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Le Duc Albert de Broglie (Ch. Maurras, 1901)

 
 
 
 
 
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Au dix-neuvième jour du vingtième siècle, le duc Albert de Broglie disparaissait à l’âge de 80 ans. Avec lui disparaissait également, et à jamais, un courant politique qu’après son père et aussi intensément que lui, il avait porté et incarné toute sa vie durant : l’Orléanisme.

Certes on a cherché, depuis, à redonner une existence à ce mot.

René Rémond, s’efforçant de désigner les diverses composantes de la droite française d’après 1945 telles qu’il entendait les distinguer, leur prodigua des noms issus des profondeurs du dix-neuvième siècle ; ainsi l’idéologie portée par la droite bourgeoise, libérale et volontiers cosmopolite, que d’autres appelèrent plus simplement giscardisme, se trouva associée dans les écrits universitaires et les analyses des politologues à une « tradition orléaniste », tradition se réduisant, quand on cherche à approfondir la question, à quelques analogies historiques limitées et réfutables. Parallèlement, les partisans français des descendants de Philippe V et des Bourbons d’Espagne exhumèrent le mot d’Orléanisme, dévalorisant à leurs yeux, pour nommer les royalistes ralliés depuis la mort du comte de Chambord en 1883 jusqu’à nos jours à la lignée dynastique issue du duc d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe ; ceci visait en particulier Maurras, l’Action française et leurs continuateurs.

Dans un cas, l’utilisation moderne du mot d’Orléanisme renvoie à un concept de sociologie politique contemporaine ; dans l’autre, à une distinction purement généalogique. Cela n’a rien à voir avec le projet politique qui était celui des ducs de Broglie !

Ce projet, Maurras le décrit en détail dans l’article qu’il consacre le 2 février 1901 à la mort du duc Albert de Broglie, deux semaines tout juste après l’événement. À cette date, Maurras ne peut être certain qu’il n’y aura plus jamais personne, après le défunt duc, pour reprendre le flambeau de l’Orléanisme ou le continuer sous d’autres formes. Cependant il le pressent, et va tout faire pour qu’il en soit ainsi.

L’Orléanisme des Broglie est un composé entre une fidélité catholique et monarchiste sans faille et une vénération quasiment religieuse pour les principes de 1789 ; synthèse a priori curieuse, mais qui s’avéra stable, cohérente, féconde même, des décennies durant. On peut en trouver les prémisses dans la fascination qu’exerça le parlementarisme britannique au temps des Lumières, ou dans de multiples courants de pensée qui s’exprimèrent aux premiers temps de la Révolution française avant d’être balayés par les conventionnels ; on peut y voir un avatar, une résurgence, du parti de Philippe- Égalité, à l’image d’un précédent Broglie, le grand-père du duc Albert qui fut un des fourriers et des soutiens les plus actifs de la révolution, avant d’y finir sous la guillotine.

Tout cela n’est qu’en partie vrai, c’est à dire faux pour l’essentiel.

Car on ne comprendra rien à l’Orléanisme si l’on ne voit pas qu’il s’agit d’abord d’une philosophie politique circonstancielle, née en réponse au désastre napoléonien. Les guerres qui ont dévasté l’Europe et la France ont laissé un continent exangue. La détresse est partout, tant économique que morale. Partout on cherche des voies de redressement. Les traités de 1815 ont installé des régimes conservateurs sur le plan des institutions et des mœurs, libéraux au plan économique ; ceux-ci connaissent au début un certain « état de grâce », mais, à mesure que les plaies se pansent et que l’activité reprend, ils ne peuvent empêcher un retour de faveur des idées révolutionnaires, qui se traduira à travers toute l’Europe par la secousse de 1830 et le tremblement de 1848.

Mais les années qui suivent 1815 ne peuvent se résumer en un face-à-face entre les partisans de la revanche et du retour à l’ordre ancien et ceux d’une nouvelle aventure révolutionnaire. C’est une période de floraison intense de projets de société ou de gouvernement, dont la plupart seront vite oubliés. Certains finiront en secte ou en religio

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06/29/2009

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