3
Remettre l’énergieà sa juste place en physique
Puisque l’énergie est au centre de la totalité de nos fluxphysiques et donc de nos activités économiques, il faut luidonner une place équivalente dans nos politiquespubliques. En pratique, cela signifie que les gouvernements,la Commission européenne, l’OMC et le FMI s’interdisentde faire des plans pour l’avenir sans vérifier qu’ils sontcompatibles avec un approvisionnement en hydrocarburesqui baisse, ou des émissions de gaz à effet de serre quisuivent délibérément la même trajectoire.
Q
Cela revient en fait à tout passer au crible. L’une despremières choses à faire est donc de nommer un “
conseiller technique ressources et énergie
” dans chaque cabinet dechaque ministère. Son rôle serait de vérifier que les projetsde loi ne sont pas complètement irréalistes au regard deslimites physiques connues à ce jour.
Q
Il faut ensuite que les députés des commissions “affaireséconomiques” et “finances” se forment d’urgence et demanière lourde sur l’énergie, le changement climatique etles contraintes associées.
Q
Enfin, il faut adopter – en France et en Europe – une
stratégie à trente ou quarante ans sur l’énergie
, avec un voletsur la demande et un volet sur l’offre. Cette stratégie – enFrance et en Europe – doit devenir consensuelle et aussiévidente que le financement des retraites ou l’existenced’une sécurité sociale.
Le volet sur la demande
de ce plan est d’une “simplicitébiblique” : d’abord réduire, ensuite, réduire, enfin réduire ets’y mettre
tout de suite
. Les vrais besoins ne sont pasnégociables, mais ils ne sont à l’origine que de 10 % de laconsommation humaine. Le plus souvent, là où nous ne
pouvons
pas, il faut comprendre que nous ne
voulons
pas, cequi est radicalement différent. Un pan majeur du plan desortie de crise concerne donc nos comportements. Pour réduire la consommation matérielle, il n’y a que deux voies :ou bien on limite par les quantités (interdictions,normalisations, quotas), ou bien on limite en faisant payer (taxes, tarifs modulés, etc). La taxe est mieux adaptée audiffus, la limitation par les quantités aux gros consom-mateurs, la normalisation étant un accélérateur utile pour certaines catégories très importantes (logements et voitures,par exemple) sans garantir le résultat à elle seule.Si l’on veut faire baisser la demande, il faut souvent aussiinvestir. Pour un ménage, cela pourra être l’investissementdans l’isolation du logement ou dans une voiture moinsconsommatrice. Pour la puissance publique, ce peut êtredans le financement de ces dépenses, ou la formation desacteurs qui savent faire. En matière énergétique, l’Étatconsidérait jusqu’à présent que son domaine d’interventionétait dans l’augmentation de l’offre. Il est urgent qu’ilintervienne désormais dans le financement, éventuellementmassif, de la baisse de la demande.
Pour l’offre énergétique
, nous avons trois gros secteurs :celui de l’électricité, celui de la chaleur (chauffage,chaudières industrielles) et celui de la mobilité.
- La mobilité
. Il faut à la fois supprimer une partie destransports, et rendre plus léger, plus lent et moins puissantce qui reste. Cela passe par une normalisation drastiquepour les constructeurs qui n’ont que trop traîné à se mobiliser,et une hausse programmée du prix des carburants routiers
via
la taxe carbone, en aidant par des transferts appropriés lareconversion des ménages – et des professions – les plusfortement pris au dépourvu.
- Pour ce qui est de la production de chaleur
chez les parti-culiers, gaz et fioul sont à remplacer par des renouvelables(essentiellement du bois, de la géothermie et du soleil) et unpeu d’électricité de réseau. En fait, si la rénovation du bâti sefait à la bonne vitesse, l’énergie thermique résiduellenécessaire chez le particulier et dans le tertiaire sera réduiteà trois fois rien, et la substitution par les renouvelables seragrandement facilitée.
- Pour l’électricité
, le plus gros potentiel d’économie de CO
2
,à vingt ou trente ans, réside dans la capture et laséquestration dans les centrales à charbon existantes, et ledéploiement du nucléaire là où il ne pose pas de problèmemajeur de mise en oeuvre. Quoi, pas d’éolien ? Non, pasd’éolien dans ce “crash programme” : en Europe, modifier toutes les centrales à charbon en vingt ans avec de la captureet de la séquestration pour qu’il n’y ait plus de CO
2
relâchédans l’air va coûter cher, mais beaucoup moins que de toutremplacer par des éoliennes, avec les dispositifs de stockagede l’électricité associés. Dans le même esprit, le nucléairecontinuera à coûter moins cher que l’éolien, n’en déplaise àcertains écologistes, pour des raisons physiques (l’énergienucléaire étant physiquement plus concentrée, il faut moinsde travail humain – donc payer moins cher – pour en tirer 1kWh, même s’il faut prendre plus de précautions). Il fautmettre la pression sur les usages existants de l’électricitépour faire des tas d’économies, et donc commencer par lahausse de son prix. Mais il n’y a pas de solution unique pour tous ! Au sud de la Méditerranée, par exemple, il faut investir dans l’exploitation de l’insolation des déserts, et des alizésqui soufflent quatre mille à cinq mille heures par an au suddu Maroc. Un couplage du vent avec des stations depompage ou une ligne très haute tension vers l’Europe estdans le cas présent quelque chose à regarder de bien plusprès qu’une centrale nucléaire.Dans ces trois secteurs, il faut trouver des manières de basculer aussi vite que possible sur des sources non émettrices de CO
2
fossile. Pour la capture et la séquestration du CO
2
(ce qui faitpartie de l’agenda de Barack Obama), c’est très simple :l’Europe doit imposer que dès maintenant, l’on ne construiseplus une unité nouvelle sans ce dispositif, et que, dans quinze
Leave a Comment