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L’ACTuALITé PoITou-ChARENTES
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N° 84
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climat
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endant des décennies, les économieslibérales ont poursuivi leur crois-
sance effrénée en faisant des questions
environnementales. Aujourd’hui, faceaux signes manifestes d’un changementclimatique et aux prévisions alarmistes
des scientiques, les pouvoirs politiques
et économiques se sont trouvés obligés dese positionner. Sans pour autant rompreavec la logique productiviste qui ne peutque déboucher sur un désastre écologique.C’est, au contraire, tout à fait en phase avecl’idéologie néolibérale que les autoritésinternationales ont vu l’opportunité detransformer la crise environnementale en
source de prots, par le biais du marchédes «droits à polluer».
marchés des droits à polluer, avec l’appa-rition des premières taxes sur les risquesinduits sur l’environnement.
Ce système est mis en œuvre à grande
échelle aux Etats-Unis au début des années
1990, selon le principe du «pollueur-payeur», dans le cadre de la lutte contre
la pollution atmosphérique, en particulier
par le dioxyde de soufre (SO
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). Le pouvoir
politique attribue à chaque industriel unquota de droits à polluer – pudiquement
intitulés «permis d’émission». Un marché
s’instaure alors, permettant l’échange deces droits, fonctionnant en toute opacité etselon la logique spéculative, et aboutissantd’un point de vue environnemental à desrésultats très contestables.L’auteur lève ensuite le voile sur la
«vaste supercherie» du protocole deKyoto. Dès la n des années 1980, la
communauté internationale commenceà sérieusement s’alarmer du phénomènede changement climatique. La création,en 1988, du Groupe intergouvernemental
sur l’évolution du climat (GIEC) aboutit
à l’élaboration d’un traité internationalqui entre en vigueur en 1994, et seratraduit en objectifs chiffrés et en mesuresconcrètes au travers du fameux protocole
de Kyoto en 1997. Il faudra encore atten
-dre jusqu’en 2005 pour que ces mesuressoient réellement mises en œuvre autourd’un certain nombre d’objectifs chiffrés.
Et encore ! Seuls 172 Etats ratient cet
accord – les Etats-Unis refusent de lesigner – et ces objectifs sont dérisoires,
avec une baisse moyenne de 5,2 % derejets de dioxyde de carbone (les émis
-sions des différents gaz à effet de serre
sont reconverties en «tonnes équivalentcarbone»), soit en réalité une réduction
de 2,08 % des rejets mondiaux, ce quicorrespond à une diminution de 0,16 %sur la période de 2008 à 2012 !Dans le même temps, les Etats s’accordentpour introduire dans le protocole diffé-
rents systèmes de «exibilité», avec, en
premier lieu, le choix d’étendre au niveauinternational le marché des échanges dequotas d’émission de gaz à effet de serre.Ainsi, en Europe, en 2005, les outilsdu marché du carbone sont progressi-vement mis en place. Autre principe
de exibilité : on choisit, plutôt que de
comptabiliser les émissions réelles, dechiffrer les quantités supposées évitées.Ainsi, on peut réduire ses propres quotasen participant à un projet de réductiondes émissions de gaz à effet de serre
dans d’autres pays à objectifs chiffrés
(projets de mise en œuvre conjointe
– MOC) ou dans des pays en voie de
développement non soumis à objectifschiffrés (mécanismes de développement
propre – MDP). Ce système des MDP,
qui représente une formidable réservede quotas, et à des prix beaucoup moinsélevés que leur niveau international,constitue une manne spéculative pourles entreprises occidentales. C’est ainsique Rhodia, en investissant 14 millionsd’euros en 2005 pour rénover des usinesen Corée et au Brésil, a dégagé, grâce àce mécanisme, un gain de 200 millionsd’euros par an.
Au nal, près de 90 % des réductions
d’émissions imposées en Europe pour-raient être compensées par l’achat decrédits hors de l’Union, principalement
dans les nouveaux pays industrialisés(Chine, Inde, Brésil), et pour une moindrepart, dans les pays en développement,
comme l’Afrique.
«Après avoir pollué gratuitement pendant
des années, les multinationales vont réus-
sir le tour de force d’engranger des protssur le dos du réchauffement climatique.»L’auteur montre aussi comment ce système
de marché des droits à polluer est enpasse d’être généralisé aux installationspubliques, et bientôt même… à chaqueindividu.Au terme de cette minutieuse démons-tration, et partant du constat que les
émissions de dioxyde de carbone sont encroissance continue (plus de 1 % par an),
l’auteur laisse clairement apparaître que
les objectifs xés par le GIEC – diviser par
deux les émissions sur cinquante ans – nepeuvent être atteints qu’au travers d’uneremise en cause radicale du paradigmede la croissance. Dans la dernière partiede son ouvrage, il propose une série desolutions s’inscrivant dans cette optiqueantilibérale et remettant en cause radicale-ment les rapports de priorité entre le social,l’économique et l’environnemental.
Mireille Tabare
Le climat otage de la fnance
,d’Arlien Bernier, d. Mille et nenits, 2008
drois à polluer : un commerce jueux
Et c’est dans les coulisses de ce secteurémergent, hautement lucratif, le marchédes gaz à effet de serre, que nous entraîneAurélien Bernier (
L’Actualité
n° 79) dans
son livre
Le climat, otage de la fnance
.Un essai très documenté, dans lequell’auteur montre comment la solution dumarché s’est imposée sans aucun débatdémocratique, comment s’est développéun nouveau créneau spéculatif à l’échelleinternationale, comment, dans les faits,les mesures de lutte contre le changement
climatique ont été détournées au bénéce
de la seule spéculation. Le livre ouvre sur
un voyage aux origines de «l’écologielibérale», au début du
xx
e
siècle, lorsquecommencent à émerger, dans les milieuxéconomiques, les préoccupations envi-ronnementales. Aurélien Bernier montrecomment, très rapidement, le néolibéra-
lisme a vu le prot qu’il pouvait en tirer.
Comment est né, en 1920 en Angleterre,le principe qui mènera à la création des
Claue Pauque,
boulogne-sur- Mer, Pas-de-
calais
, 2006.Les éiions utemps qu’il faion publié en
2006
Au out des Certains
,avec es exese ChrisianCaujolle,dominiqueMoncon’huye Paul-HervéParsy.
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