ElWatan
- Mercredi 3 juin 2009 -
3
L ’ A CTUA L I TÉ
Suite de la page 1
L
es communications des repré-sentants de la Gendarmerienationale et de la police se re- joignent et se complètent pour leverle voile sur un fléau qui touche prèsde 48 nationalités africaines, maiségalement et depuis quelques an-nées seulement asiatiques, avec l’ar-rivée d’Afghans, de Pakistanais,d’Indous et de Chinois. Ils braventles dangers d’un voyage de milliersde kilomètres à travers le désert pourregagner l’Algérie. Certains n’at-teindront même pas leur destination,comme ces 25 Africains dont lescorps déshydratés ont été décou-verts par les gendarmes à Reggane,dans un véhicule de type Toyota.Pour le colonel Abdeslam Zeghida,chef du département de la police ju-diciaire au niveau de la Gendarme-rie nationale, c’est la position géos-tratégique de l'Algérie au nord del'Afrique au regard de partage desfrontières terrestres avec 7 pays et saproximité du sud de l'Europe, qui«
favorise l'émergence et le dévelop- pement de l'émigration par mer desnationaux et des immigrants en pro-venance des pays d'Afrique».
L’offi-cier indique que le phénomène har-raga a connu une forte progressiondepuis 2005, du fait de la courte dis-tance qui sépare les villes côtières del'Espagne (100 à 180 km entre la wi-laya de Aïn Témouchent et Almeria)et de l'Italie (230 km entre la wilayade Annaba, 217 entre El Taref et laSardaigne). Cette progression aconnu une baisse en 2007, puisque,selon le colonel, le nombre de per-sonnes arrêtées en 2006 est passé de1071 à 320 en 2007, et de 100 en2008 à 8 en 2009. Il précise que lamajorité des candidats harraga a ten-té de partir en Europe, dans la légali-té, avant de risquer leur vie, puisque62 % d’entre eux ont affirmé avoirformulé des demandes de visa reje-tées par les chancelleries. Ce que lecommissaire de police Bencherif Mahdi confirme en déclarant que cesont les restrictions sur les visas quipoussent les jeunes à risquer leurvie. Les services de la gendarmerien’ont pas encore identifié de ré-seaux de passeurs organisés de har-raga. Pour le colonel Abdeslam Ze-ghida, il s’agit plutôt de petitsgroupes de 8 à 10 personnes, dontl'âge varie entre 19 et 40 ans, qui co-tisent pour acheter une embarcation,s'approvisionner en carburant, se do-ter en équipements de navigation,tels que le GPS et les boussoles, etquitter le pays durant la nuit.
ÉVOLUTION DUPHÉNOMÈNE MIGRATOIRE
Par contre, ce qui inquiète aussi bienla police que la gendarmerie c’estcette «é
volution du phénomène mi-gratoire de ressortissants étrangerset sa connexion avérée avec lesautres formes d'activités criminellesorganisées (escroquerie, trafic dedrogue, particulièrement cellesdures, réseaux de faux documents,mise en circulation de fausses mon-naies, ainsi que la prostitution)constitue une réelle menace pour l'ordre et la sécurité publics (...)»
.Le colonel Zeghida estime que
«l’analyse de la situation fait ressor-tir que la menace de ce phénomènede la migration sur l'Algérie va àl'avenir s'accentuer davantage auregard de la transformation progres-sive du pays en un lieu de fixation pour les immigrants irréguliers enraison de la crise financière et éco-nomique mondiale qui a généré unecrise dans l'emploi en Europe»
.L’officier relève une hausse considé-rable de ce trafic, en l’espace de 5ans, en affirmant que 900 migrantsillégaux ont été interpellés en 1995et 8000 en 2000.
