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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES 
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vre des sujets variés ; vastes sur le plan chronologi-que, thématique ou même spatial tandis que son em-preinte au sein de la région Poitou-Charentes est à lafois forte et méconnue. Des pans entiers de cette his-toire sont «sous-exploités». Ainsi, l’étude de la poli-l’arsenal de Rochefort, François de la Blasche, sieur deBeauharnois. Ces courriers contiennent les ordres et ins-tructions permettant d’assurer le soutien des colonies duroyaume. Ces archives, conservées au département Ma-rine du Service historique de la Défense à Rochefort,offrent un angle de vue inédit, dans la mesure où ellesdemeurent l’expression administrative de la politique co-loniale sous la Régence. En outre, en cette période depaix, l’arsenal de Brest délègue une grande part de sesactivités à l’arsenal charentais qui devient alors le prin-cipal outil d’application de la politique coloniale. Cettecorrespondance ministérielle nous éclaire donc sur lesvéritables ambitions de la Régence en matière de sou-tien aux colonies.
QUESTION DE MÉTHODE
Pour pouvoir «quantifier» le soutien à une colonie ouà une autre, et ainsi dessiner la politique coloniale vis-à-vis de la Nouvelle-France durant la Régence au tra-vers de simples lettres au contenu souvent dense etvarié, il a fallu créer de toute pièce un outil informati-que permettant de rassembler, classer, quantifier etidentifier les informations contenues dans ces mêmescourriers : les périodes, les thèmes, les objets ou en-core les affaires évoquées (environ trois cents cour-riers en sept années soit un à deux par semaine). Unefois cet outil mis au point, il devenait possible de com-parer les envois de munitions, de civils, de troupes,de vivres ou même d’argent vers les différentes colo-nies en fonction de diverses périodes et selon des cri-tères très précis comme les destinataires d’un envoi,les quantités de marchandises envoyées à chaque co-lonie, la date des courriers, la nature de l’affaire, le
 La politique de soutien
Aurélien Bernard a soutenu en 2006 àl’Université de Poitiers un mémoire demaster 1 (dir. Thierry Sauzeau) :
A-t-onvoulu relever la Nouvelle-France ? Lapolitique de soutien aux colonies par le port de Rochefort au début de lapaix de Trente ans, vue à travers lacorrespondance ministérielle, 1716- 1723 
. Il a participé à la création duCD-Rom et du dossier en ligne liés àl’inventaire des lieux de mémoire de laNouvelle-France.
La correspondance entre le Conseil de Marine à Paris et l’intendant deRochefort, conservée au Service historique de la Défense, offre un anglede vue inédit sur la politique coloniale de la Régence
Par
Aurélien Bernard
ravitaillement
L
aux colonies
par le port de Rochefort
tique de soutien aux colonies parle port de Rochefort au début dela paix de Trente ans (1713-1744)permet de comprendre et d’expli-quer la complexité de la situationde la Nouvelle-France sous la Ré-gence (1716-1723).Pour cela, il faut évaluer et compa-rer avec le plus de précision possi-ble le nombre et le type de décisionsprises par le Conseil de Marine, or-ganisme ayant en charge la gestiondes colonies du royaume. Dans sacorrespondance, le Conseil désignela Nouvelle-France par diverses ap-pellations comme le Canada, l’îleRoyale, Louisbourg, la Louisiane etle terme «Québec» tandis que les îles à Sucre désignent les coloniesde Cayenne, Fort Royal, la Guade-loupe, Grenade, les îles du Vent, laMartinique et Saint-Domingue. Lasource ayant permis cette étude estla correspondance entre le Conseilde Marine à Paris et l’intendant de’histoire de la Nouvelle-France est particulièreà plus d’un titre. A la fois proche et éloignéede notre histoire «métropolitaine», elle recou-
   J .  -   L .   T .
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temps nécessaire à l’intendant pour traiter une affaire,ainsi que le coût de chacune de ces opérations.Ces éléments, une fois classés, étudiés, comparés etcorrélés avec d’autres lectures permettent de
dessiner 
lesoutien de la métropole pour chacune de ses colonies àune période où le royaume de France pansait des blessu-res accumulées durant la fin du règne de Louis XIV.Or, après ce dépouillement et une étude minutieusede toutes les données contenues dans chacune des let-tres du Conseil de Marine entre 1716 et 1723, de nom-breuses surprises sont apparues.
