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Bretagne 2030

Bretagne 2030

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BRETAGNE
2030
   P    h   o   t   o   F   r   a   n   ç   o   i   s   D   e   s   t   o   c
DÉMOGRAPHIE
I
TRANSPORTS
I
ÉNERGIE
I
PÊCHE
I
AGRICULTURE
I
IDENTITÉ…
Bretagne
Supplément au numéro du jeudi 6 janvier 2011. Ne peut être vendu séparément
www.letelegramme.com
 
Tél. 02.98.62.11.33 / 7 Voie d’Accès au Port, 29672 Morlaix / Directeur de la publication : Edouard Coudurier
 
Tu t’appellesBaptiste. Tu esarchitecte. Tu as 39 ans,une épouse et deuxenfants. Et 22.790 ¤placés sur trois comptesbancaires. Tu étais àVannes ce matin, tu asdéjeuné au Bioresto(menu à 18 ¤) et tu terends actuellement au12, rue des Colombiers,chez ton père »...
Message du communiqueurde Baptiste
      P      h    o     t    o      P      h      i      l      i    p    p    o    n      J    o      ë      l      /      L    e      P    r    o    g    r      è    s      /      P      h    o     t    o      P      Q      R
Le bruit des vagues et des mouettes. L’heure de selever. J’ouvre les yeux sur un ciel bleu pâle. Autourde moi, le bout du monde. A 360˚, un bout de pres-qu’île de Crozon, le tas de pois, la pointe Saint-Mathieu. L’océan à perte de vue. « Bonjour Baptiste.Il est 7 h 22. Nous sommes le jeudi 3 janvier 2030. »J’effleure l’écran tactile. Le paysage disparaît.Demain, je me réveillerai en haut de l’Himalaya.Dans la cuisine, mon thé est presque infusé. Sur unmur, mon programme de la journée, les consignesde mon épouse Romane, la météo et les grandstitres du Télégramme. Une fenêtre s’ouvre. Un pointclignotant sur une carte. École Kergoat-Ar-Lez, àQuimper. Grâce à une biopuce implantée sous lapeau, Chiara, ma fille, est géolocalisable à toutmoment. Si je le voulais, il me suffirait d’un clic pouraccéder à ses principales constantes médicales. Mal-gré toutes nos précautions, Chiara souffre d’un légerdiabète. Nous avions pourtant sélectionné l’embryonle plus « prometteur ». Naturellement, ceux porteursde gènes susceptibles de développer des maladiesgénétiques avaient été écartés. Faute de moyens,nous n’avions en revanche pas eu accès auxautres options : absence de myopie, d’obésité, choixde la couleur des cheveux...
Berlusconi ? Toujours au top à 96 ans !
Le Télégramme publie justement un article sur cesujet. J’y apprends que la France est à la traîne. Ici,le débat éthique a fait rage. Aux Etats-Unis, on s’estposé beaucoup moins de questions. On peut déjà,depuis quelques années, croiser les gènes desparents avec ceux de porteurs « génétiquement per-formants » : prix Nobel, sportifs de haut niveau, topmodel, artistes... D’un mouvement de la main, je faisdéfiler les photos de ces nouveaux « super héros ».Je me fige. Silvio Berlusconi ! « Toujours au top à96 ans », dit la légende, où l’on aperçoit l’ancien Pre-mier ministre italien aux côtés de l’actuelle miss Ita-lie. Effrayant ! J’apprends aussi qu’on peut influersur le caractère : voulez-vous un enfant endurant ?Joyeux ? Qui dort bien ? Peu sensible aux virus sai-sonniers ? C’est possible ! L’avenir, ce sont les pers-pectives de croisement des gènes humains et ani-maux : en théorie, on peut donner à un homme lavue perçante d’un aigle ou le flair d’un chien de chas-se. En 2030, on fait des bébés OGM. C’est la mêmetechnique que pour les aliments. On mange depuislongtemps des tomates auxquelles on a injecté desgènes de poisson pour les protéger des gelées, ouencore des pommes de terre dans lesquelles ont étéintroduits des gènes de poulet pour augmenter leurrésistance aux maladies...Je ferme la fenêtre en me disant que la génétique nefait pas tout. L’environnement social et l’éducationsont toujours déterminants. Je souris en pensant àcet échange attribà Albert Einstein etRita Hayworth. L’actrice : « Faisons un enfant ensem-ble. Il aura ma beauté et votre intelligence. Il seramerveilleux ! » Et le génie de répondre : « Imaginezsi c’est l’inverse ! »
8 h 05. Le sourire aux lèvres, je bois mon thé en jetant un œil distrait aux autres titres du Télégram-me. Encore un record de chaleur qui tombe dans lesud-est de la France. Les professionnels du tourismeet de l’immobilier s’interrogent: terribles inonda-tions en septembre et octobre, feux de forêt dévasta-teurs et chaleur caniculaire à répétition en été...Le réchauffement climatique est à l’œuvre. Le mous-tique tigre (chikungunya et dengue) qui a déjà prati-quement colonisé toute la moitié sud de la France,est arrivé aux portes de Nantes et de Paris !
