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2.Il écrit par exemple: «La cohabitation desprogrammes au sein d’une chaîne est une desmanifestations de la cohabitation sociale.Lesprogrammes de télévision sont pour des millionsde spectateurs la seule aventure de la semaine,et,pour des millions d’individus,la seule lumièredu foyer.Au sens propre et figuré.»
Op.cit.,
p.76.Et «La question de fond est: à quoi sert la télé-vision,pour un individu qui n’est jamais passif devant l’image et qui n’en retient que ce qu’ilveut en retenir? Elle sert à se parler.La télévisionest un formidable outil de communication entreles individus.Le plus important n’est pas ce quiest vu,mais le fait d’en parler.La télévision est unobjet de conversation.On en parle entre soi,plustard,ailleurs.C’est en cela qu’elle est un liensocial indispensable dans une société où les indi-vidus sont souvent isolés et parfois solitaires.Ce n’est pas la télévision qui a créé la solitude,l’exode rural,multiplié les banlieues intermi-nables,détruit les tissus locaux et démembré lafamille.Elle a plutôt amorti les effets négatifs deces profondes mutations en offrant un nouveaulien social dans une société individualiste demasse.Elle est la seule activité à faire égalementle lien entre les riches et les pauvres,les jeunes etles vieux,les ruraux et les urbains,les cultivés etceux qui le sont moins.Tout le monde regarde latélévision et en parle.Quelle autre activité estaujourd’hui aussi transversale? Si la télévisionn’existait pas,beaucoup rêveraient d’inventer unoutil susceptible de réunir tous les publics.»
Op.cit.,
p.75.
Communication totale,harmonie totale
sions et les déceptions énumérées auparagraphe précédent révèlent lavanité de l’espoir que la norme tech-nique marquera la fin de la différenceinter-personnelle.Àun niveau moins abstrait,Dominique Wolton, un homme dont ondevine les orientations lorsqu’on saitqu’il a intitulé un ouvrage sur la télévi-sion
2
,
Éloge du grand public,
avance desobjections au rêve de la communicationtotale. Wolton n’est certes pas de notre bord, mais ses objections, passablementinconfortables, méritent d’être dis-cutées.
Écrans et filtres
Les premières portent non sur la valeurde ce rêve mais sur sa possibilité. Enpremier lieu, l’illusion du monde entiè-rement connecté fait un peu vite litièredes barrières culturelles, et de la pre-mière d’entre elles, le langage.L’anglais, sans nul doute, est la
lingua franca
de l’informatique, et les informa-ticiens occidentaux non anglophonesont pu croire qu’apprendre l’anglaisn’était pas en fin de compte le supplicequ’ils craignaient. La difficulté d’un telapprentissage se révèle d’un autreordre si l’on est né à Shanghaï.Réussirait-on malgré tout à élever l’an-glais au rang de langue mondiale, cequi est de moins en moins improbable,que le désir de communiquer dans sapropre langue n’en disparaîtrait pasnécessairement. L’imprimerie est néeau moment où les alphabétiséseuropéens partageaient une languecommune, le latin, mais c’est néan-moins l’imprimerie qui a permis la fixa-tion des langues nationales etl’expansion deslittératures nationales. Qui plus est, le
besoin
de communication est une varia- ble, non une constante, et une variable
R é f r a c t i o n s n
o
1 0
remarquablement soumise à d’autresfacteurs culturels. Wolton souligne queseul le monde occidental a distendu lesliens des individus avec les autres élé-ments sociaux, famille, tribu, village,métier ou religion: le reste de la popu-lation mondiale, solidement inséréedans plusieurs étages de liens sociaux,éprouve une soif moins dévorante decommunication électronique.Il est en revanche compréhensibleque, célibataires ou divorçables, lesemployés délocalisables, urbains etflexibles d’anonymes multinationalesdemandent au monde digital des liensque leur société leur a retirés. La jus-tesse de l’argument se renforce du
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