DES COLONIES DANS UN GRAND BESOIN
Il existe bien sûr de nombreux courriers traitant del’envoi pur et simple de matériel de guerre vers lescolonies du royaume. Dans un courrier daté de l’an-née 1722 (1 E 101 p. 609), il est demandé à l’inten-dant de Rochefort de préparer pour les troupes del’île Royale l’envoi de 24 canons de calibre 24, 24affûts de canons, autant de refouloirs et de cuillères,50 gardes feux ainsi que 6 bourses, 100 cornes àdizaines de milliers de clous, des cuillères, des che-mises, du fil ou encore des peignes. La même année,un autre courrier signale l’envoi de 100 plumes, 60rames de divers papiers (1 E 90 p. 81 à 109). En1721, 4 mules destinées à activer les soufflets d’uneforge sont envoyées à Louisbourg (1 E 96 p. 261).Les sources ne précisaient pas si ces animaux étaientarrivés vivants en Nouvelle-France…En 1723, les autorités ordonnent à l’intendant de faireamorce, 30 pinces de fer et 100 épinglettes. Le mêmematériel est demandé la même année pour 24 canonsde calibre 36. En théorie donc, en 1722, l’île Royalereçoit 48 canons et tout le matériel nécessaire pourla seule citadelle de Louisbourg.Au
XVIII
e
siècle, le soutien de la Nouvelle-Francepasse également par l’envoi de produits beaucoupplus basiques et parfois inattendus. En effet, toutmanque au quotidien. Paris envoie donc d’intermi-nables listes d’objets hétéroclites présentés sansaucun classement. En 1718, entre les armes et lesmunitions, la garnison de l’île Royale reçoit (encoreune fois en théorie) de l’eau-de-vie, du savon mar-bré, des biscuits, du lard, du vinaigre, des lampes defer, de l’acier «d’allemagne», des peaux de chèvre àtambour, des marmites, des aiguilles à coudre, desparvenir au plus vite à Louisbourg de quoi vêtir lessoldats, soit 300 vestes, chapeaux, culottes et pairesde bas ; 600 chemises, et autant de cravates et de pai-res de souliers (1 E 99 p. 696).Entre 1716 et 1723, les colonies d’Amérique du Nordsont toujours dans le plus grand besoin.Le soutien aux colonies est un travail long, compliqué àorganiser et coûteux ; toutefois, les autorités du royaumesemblaient avoir à cœur de
relever 
la Nouvelle-France.De 1716 à 1720, elle est mentionnée dans 38 % des af-faires citées dans les courriers relatifs aux colonies ; cechiffre passe même à 65 % entre 1720 et 1723.Dans le même ordre d’idée, l’étude de l’utilisation quiétait faite de l’argent envoyé au port de Rochefort pourles colonies est un indicateur relativement fiable dusoutien réel des autorités envers ces colonies.Entre 1716 et 1720, 18 % des dépenses de l’arsenalconcernent la fourniture de matériel pour la Nouvelle-France contre 11 % pour les îles à Sucre. Les autori-tés du royaume semblaient donc donner clairementplus de moyens à la Nouvelle-France. Or, si les îlesperçoivent moins d’aides, il n’en reste pas moins que
   M  a  r  c   D  e  n  e  y  e  r   M   i  c   h  e   l   B  e  r  n  a  r   d
«Mémoire des outilsnécessaires pour lesfortifications deLouisbourg», 1718,où sontmentionnées les«4 petites mulles duPoitou».(SHD Rochefort,1 E96 p. 261).Vue aérienne deRochefort. Toutesles maisons ducentre sont alignéessur rueconformément aurèglement édictépar l’intendantMichel Bégon.En haut à droite,la Corderie royale.