Des tempêtes plus violentes
Dans le Languedoc-Roussillon, région qui représen-tait-il y a peu un must en matière de bien-être, onestime que le recul des côtes dû à l’érosion et à lamontée des eaux devrait menacer les logements deplusieurs centaines de milliers de personnes. Le chif-fre fou de plusieurs dizaines de milliards d’euros estavancé pour cette seule région. Le gouvernement aaussitôt annoncé son intention d’étendre partout enFrance la bande littorale inconstructible de 100 m à250 m. Et même « davantage dans les zones lesplus menacées ». Ces informations ont provoqué lacolère de la population qui multiplie les manifesta-tions, fustigeant « le manque d’anticipation des poli-tiques ».La Bretagne n’est pas épargnée. Il n’y a pas plus detempêtes mais elles sont plus violentes. Tout le mon-de a en tête le plus gros ouragan ayant jamais frap-pé la région. C’était en novembre 2026. Malgrél’alerte, seize morts et une centaine de blessés. Lemont Saint-Michel et la cathédrale de Quimper déca-pités. Des dizaines de sites submergés par leseaux: la presqu’île de Rhuys, Gâvres, Carnac, Arzondans le Morbihan, une partie du Pays bigouden, tou-te la partie située de Plouguerneau à Santec, dansle Finistère, Perros-Guirec, Erquy, Pléneuf dansles Côtes-d’Armor et une partie de la région deSaint-Malo, en Ille-et-Vilaine (là où les plages recu-laient déjà)... Des dizaines de milliers de Bretonss’étaient retrouvés sans logement ! Malgré cela, laBretagne attire toujours plus de monde. « Bientôt4 millions d’habitants », pronostique l’Insee, qui arevu ses prévisions à la hausse.
7 h 22. L’océan à perte de vue8 h 05. Encore un record de chaleur !
Quel sera notrequotidien dansvingt ans ?Démographie,transports,énergie... LeTélégrammevous proposeaujourd’hui dedécouvrir lesscénarios lesplus probables.Pour ouvrir cesupplément,notre reporterHervéChambonnière aimaginé une journée type en2030. Tout ce quiapparaît dans cerécit estplausible et faitactuellementl’objet derecherches. Bonvoyage dans lefutur de laBretagne !
Textes :Hervé Chambonnière
Bretagne 2030
Une journée en Bretagne en 2030 : pages 2 et 3Population. Plus nombreux mais plus vieux : 4 et 5Déplacements. L’ère du transport intelligent : 6 et 7Energie. Mieux produire et consommer moins : 8 et 9Agriculture, pêche. Plus de santé dans l’assiette : 10 et 11Identité bretonne. Plus forte que jamais ? : 12
Le jeudi 3 janvier 2030 à Quimper
Sommaire
2.
Jeudi 6 janvier 2011
Le Télégramme
 
Mon communiqueur vibre. Un message de mon médecin, qui vient de prendre connaissance des résultats de mon check-up hebdomadaire réalisé via les biocapteurs implantés dans mon bras.Réveillon trop chargé...Pour “ revenir à l’équilibre ”, mon communiqueur me suggère trois menus différents pour le déjeuner ».En Bretagne,les premiers péages urbains ont vu le jour. Nantes, Renneet bientôt Brest. Et on reparle de faire payer l’autoroute bretonne ! ».
