3
Un mauvais exemple ? Conquête et reconquête, djihad et croisade.
Même lorsque l’Empire Romain était devenu chrétien et avait interdit le paganisme sur sonterritoire, jamais il n’avait eu l’idée d’élargir ses frontières pour faire progresser la foi. Etait-ce parvertu ou par impuissance militaire? Peu importe. L’initiative de ce genre de conquête revint auxpremiers successeurs du Prophète. La leçon ne fut pas perdue, notamment par Charlemagne, qui iraplus loin encore en imposant aux Saxons vaincus le choix entre le baptême et le massacre.Certes, la forme guerrière de la lutte pour Dieu, ou
djihad
,
n’en est pas, nous disent les musul-mans, la forme la plus haute ; la lutte sur soi-même lui est supérieure. Il n’empêche que c’est le djihadguerrier et conquérant que la chrétienté médiévale a dû affronter et subir. Que quelques villes chrétien-nes aient capitulé sans bataille n'y change rien : c'était toujours une armée qui avançait. La conquêteappelle la reconquête, le djihad suscite en retour la croisade. La guerre, hélas ! est devenue sainte.
Les chemins détournés de la culture.
L’expansion arabe n’a pas eu sur la chrétienté que ces conséquences néfastes. Les conquérantsmusulmans, indifférents et même méfiants à l’égard de la culture grecque sous son aspect littéraire, ontsenti très vite qu’en matière de sciences, d’astronomie, d’agronomie, de médecine, ils pouvaientapprendre beaucoup de leurs nouveaux sujets. Ils ont fait traduire de nombreuses oeuvres techniqueshéritées de l’Antiquité grecque, et parmi ces textes il faut compter les traités philosophiques, principa-lement ceux d’Aristote, qui s’occupent des règles de la pensée et de la connaissance vraie : il y a uneprépondérance de la logique dans l’intérêt porté par les arabes à la philosophie antique. Les chrétiensde Syrie et d’Egypte, lorsqu’ils eurent appris la langue de leurs maîtres, furent ces traducteurs. De là,cette culture antique de caractère philosophique et technique alla irriguer l’Espagne arabe, où elle futabondamment lue et commentée, et c’est de là qu’au bout de plusieurs siècles elle viendra stimuler,non sans controverses, la réflexion de nos grands scolastiques de l’âge d’or de la chrétienté médiévale.
2. La renaissance carolingienne.
Lorsque Pépin, le père de Charlemagne, déposa en 751 le dernier roi mérovingien et fut lui-même sacré roi des Francs par le légat du pape (ce fut le premier sacre de notre histoire), ce ne sont passeulement les institutions politiques et la société qu’il fallait relever de leur déliquescence, l’Egliseaussi était en piteux état.Rome et la papauté se trouvaient sur un territoire resté officiellement jusque-là partie intégrantede l’Empire byzantin, mais celui-ci était bien incapable de les défendre contre les empiétements denouveaux envahisseurs d’origine germanique, les Lombards, et le pape avait dû faire appel à Pépin. Enpays franc, l’institution ecclésiastique était désorganisée, la plupart des églises de la campagne étaientpropriété privée d’un seigneur (le système féodal commence à se constituer) qui nommait le curé, prissouvent parmi ses serfs, et l’évêque n’avait guère d’autorité sur ces curés. Des évêques de leur côtés’étaient approprié les revenus d’abbayes, ou ceux-ci avaient été donnés par l’autorité royale à des laïcsen récompense de leur service en armes contre les Sarrasins.C’est outre-Manche que l’Eglise manifestait le mieux sa vitalité : après les Celtes d’Irlande,très actifs autour de 600 (c’était alors que saint Colomban était allé fonder des monastères en France eten Italie), les Anglo-Saxons avaient pris le relais. Les héritiers de saint Augustin de Cantorbéry ne secontentèrent pas de parachever la mission chez eux autour de nombreux monastères, mais ils allèrentsur le continent évangéliser leurs cousins germaniques encore païens. Le moine puis évêque Winfrith,qui prit le nom de Boniface lors d’un séjour à Rome, reste le plus illustre et le plus efficace de cesmissionnaires, mais il ne fut pas le seul. De la Frise à la Bavière, il fonda des évêchés et des abbayes. Ilmourut martyr en 754, massacré en Frise au cours d’une tournée de prédication. Rome avait envoyésaint Augustin en Angleterre, et maintenant saint Boniface en Allemagne : les Eglises fondées dans cesconditions ne se posaient pas la question de l’autorité romaine à leur égard, celle-ci allait de soi.
Leave a Comment