«Depuis cette date,l’Algérie se transforme de plus en plus en un pays de fixation des im-migrants illégaux en raison de la fer-meture des frontières européennes,de l’embellie économique du pays et de la crise économique en Europe. Des milliers d'étrangers en situationirrégulière se sont installés définiti-vement dans notre pays»
, note le co-lonel. Une analyse qui rejoint celledu commissaire Boumahdi. Selonlui, les services de police enregis-trent une hausse de plus en plus im-portante en matière d’arrestationsdes étrangers en situation irréguliè-re. Ainsi, en 2005, la police a arrêté335 émigrés clandestins, dont lenombre est passé à 1636 en 2006,1858 en 2007, et 2215 en 2008. Ilajoute que durant les 3 dernières an-nées, 29 463 étrangers ont fait l'objetde mesures restrictives. Pour l’offi-cier de police, ce phénomène a prisde l’ampleur parce que pris en char-ge par des réseaux spécialisés depasseurs. Une situation qui a pousséla Sûreté nationale à mettre en placeun nouveau dispositif à travers lacréation d'un service central de luttecontre le trafic des migrants, ayantpour but de combattre les filières depasseurs, et celle de 11 brigades ré-gionales d'investigation sur l'immi-gration et l'émigration clandestine(Bric). Le premier bilan de cettestructure à Illizi par exemple fait étatd'un démantèlement d'un réseau depasseurs important en 2007. Il s'agitde l'arrestation de 1393 personnesliées à l'émigration clandestine, dont1360 étrangers et 33 Algériens. Par-mi ces derniers figurent 30 transpor-teurs, 4 guides, 2 logeurs, 2 faus-saires de monnaies et de papiers, 6contrebandiers et une bande crimi-nelle transnationale. Au cour de cesopérations, les policiers ont saisi 46véhicules type 4x4, 6035 litres degasoil, 3 téléphones satellitairesThuraya, 146 boîtes de médica-ments, 93 montres, 157 650 DA et 1908 000 CFA, et un lot de pièces dé-tachées. En 2008, la Bric de Tlem-cen a mené une autre opération simi-laire qui a permis l'interpellation de458 personnes liées à l'émigrationclandestine, dont 360 étrangers et 98Algériens. Parmi eux, 4 employeurs,2 organisateurs, 1 transporteur, 1guide et 1 logeur. La police a saisi unvéhicule, 13 000 euros et 3160 di-rhams. En conclusion, policiers etgendarmes attirent l'attention desautorités sur l'ampleur du phénomè-ne migratoire clandestin, et son co-rollaire en termes de criminalité etsa dangerosité par les connexionsparticulières avec les organisationscriminelles transnationales et quiconstituent aujourd'hui une préoccu-pation majeure de tous les Etats quifont d'ailleurs de sa prise en chargeune priorité absolue.Pour eux, le traitement de ces fléauxdoit s'opérer à travers la prise encharge de leurs causes profondesque sont
«l'écart de développement,une meilleure circulation des per-sonnes, qui ne peut que réduire lamigration clandestine et par làmême le rôle des filières de trafi-quants d'êtres humains ; la coopéra-tion des pays du Sud dans la luttecontre ce phénomène est intimement liée aux efforts que consentiraient les pays du Nord en matière d'immi-gration légale et de circulation des personnes».
S. T.
Oran
De notre envoyé spécial
U
n groupe de 24 candidats à l’émigration clan-destine a été intercepté, hier-matin à Oran. Lesgardes-côtes et les éléments de la Gendarmerie na-tionale ont, en effet, réussi à faire avorter la tentati-ve de ces jeunes qui ont choisi la plage de Sakhr ElAdjouz, dans la commune de Aïn Turck, pour ten-ter la traversée. C’est ce qu’a déclaré, le comman-dant du groupement de la gendarmerie d’Oran, lecolonel Bidel Aïssa, lors d’un point de presse ani-mé au siège du groupement. Selon l’interlocuteur,les éléments de la gendarmerie ont surpris ces indi-vidus au moment où ils s’apprêtaient à prendre lelarge.
«La gendarmerie a arrêté 5 jeunes qui n’ont pas pu monter dans l’embarcation, alors que 19autres ont réussi à prendre le large. Les gendarmesont alors alerté les gardes-côtes qui les ont pour-suivis et ont réussi à les intercepter non loin de la plage»
, explique-t-il. Le nombre de candidats àl’émigration clandestine ne cesse d’augmenter. Enmoins d’un mois, plus de 96 personnes ont été arrê-tées par les gendarmes et les gardes-côtes dans larégion d’Oran. Le 9 mai dernier, 21 jeunes ont ten-té de rejoindre les côtes espagnoles à bord d’un zo-diac. Mais leur tentative a échoué et ils ont été in-terceptés par les gardes-côtes. Une semaine plustard, le 17 mai passé, 45 personnes ont été égale-ment arrêtées toujours dans la région de Aïn-Turck(au niveau de cap Falcon). Les émigrés clandestinsne reculent devant rien. Et rien ne fait reculer les jeunes candidats à l’émigration clandestine. Denombreux jeunes, en proie au désespoir, risquentchaque semaine leur vie en haute mer. Cela en dé-pit du durcissement de la loi, aux yeux de laquellel’émigration clandestine est considérée comme undélit. La loi, rappelons-le, condamne les candidatsà l’émigration clandestine à plus de six mois d’em-prisonnement ainsi qu’à des amendes.
LES MALFAITEURS DE LA RN
11
DEVANTLA JUSTICE
Selon le colonel Bidel Aïssa, la Gendarmerie natio-nale a réussi à arrêter un groupe de malfaiteurs quiterrorisait les usagers de la RN11, reliant Oran etMostaganem. Ce groupe, composé de 4 per-sonnes, sème des pierres sur la chaussée pour en-dommager les véhicules des particuliers pour lesobliger à s’arrêter.
