Interview : Benjamin Jean, juriste spécialisé en PropriétéIntellectuelle au sein du groupe Linagora et promoteur dulibre
Pouvons-nous en apprendre plus sur le métier et les services que Linagora offre ?
Initialement Société de Services spécialisée dans les Logiciels Libres, LINAGORA aétendu son activité, en offrant dorénavant : de la formation, de l'assistance et du consultingdans tous les domaines liés au FLOSS (transfert de compétences, mise en place degouvernance open source, appréhension des différentes licences, élaboration de schémadirecteur OS, etc.).Reconnue comme leader et experte en matière logiciels libres et open source, lasociété cherche à renforcer son activité d'expertise et mettre en valeur l'excellence de cescompétences. L'offre juridique en fait partie ;-)
Quel est le lien entre la propriété intellectuelle et le domaine informatique ? N'existe t ilpas une distorsion de terme entre propriété intellectuelle et libre ?
Il existe un «
droit de l'informatique
», qui inclut notamment des notions dePropriété Intellectuelle, néanmoins cette dernière est plus large et les deux domaines serejoignent uniquement dans leur vision de l'informatique comme vecteur de création :l'informatique et Internet ne sont que support et moyen de diffusion de biens susceptiblesd'appréhension par les droits de propriété intellectuelle.Quant à la seconde question : il peut sembler en effet étrange d'associer les termes «Libre » et « Propriété Intellectuelle ». Un objet sujet d'appropriation peut-il être libre – c'est-à-dire à la disposition de tous –, alors que la propriété est au contraire fondée sur le monopole ?Pour la plupart des biens corporels (table, chaise, etc.), l'objet ne le permet pas (car il est rival – c’est à dire qu'il empêche l'usage par les autres – et souvent consomptible – le bien se détruit progressivement par son usage) ; en revanche, on s'aperçoit que la seule limitation, en ce quiconcerne les biens immatériels, réside dans la décision du titulaire de droits. Ainsi, et c'est làle mécanisme sous-jacent aux licences FLOS, il suffit que le titulaire de droits – le « propriétaire » de la création – décide de partager l'exploitation et la jouissance qu'il contrôlesur cette dernière.Le principe du copyleft repose plus encore sur la Propriété Intellectuelle puisqu'enl'absence d'un contrôle sur son logiciel, comment un auteur pourrait-il forcer celui qui modifieson programme à mettre à disposition cette version modifiée dans les mêmes conditions ?
Quels sont les organismes de référence dans le domaine du juridique en informatique ?
C'est une question difficile : il n'y a pas de « référence » dans le domaine, tout au plusquelques organismes plus pertinents que d'autres. Parallèlement à la pratique de nombreuxcabinets d'avocats spécialisés dans l'informatique et la propriété intellectuelle, différentsorganismes gouvernementaux réfléchissant (CSPLA notamment) sur ces problématiques. On
peut noter au passage qu'il est intéressant de constater que de nombreuses initiativescommunautaires se mettent en place pour combler le manque en la matière (je pense à desinitiatives comme Grocklaw, l'OSI,Fossbazaar , etc. aux États-Unis, ou l'OSOR , Veni, Vidi,
LibriouCeCILLen Europe).