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La vérité - Cours de philosophieLa vérité
 Approcher le problème
de la
vérité
suppose en premier lieu de briser
l
’identification «non philosophique» entre vérité et
réalité
. Nous avons tendance à jugerque ce qui est vrai est ce qui est réel. Pourtant, on ne peut
qu
’admettre la différencesuivante: supposons que je regarde le soleil, je dirai sans hésitation qu’il est réel; maisquel sens y aurait-
il à
dire que le soleil est vrai? Lorsque j’affirme que quelque chose estréel, je ne fais rien d’autre que reconnaître son
existence
. La vérité semble exiger autrechose qu’une telle reconnaissance. Dans notre exemple, ce n’est pas le soleil lui-même quipeut être dit vrai ou faux mais notre représentation ou notre
jugement
: si je dis «cela est
le
soleil» en désignant la lune, alors mon affirmation sera fausse tandis que si je désignele soleil elle sera vraie. La distinction de la vérité et de la réalité se dévoile encore si l’onreprend un exemple de Descartes: en effet, nous pouvons avoir en notre esprit desreprésentations qui ne sont
qu
’imaginaires (ex: la représentation d’une Chimère) doncfausses car ne renvoyant à rien d’existant en dehors d’elles, et qui pourtant ont unecertaine réalité en tant qu’elles sont bien des choses dans notre esprit. Ayant ainsiexplicité la différence de la vérité et de la réalité, il n’en faut pas pour
autant conclure que
ces deux concepts sont sans rapports aucun. C’est même autour de la question de cesrapports que s’affrontent les différentes conceptions de la vérité. On peut en effet prendrecomme critère de vérité d’un jugement sa conformité avec la réalité. C’est la thèse de la
vérité
-correspondance
. Inversement, on peut penser que la vérité se définit avant tout par
la
cohérence de la pensée avec elle
-même, l’
accord qu
’elle manifeste entre ses différentesassertions. Étant donné notamment l’abîme ontologique qui sépare une idée d’une chose,la conformité du
rapport
de la pensée à la réalité ne peut être évalué immédiatement.C’est la thèse de la
vérité
-cohérence
. Les différentes théories de la vérité que nous allons àprésent exposer se distribuent assez bien autour de ces deux pôles sans toutefois s’
y
réduire dans la mesure où elles fournissent chacune des contributions originales qui ne selaisse enfermer dans aucun modèle prédéfini.
 
La vérité métaphysique
«il est absolument nécessaire que Dieu ait en lui-même les idées
de tous les êtres qu
’il a créés, puisque autrement il n’aurait pas pu lesproduire, et qu’ainsi il voit tous ces êtres en considérant lesperfections qu’il renferme auxquelles ils ont rapport(…) il est certainque l’esprit peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu, supposé que Dieuveuille bien lui découvrir ce qu’il y a dans lui qui les représente.»
Malebranche, De la recherche de la vérité.
  Débutons en exposant la conception métaphysique (dogmatique) de la vérité,dont il faut reconnaître
qu
elle n
’est pas étrangère à la diffusion de la confusion de lavérité et de la réalité. En effet,
Platon
pense la vérité comme indépendante de la penséeet du discours. Il y a selon lui une réalité vraie qui ne s’oppose pas tant à une «réalitéfausse»
qu
’à une réalité dégradée et aux apparences qui la constituent. Le mondesensible, auquel nous sommes attachés en raison de notre corporéité, est un monde ayantun faible degré de réalité en ce sens qu’
il est peuplé de
copies
des Idées intelligibles. Or cesont bien ces dernières qui constituent la vérité et cette vérité n’est pas une propriété dela pensée mais bien un autre être, un autre monde, le monde des Idées. Chez Platon, lavérité ne s’accorde pas simplement avec la réalité,
c
est elle
-même qui est érigée enréalité, absolue, immuable, éternelle. La pensée grecque du
logos
, en tant que désignantsimultanément le
discours
vrai et l’
être
ou réalité révélé dans le discours, est à la source
d
’une telle identification de la vérité et de la réalité chez Platon. On retrouve une conception analogue dans le christianisme dans lequel estposée l’identité de Dieu et de la vérité (plus encore le dogme même de la Création sembleindiquer que
toutes
les choses sensibles reflètent l’archétype divin). Les réflexions deDescartes et Malebranche sur la nature des idées ne sont pas étrangères à cetteconception. Pour
Descartes
, les idées claires et distinctes, vraies (idées qui sont descréations de Dieu), représentent
immédiatement
des natures simples, autrement dit desréalités: c’est le cas par exemple
de l
’idée d’
étendue
(l
’étendue étant constitutive de laréalité
matérielle) et de l
idée
de pensée (la pensée étant constitutive de la réalitéspirituelle).
