Pour N., ma lectrice.
Irruption — longuement préparée, méditée même sans la pressentir — d'une lumineuseaurore dans mon ciel de lecture, mon ciel
: Elias Canetti, arpentant aussi bien le territoire del'homme que le cœur secret de l'horloge
: “Le comportement extérieur de l'homme est tellement équivoque qu'il lui suffit de seulement se montrer tel qu'il est pour demeurer à jamaisinconnu et caché.” Maniement délicat de cette herse légère qu'est l'aphorisme…, l'humaine jachère demeure ainsi naturellement entretenue. Et d'un. Et d'un autre, non seulement arpenteur du mot, celui-là, mais aussi grand architecte del'absurde, au point de dessiner la maison à l'envers pour mieux en faire sentir la logique deconstruction
— et ses vices —, Pierre Dac
: “Celui qui dans la vie est parti de zéro pourn'arriver à rien dans l'existence n'a de merci à dire à personne.” Exécution sommaire
? Et dedeux.Vient le troisième, qui demeure le premier, Michel de Montaigne, par qui tout débuta. Eh oui,“…
C'est ici un Livre de bonne foi, Lecteur. Il t'avertit dès l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privé…
Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautés empruntées. Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans étude et artifice : car c'est moi que je peins.” Éclats de lucidité. Et de troisdonc.Sous les auspices d'une si éminente trinité, m'autoriser à réunir ainsi ce qui occupa, dequelque manière, ces quatre dernières années et qui depuis un an trouve ici, sa place,“humeurs" qui sont autant de “climats" intimes, des façons de me "dépatouiller” avec lemonde, avec mon monde. Sans avoir l'air trop bête. Impressions soleil levant.Se posait cependant une question de méthode
: comment organiser ce fatras
? La réponse est, je pense, et pertinente et élégante
: un classement à la fois alphabétique et thématique. Ainsitoutes ces petites choses, sorties de leur fragile contexte, deviennent des sortes de “vanités”,qui, ainsi associées, constituent de moi un portrait que je ne désavoue pas. Mais à chacun d'en juger. Bricolage de mots. Illusoire courant d'air ou tendre et intime brise, allez savoir
!Quelque chose s'y trame pourtant, me semble-t-il, qu'il m'importait d'exposer. Or, “la vie est du vent tissé”, écrivait Joubert. Je lui laisse le mot de la fin. Et de quatre.
Vincent Lefèvre Paris,le 15 octobre 2004
P.-S.
: Et que le lecteur qui aurait parfois le sentiment de se trouver face à des obscuritésinsondables se rassure, moi-même je m'interroge toujours sur la nature énigmatique decertains de ces propos… On s'appartient si peu
!
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