on aujourd’huià Poitiers les recherches en direction de la Nou-velle-France ?Thierry Sauzeau. –
Lorsque j’ai pris la successionde Dominique Guillemet*, l’idée m’est venue de re-garder ce qui avait été fait en termes d’histoire mari-time de l’autre côté de l’Atlantique. Premier constat :l’historiographie québécoise s’est surtout penchée surles Français qui ont fait souche et ont mis en valeur leterritoire. Or, la moitié voire les deux tiers des mi-grants ont fait des allers-retours avant de finalementrentrer en France. Depuis peu, les historiens québé-cois travaillent sur ces populations qui ne sont pasrestées en Amérique du Nord.Selon moi, il y a une troisième strate restée dans l’an-gle mort des chercheurs français et canadiens. Il s’agitdes marins, appelés sous l’Ancien Régime, les gens demer. Au sein de cette population flottante, j’ai décou-vert que certains s’embarquent sur des navires et, à leurretour en France après la conquête anglaise au
XVI
e
siè-cle, ils continuent à se dire de Québec, d’Acadie, deLouisbourg, etc. Ces rapatriés présentent un problèmeidentitaire intrigant. Leur histoire chaotique m’a parupassionnante. Ce premier chantier, lancé il y a trois anspar Olivier Puaud, a déjà permis de constituer une basede données des marins du littoral charentais.Par ailleurs, je me suis demandé pourquoi l’histoiremaritime de la Nouvelle-France a été laissée de côtépar les Québécois. Nos collègues d’outre-Atlantiqueont mené très peu de travaux relatifs à la navigationsur le Saint-Laurent. C’est un champ de recherche pourlequel il y a encore beaucoup à faire.
N’est-ce pas délicat de retracer l’histoire de cesgens de mer qui se reconnaissent de Québec ?
Dans les archives de la Marine, ces personnes n’ap-paraissent pas dans la mesure où elles ne sont pas dessujets du roi. N’appartenant pas au système de clas-ses, elles n’effectuent pas le service militaire. Par con-séquent, ces gens ne sont ni contrôlés, ni enregistrés.Ils sont cependant identifiables dans une source quel’on appelle les «rôles d’équipages». Sous l’AncienRégime, les capitaines du long cours ont pour obliga-tion d’inscrire les marins embarqués pour une cam-pagne sur ces rôles d’équipages.
Vous orientez plus particulièrement vos étudesvers les modes de développement et les relationsentre les littoraux du Centre-Ouest français etd’Amérique du Nord. Comment est né ce pro-gramme de recherche ?
Il y a deux ans, nous avons décidé avec Jacques Péretd’initier un programme franco-canadien avec l’Uni-versité de Moncton au Nouveau-Brunswick. Nousavons donc choisi de réaliser deux sessions scientifi-ques de travail : la première a eu lieu en septembre2007 à Brouage et la prochaine se déroulera durantl’été 2009 au Canada. Une première série d’articlespassionnants sur les relations et les échanges entre laFrance et l’Amérique du Nord en est ressortie. La pro-chaine journée d’étude examinera les modes de déve-loppement comparés des deux littoraux.Par ailleurs, sur proposition de Mickaël Augeron, his-torien moderniste et directeur du pôle tourisme à LaRochelle, une troisième session devrait avoir lieu auprintemps 2009 en Poitou-Charentes. Cette rencontres’intéressera au «patrimoine au fil de l’eau». Elle pren-dra plutôt la forme d’un forum des professionnels dupatrimoine autour de l’eau et des questionsenvironnementales.
Vous vous intéressez depuis longtemps à l’his-toire sociale des gens de mer. Alors, commentdevient-on marin sous l’Ancien Régime ?
Nous avons affaire à deux cas de figure : des cas demobilité ou au contraire de stabilité professionnelle. Laplupart du temps, on devient marin par défaut. Lorsqueles jeunes hommes, trop nombreux, ne peuvent êtreabsorbés par l’économie rurale ou urbaine, la naviga-tion devient une porte de sortie. Ainsi, dans 50 % à60 % des cas, quand on examine l’origine sociale dumarin des
XVII
e
et
XVIII
e
siècles, il n’a pas d’attache ma-ritime. Son père est artisan, vigneron ou journalier.Les marins du long cours sont très souvent des cita-dins des grandes villes comme Bordeaux, Nantes ouSaint-Malo. Mais, la population maritime des villessuffit rarement et les campagnes deviennent des pépi-nières de matelots du long cours. Ces marins sont con-
gens de mer
T
hierry Sauzeau est maître de conférences enhistoire moderne à l’Université de Poitiers,auteur de plusieurs ouvrages et articles rela-
* DominiqueGuillemet étaitprofesseur d’histoiremoderne àl’Université dePoitiers. Il nous aquittés en 2005.Initiateur desrecherches sur laNouvelle-France àPoitiers, il travaillaitsur les îles du littoralde l’Ouest français.
Actu81.pmd 01/07/2008, 16:5538
of 00

Leave a Comment

You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...
You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...