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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N° 81
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Pour les navires qui effectuent la liaison entre la Franceet la Nouvelle-France, l’itinéraire est en deux étapes.La première vise à atteindre les Grands Bancs de Terre-Neuve, situés à 3 400 km des côtes françaises, en lou-voyant entre les 43
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et 47
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parallèles. L’arrivée sur cettefameuse zone de pêche à la morue clôt la première étapede l’expédition et annonce la vue prochaine des côtes.Pour le capitaine de vaisseau, la partie périlleuse duvoyage commence. La deuxième étape consiste à em-prunter la route du golfe du Saint-Laurent, puis le fleuve,sur 1 500 km. Cela débute par le passage des Escores,hauts fonds se trouvant en bordure du Grand Banc, trèsdangereux pour les navires, que notre cher capitaineécrit avoir franchi
«en ayant mesme passé au Nord (cequi fait dresser les cheveux)»
.En dépit des apparences, le Saint-Laurent est un es-pace où la navigation est très difficile au
XVIII
e
sièclecar il reste encore méconnu. Les courants forts, lesbancs de sable, les nombreux récifs, les bordages (bor-dures gelées des rives), les glaces flottantes sont toutautant de dangers qui guettent les navires. De plus,ces derniers doivent également faire face à des condi-tions météo particulièrement capricieuses, voire ex-trêmes, avec des brumes subites, des vents contraires,de violentes tempêtes auxquels s’ajoutent le froid sou-vent glacial, le gel, la neige… D’ailleurs, le brouillardest parfois si dense sur le fleuve que les bâtimentsn’ont pas d’autre alternative que de se repérer à l’échodes coups de canon.En outre, la navigation demeure plus complexe sur letrajet de l’aller car elle consiste à remonter le fleuve enlouvoyant de manière à capter le moindre courant d’aircontinuer sa route, longeant l’embouchure de
«la ri-vière du Saguenay»
,
«lisle au coudre»
ou encore
«leCap tourmente qui le devint pour nous»
.Le 24 septembre, Voutron atteint la rade de Québec
«83 jours apres estre partis de lisle day»
soit presqueun mois de plus que la moyenne d’une traversée en cesens. Le capitaine s’empresse alors de décharger sonbâtiment :
«Des le mesme jour apres estre affourché, Je fis travailler a la descharge du navire. En dix jours Il ni eut plus rien dans le vaisseau des effets de lacolonnie»
. Il faut ensuite aménager la cale du
Chameau
pour accueillir la nouvelle cargaison. Il décrit sa beso-gne de la manière suivante :
«Aux 160 tonnx de lest que javois, jen adjouté encor pour estre en sureté ; Jemis les vivres entre deux ponts. Les futailles a terre ; En trois jours le fond de calle fut vide ; Les soutes rom- pues ; Je fis pousser le lest en avant ; Ji enterré les six canons que javois entre deux ponts, et puis japuyé lenavire sur deux barques pleinnes de lest
.»
ÉCHOUÉ PRÈS DE KAMOURASKA
Au cours du mois d’octobre, le capitaine dirige l’em-barquement des produits canadiens, achetés pour lecompte du roi sur
Le Chameau
, et que l’on destine àl’usage de l’arsenal de Rochefort. Il fait ainsi charger
«un plan de trente neuf pièces de chesne et puis en-suite huit mats»
. En outre, il embarque quarante-huitbarils de goudron, onze jas d’ancres (barre transver-sale d’une ancre, fixe ou mobile) et près de sept centsplanches de bois pour servir à la construction navale.Du reste, Voutron est chargé de ramener en France
«deux grandes caisses que lon me dit contenir les plansen relief de quebec
et adressé au Conseil de lamarinne»
ainsi qu’un cadeau de l’intendant :
«deux jumens que mr begon envoyoit a mr raudot qui lesvouloit presenter a votre A S»
. Comme à l’accoutu-mée, on peut imaginer que le bâtiment porte en Francede la fourrure de castor ou encore du chanvre servantà la confection de cordages.Durant son escale, le mauvais temps s’abat sur le vais-seau royal, faisant dire à Voutron que
«les orages nenous avoient épargné que pour nous laiser faire uneespreuve je croy inimitable»
. En effet,
Le Chameau
est tant ballotté sur les flots au cours d’une tempêtequ’il perd une partie de sa cargaison avant mêmed’avoir quitté Québec. Les jours suivants, la mal-chance continue à s’acharner car
«le vent de NE, labrume et le calme le tout meslé d’orage sopignastrant a me fermer le passage, Je ne pûs sortir de la radeque le lundy 28»
.Quelques jours plus tard, un nouvel incident frappe lenavire lors de la descente du Saint-Laurent. Poussépar un fort courant,
Le Chameau
se retrouve échouéprès des îles de Kamouraska sur un
«fond se trouvant sable vazard»
. La manœuvre pour le faire sortir de ce
Stéphane Wimart a soutenu un master 1(dir. Thierry Sauzeau) à l’Université dePoitiers sur les relations entre l’arsenalde Rochefort et l’Amériqueseptentrionale, et un master 2 àl’Université Laval (codirigé par AlainLaberge) sur le port de Québec durantla paix de Trente ans. Actuellementassistant d’éducation, il a entreprisd’émigrer au Québec.
dans les voiles. Le pire ennemi dusieur Voutron reste l’absence de vent,retardant le navire dans sa progres-sion. Ainsi le 11 juillet
Le Chameau
est contraint de faire une halte, fautede bonne volonté de la part d’Eole.Mais ce contretemps permet à l’équi-page d’améliorer la ration de nourri-ture quotidienne :
«me trouvant alouvert de lisle rouge et de lisle verte, jallois donner dans ce passage, lors-que le calme et le ~ me fit reculer et mobligerent de mouiller au traversde lislet aux pommes
.
Ji demeuredeux jours pendant lesquels jenvoyela chaloupe a la coste du Sud, cher-cher un bœuf avec lequel je rafraichilesquipage, qui estoit non seulement fatiguée, may aussi diminuée ducontremaistre, du second charpen-tier, dun matelot et dun soldat ; mort depuis nostre depart»
. Mais tout çan’empêche pas le vaisseau du roi de
J . - L . T .
Actu81.pmd 01/07/2008, 15:0950
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