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Génèse de l'islam [2]

Génèse de l'islam [2]

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05/11/2014

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L'approche historique des figures religieuses :Muhammad 
 Alfred-Louis de Prémare
Professeur à l'université de Provence
L'approche historique de la personne et de l'action de Muhammad se heurte àune très grande difficulté, celle du traitement des sources disponibles. Pourillustrer cette difficulté, je citerai un historien des débuts de l'islam, MaximeRodinson, deux fois successivement, parlant à deux années de distance. Voicice qu'il disait en 1961 dans l'introduction à sa biographie de Muhammad :"Une biographie de Mahomet qui ne mentionnerait que des faits indubitables,d'une certitude mathématique, serait réduite à quelques pages et d'uneaffreuse sécheresse. Il est pourtant possible de donner de cette vie une imagevraisemblable, parfois très vraisemblable. Mais il faut, pour cela, utiliser desdonnées de sources sur lesquelles nous n'avons que peu de garanties devéracité."1Deux ans après, en 1963, dans un article très riche où il dressait un "Bilan desétudes mohammediennes", il estimait que, quoique délicat à utiliser, le Coranest, "parmi les sources de la biographie de Mohammed, la seule qui soit à peuprès entièrement sûre".2Ces deux citations, un peu paradoxales, nous incitent à examiner la situationintellectuelle dans laquelle nous nous trouvons à propos d'une biographieéventuelle du fondateur de l'islam, ou, au moins, d'une présentationapproximative de sa "figure".
Le Coran est-il "la seule source à peu près sûre" pour une biographie deMuhammad ? 
En disant cela du Coran, M. Rodinson se faisait l'expression d'une sorte deconsensus des historiens des débuts de l'islam qui nous ont précédés. Jusqu'àune date récente, ce consensus s'appuyait sur la certitude qu'avec le Coran, ilsavaient affaire à un document ancien, témoignant de la prédication deMuhammad, et mis par écrit peu de temps après la mort du fondateur (632),durant le califat de 'Othmân, son troisième successeur (644-656). Cette basede départ était confortée par les travaux historico-critiques des orientalistesallemands de l'école de Nöldeke, à la fin du XIXème et au début du XXèmesiècle. 3Mais cette certitude a été battue en brèche, depuis, par différents chercheurs.D'une part, c'est de sources islamiques tardives et unilatérales que noustenons l'affirmation que le Coran est entièrement la prédication deMuhammad. D'autre part, l'examen du Coran lui-même nous indique que celivre est un corpus, la compilation de traditions fragmentaires et souvent hétérogènes, dont certaines peuvent être anciennes, mais dont d'autresportent la marque de son histoire éditoriale bien au-delà du califat de'Othmân.
 
Pour ma part, lorsque je lis le Coran, je trouve étrange que l'on ait pu leconsidérer comme étant la seule base, "à peu près sûre", pour établir unebiographie du fondateur de l'islam. En effet, le Coran ne se présenteabsolument pas comme un document historico-narratif. Il ne comporte aucunenarration sur Muhammad ou sur les événements du début de l'islam, àl'exception de quelques bribes purement allusives. Cette base estimée "sûre"me semble bien aléatoire lorsqu'il s'agit d'histoire et, plus particulièrement, de"biographie", où il s'agit "d'écrire une
Vie
" et de présenter son personnagecentral. J'évoquerai quelques illustrations de ce caractère aléatoire, faute de nepouvoir aller plus loin dans le cadre limité de cet exposé. Ces illustrations sont,cependant, significatives.Le nom de Muhammad n'apparaît que quatre fois dans le Coran : deux foispour affirmer qu'il est l'envoyé de Dieu, une fois pour dire que le Coran est "descendu" sur lui, et une fois pour dire, dans un contexte particulierconcernant une allusion à l'un de ses mariages contestés, qu'il est le sceau desprophètes. C'est même le seul cas où, à côté de Muhammad, apparaît le nom del'un de ses compagnons, Zayd. Mis à part ce Zayd, dont on nous parlera ailleursque dans le Coran, rien n'est dit, dans celui-ci, sur les grands "Compagnons"historiques figurant dans toute biographie de Muhammad comme étant, à sescôtés, des sortes de co-fondateurs : Abû-Bakr, 'Omar, 'Othmân, 'Alî, et beaucoupd'autres. Rien sur ceux qui auraient été ses scribes, ses familiers, etc. Plusieursfois, il est fait allusion à certaines de ses épouses, mais de façon trèscontournée, et sans jamais qu'aucun nom n'en soit donné. S'il fallait nousappuyer uniquement sur le Coran, nous serions bien en peine de savoir de quiil s'agit ni, surtout, de quoi il s'agit.Le nom de La Mecque n'apparaît qu'une fois (48,23) à propos d'un événement sur lequel, à s'en tenir au texte, on se demande de quoi il s'agit. Le nom deQuraysh, la tribu mecquoise de Muhammad, apparaît une fois seulement, dansun petit texte archaïque et tronqué, difficile à situer dans un contexte précis,où il n'est même pas indiqué que c'était la tribu de Muhammad et desprincipaux compagnons fondateurs ; ce texte de quelques lignes qui constitueactuellement la sourate 106 a fait couler beaucoup d'encre et d'imaginationsur son interprétation possible. Aucun autre nom de tribu du Hedjâzn'apparaît dans le volume.Ce n'est donc pas par le Coran que nous pouvons connaître certains élémentsimportants du milieu socio-historique dans lequel est né l'islam, ni mêmequelques données sûres sur la figure de son fondateur.Nous avons deux allusions à deux expéditions militaires : une bataille à Badr,une fois (3,123) ; une bataille à Hunayn, une fois (9,25) ; chaque fois pour direque Dieu avait assisté les musulmans. Ceci, sur le plan de l'information, est plutôt maigre lorsqu'on connaît les développements pléthoriques ultérieursde la littérature islamique sur la bataille de Badr, par exemple : c'est la gesteislamique guerrière par excellence, dont les développements littéraires tardifstraceront le cadre dans lequel furent définies les lois sur la répartition dubutin.Le nom de la ville de l'Hégire, Yathrib (la future Médine), figure une seule fois(33,13-14), apparemment dans un contexte de dissension et de guerre, maisl'indication en est purement allusive. C'est bien maigre lorsqu'on apprend parailleurs l'importance de l'hégire à Yathrib, qui fut l'an I de l'ère islamique. Le
 
