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L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES
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N° 84
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c
ondamné à deux ans de prison pour un articlede presse subversif, Etienne Cabet s’exile àLondres en 1834 où, durant cinq ans, il écrit
Voyage et aventures de lord William Carisdall en Ica-rie
. De retour en France en 1839, il cone le texte à son
ami Laurent Pagnerre, éditeur de ses précédents livres.Par crainte de la censure, celui-ci renonce. Finalement
c’est Hyppolite Souverain qui édite ce copieux ouvrage(deux tomes de 400 et 508 pages) sous le pseudonyme
de Francis Adams. Très vite, les artisans et les ouvriers
lettrés en font leur livre de chevet. Ce Voyage est un«best-seller» : 14 000 exemplaires tirés entre 1846 et
1848. Durant cette période, les contes de Charles Per-rault ont un tirage global connu ou estimé de 13 000exemplaires et
Notre-Dame de Paris
de Victor Hugo
de 12 500.En 1842, l’annonce de la seconde édition est faite dansle
Populaire
, journal fondé par Etienne Cabet : «
Voyageen Icarie
, 2 volumes in 18, pouvant se relier en un.Prix : 4 francs ou 16 livraisons à 25 c tous les jeudis,
chez Mallet et Cie, éditeurs.» L’éditeur a changé. Le
25 décembre 1844, la troisième édition est annoncée.
C’est désormais un «roman philosophique et social»,en un seul volume de 600 pages, signé «Cabet, ex-dé
-
puté, ex-procureur général avocat à la Cour Royale».
Lord William Carisdall a vingt-deux ans. Son mariage
endogame avec Miss Henriet, quinze ans, riche, très
belle, était prévu depuis longue date. Mais le héros aun destin qu’il n’imaginait pas. En venant annoncer son
projet de mariage à Etienne Cabet, alors ctivement
à Londres dans l’appartement luxueux d’un ami de
Lafayette, son regard tombe sur un livre de gram
-maire icarienne et un dictionnaire en un seul volume.Ce livre le séduit d’abord par la beauté de sa reliure,de son papier et de son impression. Puis ce livre luirévèle que si le bonheur existe, il est là-bas, en Icarie !William quitte Londres le 22 décembre 1834. Après un
voyage qui ressemble à un chemin de croix, dans unegéographie imaginaire, il débarque dans le pays de lafélicité sociale. Il faut quatre mois pour y aller, quatrepour parcourir le pays, quatre pour en revenir. Unezone infranchissable entoure le royaume mystérieux,
loin géographiquement mais surtout humainement.Icarie est séparée du monde des Marvols, antichambredu monde parfait, par un bras de mer traversé en sixheures et du monde connu par quatre mois de traversée.Le temps sert de distanciation avec le monde réel.
mathématiqUe dU bonheUr
A son arrivée en Icarie, William descend à l’hôtel
des Etrangers. Il y rencontre Eugène, jeune peintre
français exilé après la révolution de juillet. C’est un
«icarimane». Puis William rencontre Valmor, qui
l’introduit dans sa famille et devient son guide au pa-radis. Il apprend à aimer Icarie en passant des soirées
à chanter les hymnes nationaux icariens.
Icara, la capitale, est propre, rectiligne, pleine de jardinset d’embellissements de toutes sortes. Ses maisonssont toutes identiques, rectilignes, mais très belles etconfortables. Elles sont pensées et dessinées par la Ré-publique icarienne. Les meubles sont conçus pour ne pas
Utopie
vrniqe Mendès est dctrante enistire cntempraine à l’uniersitde Pitiers, allcataire de recerce dela Rgin Pit-Carentes. Sa tèse,
Voyage en Icarie, la tentation identitaire ? 1848-2008
, est dirige par FrdricCaad. Elle a pbli n article srEtienne Cabet et l’exprience icariennedans
L’Actualité
n° 81 (jillet 2008).
du phénomène littéraireà l’épiphénomène politique
Icarie
Cabet s’afrme enn. Une quatrième
édition, identique à la précédente,paraît en 1846.La première partie du
Voyage en Icarie
est celle du conte à propre-ment parler, la deuxième est faite dediscussions, objections et opinionsde philosophes, la troisième est
purement théorique – le mot «com
-
muniste» étant employé dans toute
son acception collectiviste.
De toutes les utopies littéraires, aucune, excepté Icarie, n’a donné lieuà deux générations d’expérience communautaire. En 2009, luttant contrel’oubli, les descendants de la sixième génération sont toujours Icariens
Par
Véronique Mendès
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