■■■■■
L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES
■■■■■
N° 81
■■■■■
86
de Truman Capote est le chef-d’œuvre absolu, rayonhistoires vraies, et Simenon le maître, rayon romans.On y trouve bien les ingrédients habituels du genre :un crime, une victime, une enquête, une résolution,un procès suivi du châtiment du coupable. Mais au-delà, il y a quelque chose d’autre, qui met hors de pairle récit ou le roman.Ici, ce quelque chose d’autre, c’est le milieu très par-ticulier dans lequel se produit le drame. Nous som-mes en 1896, à Scott Station, un village du sud de laLouisiane peuplé d’Acadiens. Propriétaire du maga-sin général du village, banquier de certains de ses con-citoyens, Martin Begnaud, arrière grand-oncle deWilliam Arceneaux, est retrouvé assassiné de 52 coupsde couteau le matin du 23 avril. Et délesté des 7 000dollars que contenaient son coffre-fort…Chargé de l’enquête, le shérif Broussard, de la pa-roisse de Lafayette, s’intéresse au cas d’un enfant dudépartement de la Vienne (Lusignan !), installé dansle secteur depuis quelques années. Alcoolique et joueur, Gustave Balin n’a guère exercé d’activitéshonorables jusqu’à présent. Sous l’identité de docteurDavidson, il a en fait joué les charlatans au détrimentde malades qui, pour certains, ne s’en sont pas rele-vés. Et il a vécu une semaine chez Martin Begnaudavant de prendre pied dans le pays. Il connaissait doncla richesse de ce dernier et la place du coffre-fort.Arrêté avec un autre individu dont tout laisse penserqu’il a participé au crime, Balin est promis à la potencemalgré ses dénégations quand survient, quelques moisplus tard, un coup de théâtre. Deux jeunes parisiens,les frères Blanc, employés sur une plantation voisine,et qui avaient quitté la région peu après le meurtre pouraller toucher un héritage et rejoindre la France, revien-nent. L’argent n’a pas duré longtemps à Paris… Ap-préhendés à leur tour, ils avouent : il n’y avait pas d’hé-ritage et ce sont eux les assassins de Martin Begnaud.Condamnés à mort, ils sont pendus le 2 avril 1897 parle shérif Broussard lui-même à Lafayette.Sur cette trame affreusement banale, mais rendue par-faitement vivante par ses recherches et le soin aveclequel il a établi le portrait des participants à la tragé-die de Scott Station, William Arceneaux dit les tra-vaux et les jours des Acadiens de la Louisiane pro-fonde, catholiques et francophones. Il retrace les évé-nements tragiques qui les ont menés jusqu’ici, aprèsla perte du Canada par la France. Avec complétudemais sans excès, il évoque le profil, le parcours et lescombats quotidiens de ceux qui, à compter du GrandDérangement, ont tissé, venus d’Acadie ou de France,l’arbre généalogique de la famille Begnaud, pouraboutir aux Begnaud et apparentés de 1896. Sans phra-
Meurtreen Louisiane
L’histoire du meurtre de Martin Begnaud, en 1896, nousplonge dans l’histoire d’une région et d’une populationd’origine française
Par
Jean-Paul Bouchon
S
polar
ous-titré «L’affaire des frères Blanc»,
Meur-tre en Louisiane
fait partie de ce type de ré-cits d’affaires criminelles dont
De Sang froid
,
Ci-dessus : MartinBegnaud, la victime.Ci-dessous :La plantationBoudreaux oùrésidaient les frèresBlanc avant leurcrime.
Actu81.pmd 01/07/2008, 18:3986
Add a Comment