nom de "Médine"(
al-madîna
), littéralement "la ville", apparaît éventuellement trois fois, si toutefois il s'agit de
la ville
du prophète, c'est-à-dire Yathrib ; c'est,chaque fois, dans des indications purement allusives, sans qu'aucune précisionne soit donnée sur le contexte. Si le mot veut désigner Médine, on peut mêmese demander, parfois, s'il s'agit de la Médine du temps de Muhammad (33,60 ;9,101 et 120).En fait, les pôles historiques, géographiques et sociaux, que nousjugerions essentiels pour servir à une éventuelle biographie, se réduisent àcela. C'est bien peu.De plus, si nous parcourons les textes faisant allusion à quelque événement, ouà des controverses, nous en ressortons généralement avec la questionsuivante : qui parle à qui, de qui ou de quoi et dans quelles circonstances detemps ou de lieu ? Il n'existe aucun cadre narratif, fût-il fictif, qui puisse nousaider à y voir un peu plus clair. Qui sont "les Fils d'Israël" ? ceux de l'ancientemps ou ceux des débuts de l'islam ? et à quels temps de ces débuts ? Lesjuifs, les chrétiens, les hypocrites : qui sont-ils, à quels moments, en quelslieux ? "Les infidèles disent" : qui sont ces infidèles ? , etc. La littérature descommentaires essaiera de recomposer, pour chacune de ces allusions, uncadre historico-narratif. Mais cette littérature ne commencera à se faire jour et à quitter le domaine insaisissable d'une transmission que l'on qualifie d'oraleque près de cent ans après la mort du fondateur, et les explications en seront très souvent contradictoires. Je reparlerai de cela dans un instant à propos dela littérature dite des "circonstances de la révélation".
Maigreur des sources et des données documentaires externes sur leberceau de l'islam.
Les données externes, archéologiques et épigraphiques concernant l'Arabieoccidentale, le Hedjaz, au début du VIIème siècle, qui pourraient pallier cetteindigence et nous aider à situer les textes coraniques dans un ensemble, sont tout aussi maigres.Ces données existent avec une relative abondance pour le Yémen jusqu'à la findu VIème siècle. Les inscriptions sud-arabiques ne manquent pas jusqu'à cetteépoque. Elles permettent d'appuyer les données historico-littéraires fourniespar les auteurs du VIème siècle, par exemple le
Livre des guerres
de Procope,historien de Justinien, Empereur romain d'Orient (527-565). De plus, le Yémenétait un pays de vieille civilisation sédentaire. Nous en avons des vestiges et des données sûres : par exemple la fameuse digue de Ma'rib sur le fleuveDhana, et les attestations des derniers travaux entrepris pour sa réparation en549 sous le règne du roi du Yémen Abraha, le royaume yéménite étant alorsdans la mouvance chrétienne : ceci, avec bien d'autres données, est inscrit dans un très long texte gravé sur la fameuse stèle de Ma'rib.Mais à l'époque des débuts de l'islam, plus de soixante-dix ans après, cettedigue n'était plus en usage et avait été conquise par le désert. Un passage duCoran y fait allusion (34,15-17) : le texte coranique voit dans cette usure dutemps le châtiment de Dieu sur le peuple infidèle des Saba', dénominationantique de la population sud-arabique à partir de sa tribu dominante. Commeon sait, le royaume sud-arabique de Saba' est antérieur à notre ère deplusieurs siècles. Le Coran ne donne donc aucune information historique surce que Muhammad aurait pu voir de ces vestiges. Son objet est d'annoncer lechâtiment apocalyptique destiné aux infidèles. Saba' et Ma'rib sont seulement des
exempla
antiques appropriés à cette annonce, comme bien d'autres sur lesanciens peuples disparus.

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