11 h 15. Je n’irai pas à Vannes en voiture, maisen TER. Avec douze navettes par jour et unréseau optimisé, c’est ce qui est le plus rapide etle plus adapté. En Bretagne, les premiers péagesurbains ont vu le jour. Nantes, Rennes et bientôtBrest. Et on reparle de faire payer l’autoroute bre-tonne ! Le train et les gares multimodales implan-tées au cœur des villes ont le vent en poupe.Depuis deux ans, 80% de la population françaiseest à moins de trois heures de TGV de Paris. L’avi-on, devenu trop cher, n’est envisageable qu’au-delà des frontières de nos pays voisins. Au-delàde l’Europe, le tourisme bon marché n’existe qua-siment plus...17 h 38. Je suis de retour à Quimper. Je grimpedans ma voiture et file chez mon père. Il a 77 ans.J’interroge à distance Ming, son robot compa-gnon. Je jette un œil chez lui. Tout est rangé.Tout va bien. Papa regarde un vieux film en 2D.« Bienvenue à Gattaca ». En cours de route, mavoiture me fait changer d’itinéraire. Une manifes-tation d’anti-intrusionnistes, farouchement oppo-sés au « tout technologique ». Ils utilisent pour-tant des cybertracts ! L’un d’eux s’affiche dansma voiture: « Non à l’usine de production deMMA ! » (Ndlr, masse musculaire animale; pro-duction de viande sans forme animale). Et non auprojet de centre Globaltech à Quimper. Géosur-veillance partout, sécurité nulle part ! ». Je validele lien en bas du message. Une fenêtre s’ouvre.« Tu t’appelles Baptiste. Tu es architecte. Tu as39 ans, une épouse et deux enfants. Et 22.790 ¤placés sur trois comptes bancaires. Tu étais à Van-nes ce matin, tu as déjeuné au Bioresto (menu à18 ¤) et tu te rends actuellement au 12, rue desColombiers, chez ton père ». Sidérant !
8 h 55. Je prends la direction de mon cabinet d’ar-chitectes, à bord de ma Chery G4, une voiture chinoi-se hybride (électrique pour la ville et à essence pourles longs trajets). La porte gauche s’ouvre. Je donnel’adresse de ma destination. Un voyant clignote, m’in-diquant que le son de ma voix trahit une certaine fati-gue. L’ordinateur de bord m’incite à opter pour laconduite semi-automatique et me propose une listede « musiques gaies et entraînantes ». Je valide. Jelaisse derrière moi mon immeuble d’habitation. Unevieille maison des années 1930 entièrement rénovéeil y a trois ans. Comme la plupart des logements,nous produisons notre propre énergie(photovoltaïque, etc.). On a fait construire deux éta-ges coiffés d’un toit végétalisé. Deux étages pourdeux autres familles. Toutes les villes gagnent en hau-teur. On mutualise les coûts, les espaces, les charges.C’est aussi plus convivial. L’échelle de vie, c’est lequartier. Des étudiants se sont installés. Contre desloyers modérés, ils s’investissent dans la vie locale:accompagnement scolaire (l’école, faute de moyens,laisse de plus en plus d’élèves au bord de la route...),services aux personnes, petits travaux de nettoyageet d’entretien. On se déplace beaucoup moins. Deuxfois par jour, les camionnettes électriques multiservi-ces passent livrer le courrier et les achats réalisés viainternet. La plupart des commandes alimentairessont générées automatiquement par ordinateur,depuis nos domiciles. Pour le reste, les principauxcommerces et services sont accessibles à pied, àmoins de dix minutes. Les stocks sont situés en péri-phérie, directement raccordés au réseau ferroviaireou le long des grands axes routiers. En Bretagne, lesports de Saint-Malo, Nantes, Lorient et Brest jouentun rôle clé dans la distribution des marchandises. Devastes zones de stockage ont été aménagées surzone. De là, toute la région est irriguée. Il y a un peumoins de poids lourds sur les grands axes.9 h 15. Mon ordinateur de bord m’indique une pla-ce libre sur un parking, à 100 m de mon cabinet d’ar-chitectes. Ma voiture va s’y garer. J’arrive au boulot.Je n’y vais qu’une fois par semaine. Comme de plusen plus de salariés, je travaille beaucoup à la maison.Je suis pourtant toute la journée en contact avec mescollègues. En ce moment, on travaille sur un projetd’immeuble à Vannes. Un ensemble d’appartements,de bureaux, services et commerces. La maquette flot-te en 3 D à côté de mon bureau.Mon communiqueur vibre. Un message de monmédecin, qui vient de prendre connaissance des résul-tats de mon check-up hebdomadaire réalisé via lesbiocapteurs implantés dans mon bras. Réveillon tropchargé... Pour « revenir à l’équilibre », mon commu-niqueur me suggère trois menus différents pour ledéjeuner. Je ne mangerai pas à la maison. J’ai rendez-vous à Vannes. Le texte s’efface et trois adresses derestaurants vannetais proposant des « menus compa-tibles » apparaissent. Je choisis l’établissement quime propose une promo et valide le choix des plats.Mon communiqueur enverra automatiquement monheure d’arrivée.
