/  3
 
Chapitre 3. L
ʼ
ère de la démocratie. (pages 51 à 99)
________________________________________________________________________
1. L
ʼ
idée démocratique.
Au XIX
e
siècle, la démocratie est surtout en rupture avec l
ʼ
ordre et la société dulibéralisme.
1.1. L
ʼ
égalité.L
ʼ
idée démocratique refuse les distinctions, les restrictions. Ainsi la démocratie revendiquel
ʼ
abolition du cens, le droit de vote pour tous, tout de suite. Le critère le moinsincontestable de la démocratisation au XIX
e
siècle des sociétés politiques est lachronologie des dates auxquelles les différents pays adoptent le suffrage universel.
1.2. Souveraineté populaire.Quand les libéraux parlent de souveraineté nationale, ils entendent que la nation, commeentité collective, est bien souveraine, cette souveraineté n
ʼ
étant exercée, dans la pratique,que par une minorité de citoyens. La souveraineté populaire implique que le peuple estsouverain, c
ʼ
est-à-dire la totalité des individus, y compris les masses populaires.
1.3. Les libertés.Avec les libéraux, l
ʼ
exercice des libertés était reconnu à ceux qui en avaient déjà lescapacités intellectuelles ou économiques. Les démocrates effacent ces restrictions etrevendiquent la liberté pour tous.
1.4. Les conditions d
ʼ
exercice des libertés.Les démocrates se préoccupent aussi des moyens d
ʼ
exercer cette liberté. Les libéraux secontent d
ʼ
inscrire un principe dans la loi; les démocrates veulent veiller à son application.D
ʼ
l
ʼ
intervention possible de l
ʼ
Etat dans les relations interindividuelles pour corriger lesinégalités.
1.5. L
ʼ
égalité sociale.
2. Démocratie et forces sociales.
2.1. Les facteurs de changement et les nouveaux types sociaux.La révolution technique suscite de nouvelles formes d
ʼ
activité professionnelle, modifie lesconditions de travail et engendre des types sociaux nouveaux.Un patronat différent du négociant-entrepreneur ou du manufacturier du XVIII
e
siècleémerge; plus étroitement lié à la banque. Ce patronat est important par son pouvoiréconomique; mais il ne compte guère au niveau politique.Les ouvriers d
ʼ
industrie forment une classe nouvelle et importante numériquement,composée de gens venus de la campagne pour trouver du travail en ville. Mais cetteclasse ouvrière reste longtemps passive politiquement. Les élites de cette classe adhèrentà des doctrines révolutionnaires qui ne croient pas en la démocratie politique(anarchisme).La société rurale demeure traditionnelle, respecte l
ʼ
ordre établi. Elle est largementconservatrice comme l
ʼ
illustrent les élections françaises de 1848, 1849 et 1871.La démocratie trouve en fait son soutien dans ce qu
ʼ
on appelle au XIX
e
siècle “la classemoyenne” (au XX
e
siècle, le pluriel l
ʼ
a emporté). Par exemple, la révolution des transportscrée un nouveau type professionnel, le cheminot. Environ 500 000 en France. Cescheminots sont assurés de la stabilité de l
ʼ
emploi et peuvent obtenir une promotionprofessionnelle: ce qui les distingue des prolétaires. De même le développement desbanques et des grands magasins favorisent le type professionnel de l
ʼ
employé.Le développement de l
ʼ
administration d
ʼ
Etat au XIX
e
siècle aboutit à la constitution d
ʼ
unepetite bourgeoisie.La diffusion du journalisme et de l
ʼ
instruction concourent à façonner cette classe moyenne.Comme au XIX
e
siècle l
ʼ
enseignement secondaire reste l
ʼ
apanage de la haute
Michel Lévêque
www.lethiboniste.blogspot.com
FicheR. Rémond,
Le XIX 
siècle: 1815-1914 
5
 
