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L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES
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N° 84
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(dessein blâmable sans nul doute) mais d’obtenir pourune poignée d’individus le plus grand prot nancier,
sans considération aucune pour le préjudice qu’ilscausent à la société, sous la protection d’un écran
d’innombrables actionnaires anonymes. Indifférentes
aux conséquences, ces machineries envahissent toutle champ de l’activité humaine et cherchent partout le
prot, fût-ce aux dépens de la vie humaine. De la viede tous, car en n de compte ni les plus riches ni les
plus puissants ne survivront à l’exploitation de notre
planète. Atroce morale que conrment les événements
de ces dernières semaines.Le médecin hollandais Bernard de Mandeville, quiexerça en Angleterre au début du
xviii
e
siècle, publiaen 1714 un essai intitulé
La fable des abeilles, ou
Vices privés, bénéfces publics
, dans lequel il soutenait
que le système d’assistance mutuelle, qui permet à la
société de fonctionner comme une ruche, se nourritde la passion des consommateurs d’acquérir ce dontils n’ont pas besoin. Une société virtuose, expliquaitMandeville, dans laquelle ne seraient satisfaits que lesbesoins essentiels, serait privée d’industrie et de cultureet donc s’effondrerait par manque d’emplois.La société de consommation qui triompha deux sièclesplus tard prit les arguments sarcastiques de Mandeville
au pied de la lettre. En attant les sens, en plaçant la
possession au-dessus de la nécessité, cette société a to-talement changé la notion de valeur qui, conformémentaux codes de la publicité commerciale, est devenue,non plus la mesure des qualités d’un objet, ni celle duservice qu’il rend, mais la simple perception de cettevaleur fondée sur le prestige et la marque de cet objetou de ce service. Dans le monde des consommateurs,le
esse est percepi
de Berkeley a pris une signication
différente de celle qu’entendait lui donner le braveévêque. La perception est à la racine de l’être, mais leschoses acquièrent une valeur déterminée, non parcequ’elle sont nécessaires, mais parce qu’on les perçoitcomme telles. Ainsi le désir ne tient plus à l’origine
mais au produit nal de la consommation.
La littérature (qui croit encore en des valeurs plus so-
lides et anciennes) nous raconte qu’il existe un monde
meilleur et plus heureux non loin de nous, en d’autrestemps et d’autres lieux, dans le fabuleux Age d’Or quedon Quichotte regrettait, ou dans le futur décrit par la
science-ction. Dans le lm de Stanley Kubrick
2001Odyssée de l’espace
, le monde que nous essayonsd’atteindre se trouve sur Jupiter. Pour y arriver, l’hu
-manité a construit un vaisseau spatial contrôlé par un
superordinateur, HAL 9000. Il a été programmé pour
conduire le vaisseau vers sa destination, avec l’ins-truction précise d’éliminer tout obstacle rencontré en
chemin. Hal, cette machine dotée d’une intelligencearticielle, est capable de parler et de réagir comme
un être humain, et peut même simuler des émotions.
Albert Manel, n à Bens Aires en1948, it dans la vienne. Rcents lirespars :
La Fiancée de Frankenstein
(L’Escampette 2008),
L’Iliade et l’Odyssée
(Bayard, 2008),
La Cité des mots
(Actes Sd, 2009). En pce :
La Bibliothèque, la nuit
(Babel, 2009).Cre cez Actes Sd, la cllectin«Le cabinet de lectre d’AlbertManel» est dsrmais pblie àCainy par L’Escampette ditins.A paraître en mai,
L’angoisse du héron
,d qbcis gatan Scy, et dbt2010,
L’abattoir
, de l’Arentin EstebanEceerria, tradit par Françis gadry.
tion destinée à éliminer ceux quiseraient considérés comme nuisiblesà la société, mais en raison de l’idéequ’une machinerie sociale peut êtresi parfaite dans son fanatisme qu’ellene peut être détruite que si l’on dé-truit aussi son créateur. Au risque depousser la comparaison trop loin, jecrois que l’organisation de Dragomi-loff a connu une réincarnation mo-derne. Aujourd’hui, en effet, nousavons permis la création d’un grandnombre de machineries formidablesqui, comme celle de Londres, sont
multinationales et anonymes, dontle dessein n’est certes pas de purierla société au moyen de l’assassinat
(à condition, naturellement, que soit démontrée la
culpabilité du personnage) que le jeune homme révèle
le nom de la victime qui n’est autre que Dragomiloff lui-même, lequel accepte d’exécuter son propre assas-
sinat. Il a créé une machinerie sociale si efcace que
son objectif – l’élimination de personnes indésirables – peut même s’appliquer à son créateur.
Ce récit de Jack London, écrit il y a plus d’un siècle,semble aujourd’hui curieusement contemporain. Non
parce qu’il suggère que puisse se créer une organisa-
gomiloff a décidé que la victime mérite la mort, il n’ya pas de retour en arrière possible. «Dès qu’un ordre
est donné, explique-t-il, c’est comme s’il était exécuté.
Nous ne pouvons pas fonctionner autrement. Nousavons des règles et nous les respectons.»
C’est alors que survient quelque chose d’inattendu.Cherchant à démanteler l’organisation, un jeune hom-me audacieux présente une demande exceptionnelle. Ilrencontre Dragomiloff et le paie pour l’assassinat d’unimportant personnage public dont il ne donne pas lenom. Ce n’est que lorsque la demande a été acceptée
crise
Et la voracité, un loup universel,aidée par la volonté et le pouvoirdoit tout transformer en proie universelle
et à la fn se dévorer elle-même.
Shakespeare,
Troilus et Cressida
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