«Une fois le véhicule est immo-bilisé, les malfaiteurs sortent de leur cachette pour détrousser leurs victimes»
, dit-il. Des éléments dela section spéciale d’intervention (SSI) du groupe-ment de la gendarmerie d’Oran ont réalisé une opé-ration, le 31 mai dernier, qui a abouti à l’arrestationd’un membre de ce groupe qui leur a donné l’iden-tité de ses compagnons.
«Les malfaiteurs qui sont au nombre de 4 ont été présentés aujourd’hui (hier,ndlr) à la justice»
, ajoute-t-il. Les gendarmes, in-dique encore l’orateur, ont réussi à mettre un termeà l’activité d’une association de malfaiteurs spécia-lisés dans le vol des groupes électrogènes des opé-rateurs de téléphonie mobile en Algérie. Ce grou-pe, enchaîne-t-il, opère dans toutes les wilayas cô-tières de l’ouest du pays.
«Le 29 avril dernier, nousavons pu arrêter 4 personnes parmi les membresde ce réseau, alors que 5 autres sont toujours en fuite. Nous avons également récupéré troisgroupes électrogènes»
, conclut-il.
M.Makedhi
P H O T O : M . S A L I M
29 463 ÉTRANGERS ONT FAIT L’OBJET DE MESURES RESTRICTIVES
L’Algérie devientune terre d’immigration
LORS D’UNE OPÉRATION DES GARDE-CÔTES ET DE LA GENDARMERIE
24
candidats à l’émigration clandestine interceptés à Oran
L’embellie financière encourage les immigrants clandestins à s’installer en Algérie
BLANCHIMENTDE CAPITAUX
Une filière qui financeles réseaux terroristes
L
e blanchiment prend depuis des chemins diverspour financer une économie parallèle, des fi-lières de crimes organisés ou des réseaux terro-ristes. Ces derniers, selon Bouanane Medjber, direc-teur de la lutte contre la fraude douanière à la directiongénérale des Douanes, activent sous couvert d'opéra-tions d'import-export, en recourant à des «prête-noms» qui ignorent souvent la nature des opérationsqui sont réalisées en leur nom et sous couvert de leurregistre du commerce. Les vrais propriétaires, qu'ilssoient liés à des réseaux criminels, terroristes ou desimples trafiquants visant à échapper à tout contrôle,restent souvent invisibles et en cas de contrôle ne ré-clament pas leurs marchandises.
«Actuellement,quelque 400 conteneurs sont bloqués au port, sansque personne ne vienne les réclamer»
, note en guised'exemple le directeur de la lutte contre la fraudedouanière à la direction des Douanes. Ce dernier rela-te le cas d'une personne interpellée dont le registre ducommerce a été utilisé pour 540 opérations d'importa-tion en une année, équivalent à plusieurs milliards dedinars alors qu’elle habitait dans un 20 m
2
dans la wi-laya de Boumerdès ! Une anecdote qui en dit long surles fraudes commises et les subterfuges utilisés. Dansces cas, les services des douanes constatent en pre-mier lieu les infractions commises, telles que lesfausses déclarations, les faux et usages de faux docu-ments... avant d'examiner les infractions sous l'angledu crime de blanchiment d'argent. Et dans ce domai-ne, la tâche n'est pas facile pour les services desdouanes étant donné le manque d'outils juridiques etd'investigation, d'où l'interconnexion qu'établissent leplus souvent les Douanes avec les services de police etde la Banque d'Algérie pour mettre un terme aux in-fractions constatées.En plus de l'import-export, les filières de blanchimentont recours à la contrebande, au trafic de stupéfiants,elles infiltrent aussi les réseaux de la contrefaçon àtravers lesquels l'argent est recyclé et remis en circula-tion en Algérie pour alimenter les différents trafics, lemarché informel ou pour être utilisé à des fins crimi-nelles ou terroristes. La tâche des différents services,note cependant M.Bouanane, n'est pas facile étantdonné que les opérations d'importations par exemplesont le plus souvent financées en partie par le biais desopérations bancaires, mais aussi par «valises», soit enargent liquide dont la provenance et l'origine sont sou-vent difficiles à déterminer.Certains voyageurs sont aussi impliqués dans ce tra-fic, les services des douanes ayant saisi en 2008l'équivalent de 10 millions de dollars sur des passa-gers. La corruption de certains agents des douanes estégalement à mettre à l'index, selon M. Bouanane quicite le cas de 900 agents douaniers arrêtés, entre 2006et 2009, pour complicité dans des opérations de traficdouanier.Il reste que la lutte contre le blanchiment d'argent, se-lon Abdelmadjid Amghar, président de la cellule detraitement du renseignement financier au ministèredes Finances
«est un concept nouveau pour l'Algérieet que tout reste à faire dans ce domaine»
. Pour cet ex-pert, il faut renforcer la culture du contrôle,
«spéciale-ment dans le secteur financier»
afin qu'il puisse dis-poser
«de systèmes d'information et d'outils de détec-tion et de surveillance efficaces»
.
Zhor Hadjam
Leave a Comment