Malebranche
quant à lui pense que puisque les idées sont éternelles etimmuables, elles ne peuvent résider que dans un être qui possède lui aussi ces prédicats,
c
’est-à-dire Dieu.L’esprit humain est incapable de faire naître de telles idées par lui-même (seul un orgueil démesuré peut le faire même); il ne possède donc pas ces idées;chaque fois qu’il s’y rapporte, c’est en réalité qu’
il les
contemple en Dieu; c’
est la célèbre
thèse de la
vision en Dieu
.
Idées, propositions, réalité
 
«La première signification donc de Vrai et de Faux semble avoirtiré son origine des récits; et l’on a dit vrai un récit quand le faitraconté était réellement arrivé; faux, quand le fait raconté n’étaitarrivé nulle part. Plus tard, les Philosophes ont employé le
mot pour
désigner l’accord d’une idée avec son objet; ainsi, l’on appelle idéevraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même; faussecelle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité.»Spinoza, Pensées métaphysiques.
 La nature de
l
’idée, en tant que représentant
formellement
une chose qu’
elle n
’estpas, rattache cependant Descartes et Malebranche à une pensée qui n’est plus
celle de
l
’identité entre vérité et réalité mais celle de la conformité de
l
’idée à la chose :«aedequatio rei et intellectus» écrit Saint-Thomas. Cette formule a l’avantage desouligner l’écart qui sépare la représentation ou la proposition de la réalité, écart qui leurinterdit de se
fondre l
’une dans l’autre; ce n’est plus une identité qui est postulée, maisun accord, une correspondance, une adéquation. Cette thèse, qui a été qualifiée de
réaliste
, trouve son origine dans la pensée d’
Aristote
qui se sépare de la conceptionplatonicienne. Aristote définit la vérité comme la conformité de la proposition, de ce quiest dit, à la réalité. La proposition est vraie si les faits dont elle rend compte sont tels
qu
elle les
décrit; elle est fausse si les faits sont autrement qu’
elle ne les
décrit.Cette conception de la vérité a traversé toute l’histoire de la philosophie et l’onpeut dire
que c
’est Kant le premier qui l’a profondément contesté. Mais avant de présenterune telle remise en question, nous voudrions montrer comment certains philosophes du20
ème
siècle ont pu continuer à défendre cette position. C’est le cas de
Russel
pour quitoute proposition douée de sens doit, en droit sinon en fait, pouvoir être vérifiée ouinfirmée, être dite vraie ou fausse. C’est la
correspondance
avec un état de choses quirend une proposition vraie. Le fait que nous n’ayons actuellement aucune possibilité desavoir s’il y a correspondance ou absence de correspondance ne change rien à cettedéfinition
logique
(répondant au principe du tiers-exclu selon lequel une proposition est soitvraie, soit fausse, mais ne peut pas être autre chose.)
Tarski
quant à lui pose cettedéfinition à première vue étrange: «A est B» est vraie si et seulement si A est B. Ici, lesguillemets ont une importance capitale. «A est B»
dénote l
’usage d’un métalangage qui
permet de parler de la
proposition et qui est opposé au langage-objet utilisé pour parler deschoses (A est B). La vérité est un prédicat qui appartient au métalangage; elle estconférée à une proposition lorsque ce que décrit celle-ci est conforme à la réalité.
La vérité-forme
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