• Embed Doc
  • Readcast
  • Collections
  • CommentGo Back
Download
 
in
A. Delaigue et S. Menia, «Sexe, drogue… et économie», Pearson Editions, chap. 2, p.51–62.
La dette publique est un faux problème
«
 No man whatever having lent his money to the government onthe credit of a parliamentary fund has been defrauded of his property...The goodness of the public credit in England is the reason why we shall never be out of debt... Let us be, say, a free Nation Deep indebt, rather than a Nation of slaves owing nothing. »
Pamphlet anonyme, Grande-Bretagne, 1719Pas un jour ne passe sans que le débat économique et politique français n'aborde la questionde la dette publique. La litanie ne varie guère. La « dette de la France » serait, nous répète-t-on, colossale : près de 20 000 euros par Français ! Voilà le fardeau que notre génération, folledépensière, impose à ses enfants, qui dès la naissance se retrouvent perclus de dettes. Cettecharge pousse la France vers la faillite, à moins qu'elle n'y soit déjà ! Des mesures «vertueuses et courageuses » s'imposent pour rétablir la situation. Cette litanie a tellementhanté la campagne présidentielle de 2007 que lors d'une émission politique les candidatsétaient interrogés dans un studio équipé d'un écran géant indiquant, « en temps réel »,l'évolution de l'endettement public. Impossible pour eux de se soustraire aux questions sur lesujet. Tout au long de la campagne, un
thinktank 
se livrait au « chiffrage » des différents programmes, afin d'évaluer la contribution future de chacun d'entre eux à ce fléau. Le sujet seretrouve aussi régulièrement au centre de rapports publics en général aussi alarmistes quedûment commentés, rédigés par des personnalités renommées (telles, récemment, MichelCamdessus, ou Michel Pébereau).Tout ce catastrophisme est-il bien justifié ? Pas vraiment. Si l'on peut légitimements'inquiéter du montant de la dette publique, les raisons se révèlent plus complexes qu'il n'y paraît. Mais surtout, le débat actuel ignore les questions vraiment importantes.Voici donc quelques-uns des mythes entretenus sur le sujet.
 Mythe numéro un :
la dette publique est la dette « de la France ».
Il ne s'agit là pas tant d'un mythe que d'un raccourci particulièrement trompeur. La dette publique correspond à une chose simple : quand l'État, la curisociale ou lesadministrations locales dépensent plus qu'ils ne collectent en recettes publiques, les dépensessont financées par l'endettement. Chaque année, le montant total de la dette est mesuré par ledéficit public et l'accumulation des endettements successifs, somme dont il convientcependant de déduire les dettes qui, arrivées à échéance, sont remboursées.
 
Mais les administrations publiques ne représentent pas le pays tout entier. Elles ne sontqu'un agent économique parmi d'autres. Leur endettement ne symbolise donc pas plus lasituation financière « du pays » que celui de n'importe quel particulier ou entreprise. Si l'ons'intéresse à la « dette de la France », mieux vaut considérer l'endettement extérieur, c'est-à-dire la dette contractée par des résidents français auprès de résidents d'autres pays, diminuéedes créances contractées par des étrangers auprès de Français.Or, seulement la moitié environ de la dette publique française est souscrite par desinvestisseurs étrangers et contribue à l'endettement national total (la dette publique représenteenviron un tiers de celui-ci).Pour une bonne part, la dette publique est contractée auprès des Français eux-mêmes.Autrement dit, le chiffre de 20 000 € par habitant est grossièrement exagéré, puisque lesmêmes Français disposent, vis-à-vis de l'État, d'une créance correspondant à la moitié environde ce montant.
 Mythenumérodeux:
ladettepubliqueestunemauvaisechoseparnature,quimet en péril la
«
 soutenabilité » du budget de l'État.
Vieux reste de mentalité judéo-chrétienne, souvenir de l'époque où l'usure était considéréecomme un péc? L'endettement public est immanquablement présenté comme unemauvaise chose, une dette « malsaine » dont il faut impérativement se débarrasser.En réalité, elle ne constitue qu'un moyen comme un autre de financer les dépenses publiques, qui présente des avantages et des inconvénients. Un exemple simple permet de lecomprendre. Supposez que vous décidiez, parce que vous n'avez pas le temps de le fairevous-même, de confier à une tierce personne le soin d'acheter vos vêtements chaque année.Celle-ci dispose d'une ligne de crédit sur vos comptes, qui lui permet de dépenser la sommequ'elle estime nécessaire et de financer vos achats de la façon qu'elle préfère. Supposons quevous disposiez d'un patrimoine de 1 000 euros, qu'elle achète pour 100 euros de vêtements, etque les taux d'intérêt atteignent 10 %. Trois moyens de paiement sont possibles.La première solution, la plus simple, est celle de l'achat au comptant. Dans ce cas, unefois la dépense réalisée, il vous reste 900 €. Grâce aux intérêts de 10 % perçus sur votre patrimoine, vous disposez à la fin de l'année de 990 € (les 900 € qui vousrestaient, plus 10 % d'intérêts).La deuxième solution est celle de l'achat à crédit sur un an : vous achetez tout de suiteet payez au bout d'un an, avec les intérêts. Dans ce cas, vous disposez pendant un ande vos 1 000 € qui deviennent, douze mois plus tard, une fois les intérêts de 10 %encaissés, 1 100 €. Mais vous devez rembourser le capital emprunté (100 €) et lesintérêts à 10 % (10 €), soit au total 110 €. Il vous reste alors 1 100 – 110 = 990 €,exactement comme lorsque vous aviez acheté au comptant.La troisième solution consiste à s'endetter indéfiniment. Vous ne remboursez jamaisle capital emprun, mais dans ce cas, vous devez aussi payer des intsindéfiniment (les emprunts éternels n'existent pas, mais vous pouvez aboutir au mêmerésultat en empruntant chaque année pour rembourser ce que vous devez de l'année
 