18 h. J’arrive rue des Colombiers. Je suis accueillipar Mikado, le chien cloné de mon père. Je jouaisavec lui quand j’avais cinq ans. Aujourd’hui, onpeut s’offrir une copie de son animal préféré pourmoins de 2.000 ¤. En 2008, il en coûtait150.000 ¤. La porte d’entrée s’ouvre. Mon père estlà, fringant, aux côtés de Ming. « Bonjour Baptiste.Comment vas-tu ? ». La voix est fluide, quasi réel-le. Ming est plus qu’un simple robot. 1,20 m,80 kg. Et un « visage » qui exprime des émotions.Connecté à un ordinateur central et à internet, reliéà un réseau de capteurs disséminés dans la maisonet sur son maître, il sait tout faire ou presque.Ramasser et manipuler des objets, lire des histoires,chanter, diffuser musique, films et photos, monteret descendre des escaliers, répondre à n’importequelle question. Il détecte chaleur, fumée, pollu-tions, intrus. Capte les émotions et sait réagir enconséquence. Il sait même tenir une conversation !Ming coûte cher, mais la Région et l’Etat aidentfinancièrement ceux qui font le choix du maintien àdomicile. De toute façon, il n’y a pas assez de pla-ces en maison de retraite.Et puis mon père se porte bien. Depuis qu’une équi-pe médicale nantaise lui a implanté un cœur bio-artificiel, il y a trois ans, il est en pleine forme. Ilsuit à la lettre les recommandations de ce visionnai-re américain, Ray Kurzweil. En 2010, alors sexagé-naire, ce scientifique avalait chaque jour 150 pilu-les et assurait avoir le corps d’un homme de40 ans. Il voulait « vivre assez vieux pour vivre tou- jours ». Il a aujourd’hui 82 ans et utilise des techni-ques qui lui permettent de prolonger la vie « quasiindéfiniment ». Cellules cultivées in vitro pour rem-placer les déficientes, culture d’enzymes gloutonspour décrasser les autres, etc. « D’ici peu de temps,il pense pouvoir injecter des ordinateurs de la tailled’une cellule qui iront se loger dans le cerveau pourréparer les dégâts causés par l’âge et augmenterles capacités intellectuelles », glisse mon père. J’évi-te le sujet, source de conflits entre nous. « On peuttoujours mourir... si on est renversé par une voitu-re », s’amuse mon père.Naturellement, il a fait dresser son profil génétique.Le premier séquençage du génome humain, en2003, avait coûtrois milliards de dollars.Aujourd’hui, la Sécu propose ce « formidable outilde prévention personnalisé », aide déduite, pourmoins de 100 ¤. Le test exprime en pourcentage lerisque de développer une centaine de pathologies:cancers, infarctus, troubles psychiatriques, dégéné-rescence maculaire, sclérose en plaques, etc. Aupatient, ensuite, de s’adapter en conséquence, enfonction des recommandations formulées par sonmédecin. Les rares médicaments que mon pèreprend sont dosés en fonction de son profil. Il ne jure aussi que par les alicaments (des aliments-médicaments). Le plateau qu’il apporte pourl’apéro en est une illustration: bâtonnets de cala-mar breton, chou-fleur léonard de couleur orangeet sauce au yaourt enrichie au cartilage de raie.Tout juste ai-je droit à un verre de vin anglais. Excel-lent d’ailleurs.20 h. J’arrive à la maison. Dîner rapide en famille.Mon fils Cyrus m’attrape par le bras pour une par-tie de golf. « Allez papa ! ». J’enfile le gant qu’ilme tend. Je sens déjà la balle virtuelle au creux dema main. Je sens même sa texture. « On fait unepartie et puis au lit ! ». Ce soir-là, on a éteint lalumière « tard », m’a reproché le lendemain moncommuniqueur. Il était 23 h.
11 h 15. Direction Vannes par le train8 h 55. Je monte dans ma voiture hybride18 h. Je suis accueilli par le chien cloné
Bretagne 20303.
Jeudi 6 janvier 2011
Le Télégramme

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