bourgeoisie, les employés et les petits fonctionnaires ont fait des études dans des courscomplémentaires qui prolongent l
ʼ
enseignement primaire. Le baccalauréat demeure labarrière entre la bourgeoisie traditionnelle et les classes moyennes.
2.2. Les diverses sociétés juxtaposées.Ces modifications n
ʼ
entraînent pas la disparition des types sociaux plus anciens, elles encréent de nouveaux qui viennent s
ʼ
ajouter.L
ʼ
apparition de cette société nouvelle, dont les traits constitutifs sont la ville, l
ʼ
industrie, lesalariat, s
ʼ
opère lentement, à des rythmes inégaux selon que les pays sont à l
ʼ
ouest, aucentre ou à l
ʼ
extrémité orientale de l
ʼ
Europe. C
ʼ
est autour des années 1840-1860 que laFrance change de physionomie.La Révolution n
ʼ
a nulle part réussi à déraciner complètement la société aristocratique desgrands propriétaires résidant sur leurs terres ou les faisant administrer. En 1914, lanoblesse européenne tient encore une place sans commune mesure avec son importancenumérique.La société bourgeoise a accédé au pouvoir avec le libéralisme. Elle doit sa réussite à sontravail acharné, à l
ʼ
argent qu
ʼ
elle a su épargner et à son instruction. Sous la pression desmasses populaires, devant la menace que représente la démocratie, elle tend à serapprocher de l
ʼ
aristocratie.La troisième composante, formée du petit peuple, de la bourgeoisie des classesmoyennes, des ouvriers et des paysans, est hétérogène, avec des intérêts divergents. Lesclasses populaires inspirent aux classes dirigeantes du XIX
e
siècle une terreur dont nousn
ʼ
avons plus idée.
3. Les étapes de la marche des sociétés vers la démocratie politique etsociale: les institutions et la vie politique.
3.1. Les régimes politiques.La démocratie n
ʼ
est pas un commencement: entre elle et l
ʼ
Ancien Régime, il y a eu l
ʼ
âgelibéral, sauf en Europe orientale.L
ʼ
établissement du suffrage universel s
ʼ
est fait presque partout par étapes, plus ou moinsnombreuses, plus ou moins espacées. Le suffrage universel a été précédé d
ʼ
uneexpérience plus ou moins longue du suffrage restreint. Les Etats-Unis sont les premiers,dans les années 1820-30. La France vient en seconde position, en 1848 (pour leshommes seulement, 1944 pour les femmes aussi). Dans les autres pays comme laGrande-Bretagne, la réforme est plus lente, avec des transitions (1832, 1867, 1884-5,1918).Pour être pleinement démocratique, le vote doit aussi être pleinement libre: aucunepression sur les électeurs, une consultation sincère, un dépouillement honnête. C
ʼ
est en1914 que l
ʼ
enveloppe et l
ʼ
isoloir apparaissent en France.La démocratie implique aussi que tout citoyen puisse se porter candidat.Il faut également assurer l
ʼ
égalité réelle, d
ʼ
l
ʼ
institution de l
ʼ
indemnité parlementaire(1848 en France, 1911 en Grande-Bretagne).Quand la démocratie arrive au pouvoir, elle hérite le plus souvent du bicaméralisme desrégimes libéraux. Progressivement, la base électorale de la chambre haute est alorsélargie et les sièges inamovibles, supprimés.La répartition des compétences entre les deux chambres évolue aussi, en faveur de lachambre basse, démocratiquement élue; comme en Grande-Bretagne après la crise de1910-11.La démocratie parlementaire n
ʼ
est pas, au XIX
e
siècle, la seule expression de ladémocratie. Les démocrates sont plutôt favorables à la démocratie directe et autoritaire.Du fait du rôle grandissant des consultations électorales, les partis politiques modernesapparaissent. Intermédiaires entre les individus et les institutions, ils sélectionnent des
Michel Lévêque
www.lethiboniste.blogspot.com
FicheR. Rémond,
Le XIX 
siècle: 1815-1914 
6

Share & Embed

More from this user

Add a Comment

Characters: ...