 précédente). À la fin de l'année, vous détenez toujours un patrimoine de 1 100 €,comme précédemment. Vous devez en déduire 10 € d'intérêts à payer ; mais commevous vous êtes engagé à payer indéfiniment des intérêts de 10, vous devez « geler »une partie de votre patrimoine (100 €) pour acquitter cette dette de 10 € par an. Autotal, votre patrimoine disponible atteint là encore 1 100 €, moins 10 € d'intérêts payéscette année, moins 100 € qui restent gelés, soit 990 €, comme dans les deux cas précédents.
 Infine,
quelle que soit la façon dont vous financez votre achat, votre patrimoine resterainchangé à 990 € plus 100 € de vêtements. C'est un raisonnement économique classique : pour une dépense donnée, le mode de financement est neutre. Le seul élément important, c'estla nature et le montant de la dépense : le problème surgit si votre argent ne vous a pas procuréla quantité de vêtements qui vous convient, ou si ceux-ci se révèlent d'une qualité inadéquate.Mais ce problème est indépendant de la façon dont a été financée la dépense.La question de la dette publique se pose exactement dans les mêmes termes. Dès lors quel'État engage des dépenses pour fournir aux contribuables des biens et des services financéssur leurs deniers, le mode de financement de ces dépenses importe peu. Il est possible quel'État dépense trop et mal, mais cela pose un problème de toute façon, que les dépenses enquestion soient financées par la dette ou par l'impôt. L'impôt lui-même est un mode definancement des dépenses publiques qui n'est pas dépourvu d'inconvénients. Après tout, lesconséquences macroéconomiques de l'endettement public sont modérées (une légère haussedes taux d'intérêt, si la dette publique limite les fonds prêtables disponibles pour lesentreprises et les particuliers) ; en revanche, les hausses d'impôts, tout comme les baisses dedépenses publiques, produisent des effets extrêmement brutaux sur la conjoncture. Si l'Étatengage des dépenses inutiles et gaspille son budget, il est absurde de dire qu'il est « vertueux» s'il fait cela en augmentant les impôts et « malsain » s'il recourt à la dette publique. Celanous amène d'ailleurs au mythe numéro trois.
 Mythenumérotrois:
ladettepubliqueestmauvaiseparcequ'elleimposede payerdesintérêts;lachargedeladettereprésenteaujourd'huilepremiebudgetdel'État!Pire,lesgensquipaientcesintérêtssontlescontribuablesordinaires,alorsqueceuxquitouchentcesintérêtssontdesrentiers;ladette publiqueenrichitlesrichesetappauvritlespauvres.Elleestunefondefaire payer nos enfants pour nos errements.
S'il est régulièrement entendu dans le débat sur la dette publique, ce raisonnement se révèletotalement faux. Certes, lorsque les penses publiques du passont financées pal'endettement plutôt que par des impôts, les contribuables réalisent une économie : ils bénéficient de dépenses publiques sans avoir à les payer. L'argent ainsi économisé reste dansleurs patrimoines. Et les intérêts qu'ils acquittent constituent la contrepartie de cette économieréalisée. Si les contribuables ne souhaitent pas financer les intérêts de la dette publique, ils peuvent recourir à un moyen très simple : acheter des titres de la dette publique pour unmontant équivalent à leur quote-part de dette. Comme on l'a dit précédemment, les Françaisdétiennent déjà environ la moitié de la dette publique. Autrement dit, ils touchent la moitiédes intérêts payés par l'État : il ne s'agit donc pas de dépenses publiques qui s'évaporent dans
of 00

Leave a Comment

You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...
You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...