qu’« on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens » est pourtant réélu en 1988.Le mensonge politique aurait «une durée de vie plus courte»« Les grandes promesses ont ponctué la vie politique française », analyse Pascal Perrineau, qui dirige le Centre derecherches politiques de Sciences-Po. « Mais le Chirac de 1995 et le Mitterrand de 1981 sont les plus emblématiquesdu mensonge politique. La séduction et la démagogie primaient sur la vérité et la conviction. »Le secret et la dissimulation seraient-ils inhérents au politique ? En son temps (1469-1527), Machiavel conseillait déjàau prince de devenir « grand simulateur et dissimulateur », d’apprendre à « manœuvrer par ruse la cervelle des gens» car, disait-il, « qui trompe trouvera toujours qui se laisse tromper ».De son côté aussi, la philosophe Hannah Arendt estimait dans
La Crise de la culture
(Gallimard, 1972) que « lesmensonges pouvaient être considérés comme des outils nécessaires et légitimes, non seulement du métier depoliticien, mais aussi de celui d’homme d’État ». Aujourd’hui encore, « les règles du politique n’ont pas grand-chose àvoir avec la vérité », reconnaît Dominique Reynié.Voilà qui explique en partie la désaffection du politique chez des électeurs trop souvent déçus ou trahis. Mensongesou promesses électorales non tenues «accentuent la crise de confiance entre le monde politique, soupçonné deduplicité, et les électeurs», souligne ainsi Pascal Perrineau.Des électeurs, qui plus est, «plus mûrs et mieux formés», susceptibles de «décoder plus vite les informationsofficielles», ajoute le sociologue de la communication Philippe Breton, auteur de
La Parole manipulée
(La Découverte,1997).Le mensonge politique aurait également «une durée de vie plus courte» grâce «à la force des médias, notammentaudiovisuels», avance pour sa part l’historien Emmanuel de Waresquiel, auteur de
Talleyrand, le prince immobile
(Fayard, 2006), également prince de la rouerie et référence en matière de mensonge.«Annoncer des réformes douloureuses ruine les chances d’être élu»Le poids des médias, un niveau culturel moyen en hausse : davantage qu’hier, il serait donc « plus risqué » de ne pasdire la vérité en politique, estime ainsi Stéphane Rozès. « Rien n’est pire que la non-authenticité perçue par lesélecteurs grâce aux médias, décrypte le sondologue.Un Laurent Fabius, par exemple, n’a pas su rendre cohérente son image depuis sa position en faveur du non auréférendum. Et se voit taxé d’insincérité. » Mais si les électeurs sont plus mûrs et avisés, ils n’en sont pas moinsambigus. Une chose est de réclamer vérité et transparence aux dirigeants ; une autre, d’accepter de l’entendre.« Les électeurs pestent contre l’absence de sincérité, observe encore Dominique Reynié. Mais jamais aucunprésident de la République n’a été élu sur un discours de vérité, surtout en matière de santé, d’éducation, ou encoresur les retraites. Tout le monde sait qu’il faut réformer les retraites mais qui acceptera de travailler plus longtemps etde percevoir une pension moindre ?Il y a là une véritable ambivalence. » Ambivalence que l’on retrouve chez les hommes politiques, qui « savent bienqu’ils n’auront aucune chance de faire les réformes importantes pour le pays s’ils ne sont pas élus ». Dans ce cas,poursuit le politologue, « à quoi sert-il de dire systématiquement la vérité pendant une campagne ? »« C’est vrai, reconnaît l’économiste Daniel Cohen, annoncer des réformes douloureuses ruine les chances d’être élu.Mais en même temps, poursuit l’auteur de
Trois leçons sur la société industrielle
(Seuil, 2006), les grandes réformesn’ont aucune chance d’être mises en œuvre si elles n’ont pas été annoncées pendant la campagne. »Cette difficulté de tenir aux électeurs un discours de vérité pendant une campagne électorale tient pour certains aumode de désignation du président au suffrage universel direct. « Un discours de campagne présidentielle est undiscours d’incarnation, explique Emmanuel de Waresquiel. Cette incarnation compte davantage que la vérité d’unprogramme. »Le mensonge politique n’est « pas une fatalité »C’est aussi ce que croit Dominique Reynié : « Le suffrage universel confère à l’élu une légitimité très puissante,analyse-t-il. Aux yeux de ceux qui l’ont élu, il incarne le pouvoir. Cela implique qu’il puisse agir sur le réel, trouver dessolutions aux problèmes insolubles. »C’est d’ailleurs ainsi que Stéphane Rozès explique l’échec politique de Raymond Barre ou de Michel Rocard.Lesquels prônaient vérité et modestie tout en préconisant « moins d’État ». « Une erreur, tranche le sondologue.En France, on ne peut pas vouloir imposer une réforme douloureuse et dire aux gens de ne plus rien attendre dupolitique. Rocard et Barre étaient dans le gouvernement des choses, pas dans celui des hommes. » D’où la nécessité,croit Olivier Ihl, de « réconcilier les contraires », soit « l’autorité de la raison et de l’expertise et l’autorité que confèrel’onction électorale ».
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