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L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
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N° 81
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jours la relation de notre voyage par-delà les mers auroi qui m’en autorisa l’aventure. Ce que je n’ai pas pului confier, c’est à vous, très-cher frère, que je me pro-pose de le dire, parce que je sais que vous me croirez.N’êtes-vous pas dans Rome, où il est plus aiséqu’ailleurs d’entendre que nos chemins, pour sinueuxet déroutants qu’ils soient, nous reconduisent toujoursdans cette pensée de grand réconfort que le Seigneurne nous a pas abandonnés ? Si je l’écris à cette bonneheure de calme et de paix, je l’ai pensé toutsemblablement quand la tempête heurtait mes sens.Nombre de fois je crus que c’en était fini de nos follesprésomptions, mais je remerciai toujours le Très-Hautdes visions d’épouvante qu’Il avait la bonté de memontrer. Si elles accablaient mes réflexions et déses-péraient mes élans, elles ne purent pas pour autantentamer ma foi que l’épreuve fortifiait. Rappelez-vousles vers fougueux de Lucrèce :
Denique tanto opere in dubiis trepidare periclisQuae mala nos subigit uitai tanta cupido ?
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Je ne vous dirai pas, ici, que je m’obstinai alors dansmes vastes résolutions : elles sont faites pareillementque notre chair si pauvre et si limitée, et quand celle-ci souffre, nous ne croyons plus guère qu’au dernierpardon de nos justes fautes : ainsi ai-je songé souventqu’en entreprenant cette dure traversée, j’avais péchécontre Notre-Seigneur, m’enorgueillissant de la dé-couverte de sa Création de perfection ! Mais qui suis- je pour en juger ? Que sais-je de Ses volontés ? Jeregarde les ciels, je me languis d’un horizon qui fuitsans cesse, je rêve d’un rivage qui n’existe plus quedans nos imaginations malades,
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savez-vous com-bien de temps nous errâmes par ces routes du nord ?Des jours qui firent les semaines et des semaines lesmois dont nous ne sûmes le compte qu’à notre vainretour, car il me semble que je ne sois pas revenu denotre expédition. Je sens encore dans les membres,dans les yeux, dans le cœur, les mouvements de la
Dauphine
, la seule caravelle qui nous demeura très-fidèle dans la poursuite de notre navigation. Je ne veuxpas vous faire plus longtemps espérer : je suis dansl’incommode position de devoir vous avouer que nepoint de ce côté-là aucun Orient tel que nous en avi-ons projeté d’atteindre les territoires mystérieux parl’Ouest. Peut-être les avions-nous trop rêvées, cesIndes nombreuses et ces Chines du Levant qui étour-dissent notre orientation, pour qu’elles fussent dispo-sées, au bord de l’océan, à attendre que notre bonneétoile les livrât à notre désir de découvertes.Nous bénéficiâmes de l’égale brise de Subsolainpour conserver la même latitude du trente-quatrièmedegré avant d’obliquer vers une lumière plus sep-tentrionale, – par crainte de rencontrer les Ibériens.Au bout de longues lieues de cet itinéraire et aprèsavoir enduré la tempête éprouvante comme ainsique je vous l’ai dite ci-avant, nous finîmes par abor-
M
Nouvelle Angoulême
En ces claires
Ecrite en latin de la main même dunavigateur (et traduite par Jean-Paul Chabrier), cette lettre seraretrouvée par GiacomoAlessandrini, conservateur desArchives maritimes, dans lesréserves de la bibliothèqueMarciana de Venise cinq cents ansaprès sa rédaction. Les six pagesdu manuscrit d’un format in-quartoprésentent en sus, dans lesmarges, quelques curieusesminiatures, illustrations d’une
1. Enfin, pourquoitrembler si fort dansles dangers ?De quel piètre amourde la vie sommes-nous donc esclaves ?
LUCRÈCE
,
De rerum natura
,
III
, 1076-1077
Une lettre inédite de Giovanni da Verrazzano, écrite de Dieppe,à son très cher frère Bernardo, le vingt et un de juillet de l’an 1524
Par
Janus Verazanus
Dessin
Alban Marilleau
cosmographie marine aléatoire, quipourraient être l’œuvre deGirolamo, le frère de son auteur,qui l’accompagna dans cetteexpédition. Si cette lettre est purefiction, il n’empêche qu’en ce quiconcerne les découvertes dont elledonne une brève relation, tout y estde la plus haute vérité historique,et qu’elle n’a pas été sans nourrirabondamment la science de lacartographie de la première moitiédu
XVI
e
siècle.
onsieur mon frère, je suis encore près decet océan ancien qui me vit revenir vers lacivilisation, – je viens d’écrire pendant trois
obscurités
Actu81.pmd 01/07/2008, 18:4682
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