de la Seine, le plus peuplé des départements français, lesrésultats avant même la fin du dépouillementqui duraquatre jours? Certains commentateurs du temps parlentde la «méthode probabiliste» mais sans donner d’indica-tion. Il est vrai que d’autres avaient fait plus: ils enavaient énoncé les règles. Ils s’étaient mis à la tâche. Unzèle pour lequel ils pouvaient espérer être récompensés.Seconde raison: cette disqualification, sentence restéesans jugement, a fait perdre de vue l’action des ingé-nieurs, statisticiens et géomètres dans l’«organisation» dusuffrage universel. Leur rôle fut assez semblable aux
prac-titioners
de l’Angleterre des Tudor s’élançant à l’assaut del’«arithmétique politique» grâce à leurs travaux sur leseffets d’escompte, les pompes à air ou les tables de morta-lité
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. Il peut aussi s’analyser comme une revanche: celledes ingénieurs polytechniciens contre les promoteurs del’économie politique, hostiles aux modèles mathéma-tiques comme à l’interventionnisme des hommes de1848
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. Reste qu’avec les uns ou avec les autres, la compa-raison conserve sa part d’approximation. Il ne s’agissaitpas, en avril1848, de fonder une nouvelle science, celledes élections, mais simplement de forger – et dans la préci-pitation –des techniques auxiliaires du pouvoir. D’abré-ger les opérations de collecte, de totalisation et de classe-ment des voix recueillies.
Compter des bulletins
: c’estmaintenant l’objet de cette instrumentation scientifiquequi paraîtra bien élémentaire. Livrer les résultats d’uneélection: n’est-ce pas, à l’heure des enquêtes «sortie desurnes» ou de l’informatique, le signe par excellenced’une
science infuse
? Sauf qu’en portant sur des millionsde votants, l’opération pouvait légitimement inquiéter(Illustration 1). Elle n’avait pas de précédent compa-rable, s’organisait en quelques semaines, portait sur desbulletins qui contenaient, selon les départements, entretrois et trente-quatre noms devant être lus à haute voixlors du dépouillement, avec les prénoms, noms et quali-tés de chaque candidat y compris ceux n’ayant jamaisfait acte de candidature puisqu’il n’était pas juridique-ment requis de se déclarer.La difficulté était réelle. Par comparaison, en 1847, lamoitié des collèges comptait moins de cinq cents électeurset encore les votants n’égalaient pas les inscrits. À Paris,sur les douze arrondissements, deux députés seulementtotalisaient plus de huit cents voix
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. Pour autant, il nes’agit pas ici de s’engager dans ce que les Anglo-saxonsappellent une
disputed autorship
. Nulle intention de
6. Sur ces figures de savantset d’artisans, voir Eva G.R. Taylor,
The Mathematical Practitioners of Tudor and Stuart England
, Cambridge,Cambridge University Press, 1954.7. Ces hommes (Charles Dunoyer,Charles Dupin, Joseph Garnierou Michel Chevalier) trouvaient soutienau Conservatoire des arts et métiersou au Collège de France mais surtoutauprès du ministère Guizot, voir MartinS.Staum, «French Lecturers in PoliticalEconomy, 1815-1848: Varietiesof Liberalism»,
History of Political Economy
, vol. 30, n°1, 1998, pp. 95-120.8. Le
Moniteur
du 22octobre 1847.Lors du débat parlementairede février1831, l’argument du nombreavait servi à dissuader d’abaisser le censen deçà de 240francs: «commentpeut-on à Paris faire votersans confusion 36 à 40 000 électeurs?»,cité dans G.Weil,
Les électionslégislati
v
es…, op. cit.,
p.144.
6
DO
SS
IER
Formes et formalités du vote
Olivier Ihl
Une ingénierie politique. Augustin Cauchy et les électionsdu 23 avril 1848
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