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les aides perçues n’étaient probablement pas propor-tionnelles aux besoins réels de chaque colonie. Les îles à Sucre n’avaient pas de problèmes vitaux aussiimportants que les colonies d’Amérique du Nord ; etpourtant, 11 % des dépenses de l’arsenal leur étaientencore octroyées au début de la Régence.L’Etat dispose d’outils relativement efficaces pour ve-nir en aide aux colonies. Les infrastructures de l’arse-nal ont fait leurs preuves tout comme les réseaux d’ap-provisionnement, que ce soit à l’échelle nationale oubien dans le Centre-Ouest atlantique. L’identification,la quantification et la comparaison des divers envoisde matériel, de vivres, de munitions et d’hommes sontla preuve de la force de cette volonté de voir la coloniese reconstruire. Cependant, le budget de la Marine,moteur des efforts du Conseil, n’a jamais été aussi bassous Louis XIV. L’assemblée du Conseil de Marinen’a pas les moyens de mener sur le long terme une po-litique de soutien et de reconstruction. Cette dernièrene peut que parer au plus pressé et tenter de réagir faceaux différentes demandes. A aucun moment elle n’esten mesure de proposer de solutions pour les problèmesde fond que sont le système institutionnel, l’état de laflotte, le niveau de son budget, le manque de soldatsdans les colonies d’Amérique du Nord. Ce que l’ondemande au Conseil de Marine, c’est de redonner àl’empire français une nouvelle force dans un contextepour le moins difficile et avec des moyens limités. A lafin de la Régence, la situation des colonies américai-nes ne semble pas évoluer. Le Conseil de Marine par-vient cependant à leur maintenir la tête hors de l’eau.Durant les huit premières années de la paix de Trenteans, la volonté de soutien de la Nouvelle-France parle Conseil de Marine n’a fait aucun doute. Malgrétout, les bases posées par cette politique colonialen’étaient pas saines. Il semblerait que la stratégie duConseil de Marine ait été de baser son renouveausur des fondations d’édifices solides comme la cita-delle de Louisbourg. Or, cette dernière est en cons-tante reconstruction. A l’image de cette ville, lesmembres du Conseil de Marine n’ont pas semblécapables de fixer de nouvelles bases pour ces colo-nies. Si la Nouvelle-France n’est pas parvenue à sortirde la phase d’urgence de l’après-guerre, c’est fautede moyens et non pas de volonté.
Le Centre-Ouest atlantique alongtemps existé selon un axe Est-Ouest déterminé par ses coursd’eau. Les zones situées dans lesterres fournissaient aux zonescôtières produits et denrées parl’intermédiaire d’axes comme laCharente ou la Sèvre niortaise pourensuite être expédiés dans leroyaume ou dans le monde. Au
XIX
e
siècle se développe un axe decommunication Nord-Sud, celui dela voie de chemin de fer reliantBordeaux à Paris. Dès lors, desrégions, constituées en partie parles quatre départements de l’actuelPoitou-Charentes et qui travaillaientensemble, vont devenirconcurrentes et «oublier» leursanciennes relations.Aujourd’hui, le groupe de rechercheGerhico (Groupe d’études et derecherches historiques du Centre-Ouest atlantique) de l’Université dePoitiers tente de redonner à cettehistoire et en particulier celle de laNouvelle-France la place qui est lasienne au sein de cet ensemblequ’est le Centre-Ouest atlantique.Parmi ces chercheurs, il fautmentionner feu DominiqueGuillemet, professeur d’histoiremoderne à l’Université de Poitiers,qui, le premier, savait montrer à sesétudiants toute la richesse et lepotentiel d’une histoire encore troppeu connue par le grand public. Ilaimait en particulier faire un testafin de démontrer à quel pointl’histoire de la Nouvelle-France étaitliée au Centre-Ouest français sansque la plupart d’entre nous n’enaient conscience. Lors du toutpremier cours sur l’histoire del’Amérique française, il aimait àdemander à ses étudiants poitevinscombien connaissaient le nom deSamuel de Champlain autrementque par le seul restaurantuniversitaire du campus de Poitiersqui porte le nom de l’explorateur. Cetest qui avait le mérite de piquerl’attention montrait aussi à quelpoint l’un des personnages les pluscélèbres de cette histoire était malconnu y compris chez des étudiantsd’histoire de deuxième année…Cependant, le dynamisme desuniversités de Poitiers et de LaRochelle dans ce domaine a permisà de nombreux étudiants de selancer dans divers travaux derecherche afin de continuer à affinerles contours d’une histoire encorefloue pour le grand public.
A. B.
Destination Champlain
   M  a  r  c   D  e  n  e  y  e  r
Dessins de pierresde taille descarrières de Saint-Même et de Saint-Savinien dans unelettre du ministre dela Marine àl’intendant deRochefort, 13 février1725.SHD Rochefort(1 E 105 p. 151).Page de droite :Carte de l’entrée dela Charente etenvirons deRochefort, in
Le Petit Atlas maritime 
.
Recueil de cartes et plans des quatre parties du monde en cinq volumes 
, parJacques-NicolasBellin, ingénieur dela Marine, Paris,1764. SHDRochefort (R 112).
ravitaillement
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