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INGT SIECLES DE CHRISTIANISME
L'EGLISE AU MOYEN AGE
 
En 636, Isidore de Séville est mort, ayant achevé son oeuvre de rassemblement du savoirantique et patristique. L’année précédente, l’armée musulmane a ravi Damas à l’Empire chrétien deByzance, et Damas va devenir la capitale d’un Empire arabo-islamique, qui s’empare de la ville saintede Jérusalem dès 638.En 1453, Constantinople
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tombe aux mains des Turcs. Un ou deux ans plus tard (la date exactereste incertaine), la première Bible imprimée paraît à Mayence. Mais ce n’est qu’en 1492 que lachrétienté espagnole achèvera sa reconquête en prenant Grenade, et que Colomb découvrira un Nou-veau Monde.Entre ces deux époques, plus de huit siècles. Moins encore qu’ailleurs il n’est possible de toutraconter. On mettra donc en valeur quelques moments et quelques thèmes. Il a fallu choisir.
1. Les conséquences de la conquête arabo-musulmane.
En un siècle, à partir de 632 (mort du Prophète), les armées arabes ont porté l’Islam loin danstoutes les directions. Des régions profondément christianisées ont été ainsi submergées, au Proche-Orient bien sûr, mais aussi par la rive sud de la Méditerranée jusqu’en Espagne, presque totalementsoumise (quelques cantons résistent dans les Asturies) et jusqu’à Poitiers où une incursion arabe estarrêtée en 732. Pour le monde chrétien, les conséquences sont considérables.
 Les chrétiens sous domination musulmane.
Selon le Coran, les musulmans, qui peuvent mettre à mort les païens qui s’obstinent dans lepolythéisme, doivent respecter les "gens du Livre", juifs et chrétiens, et les protéger. Cette protectionne va pas sans dispositions particulières onéreuses et à l’occasion humiliantes : impôt spécial, vête-ments distinctifs, interdiction d’aller à cheval, etc. Les enfants d’un musulman et d’une chrétienne (lesnoces dans l’autre sens sont interdites) sont automatiquement musulmans, et comme l’apostasie d’unmusulman est passible de mort, cette disposition a fait des martyrs lorsque des enfants ont voulu suivrela religion de leur mère, ou lorsque d’anciens chrétiens ont voulu revenir sur une conversion à l’Islamquelque peu provoquée. Cela s’est produit même dans cette Andalousie musulmane souvent présentéecomme un lieu idéal de coexistence. La pression officielle ou de fait exercée sur les chrétiens a variéselon les lieux et les époques. Le désir d’échapper à l’impôt spécial a pu inciter des chrétiens peuconvaincus à changer de religion, et l’intérêt financier pousser au contraire l’Etat arabo-musulman à nepas trop rechercher les conversions. D’ordinaire, les chrétiens restent majoritaires au cours du sièclequi suit la conquête, mais bientôt leur importance relative dans la population diminue, de manièrevariable selon les régions.On renonce ici à exposer dans le détail ce que sont devenues les Eglises chrétiennes des régionsque nous appelons maintenant l’Irak et l’Iran. Elles se sont étiolées peu à peu au cours des siècles.C’est en Irak qu’elles se sont le mieux maintenues, jusqu’à nos jours. L’Eglise nestorienne, en particu-lier, n’a pas mis fin aussitôt à ses entreprises missionnaires vers l’Orient, comme l’atteste une stèledécouverte dans la capitale de la Chine de cette époque, et gravée en 781.
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Byzance est le nom que la ville portait avant sa refondation par Constantin en 330, et le nom qu'on continue à donner àl'Empire dont elle fut la capitale.
 
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En Syrie-Palestine, où l’hostilité à la domination byzantine était vive, la conquête arabe n’avaitpas été mal accueillie, et des chrétiens occupèrent de hauts postes administratifs auprès des premierscalifes de Damas. Le père de saint Jean de Damas fut l’un d’entre eux. Les monastères demeurèrentnombreux, les pèlerinages et les fêtes célébrés avec solennité (et les musulmans ne dédaignaient pas departiciper aux réjouissances), de nombreux ouvrages de controverse, de théologie et de spiritualitéfurent écrits, constituant une littérature chrétienne arabe peu connue en Occident. La vitalité de cettechrétienté, issue directement des premiers disciples mais divisée en multiples fractions sur des basesdoctrinales (orthodoxie, nestorianisme, monophysisme) et linguistiques, n’a pu empêcher une lenteérosion : sauf au Liban, les chrétiens sont aujourd’hui moins de dix pour cent dans ces régions.En Egypte, le patriarcat d’Alexandrie, traditionnellement rival de celui de Constantinople, avaitchoisi massivement le monophysisme. Sa cohésion ne l’a pas empêché, certes, de devenir minoritairedans une Egypte arabisée et progressivement islamisée, mais les coptes, comme on les appelle désor-mais, ont résisté à la pression ambiante et à des périodes difficiles. Ils constituent aujourd’hui lacommunauté la plus massive de chrétiens en monde arabe, quelque six millions. Avec le recul dutemps, aussi bien Rome que Constantinople ont reconnu récemment que les divergences doctrinales nesont plus exactement ce qu’on avait pensé et que la foi au Christ Dieu et homme de cette Eglise"monophysite" est substantiellement la même que la nôtre sous une expression différente. L’Eglise desaint Athanase et de saint Cyrille a maintenu vigoureusement notre foi dans le pays qui, avecl’Université al Azhar, est aussi depuis la fin du dixième siècle le haut lieu de la pensée musulmane.De l’antique chrétienté africaine de saint Cyprien et de saint Augustin, il n’est rien resté. Laconquête musulmane avait rencontré une forte résistance durant une trentaine d’années dans le nord del’actuelle Tunisie. C’est ensuite que le ressort s’est cassé. En Afrique du Nord, on compte une quaran-taine d’évêques au huitième siècle, cinq en 1053, deux en 1076. Les derniers chrétiens disparaissent audébut du douzième siècle.La péninsule ibérique ne fut pas conquise entièrement. Un petit réduit chrétien indépendantréussit à se préserver dans les Asturies (bataille de Covadonga, 722) : il fut la base de la Reconquête,qui dura plus de sept siècles. L’Andalousie musulmane fut longtemps un lieu d’échanges culturels oùdialoguaient juifs, chrétiens et musulmans. Avec le temps, il se produisit un phénomène curieux maiscompréhensible : à mesure que la Reconquête progressait vers le sud, le christianisme s’affaiblissaitdans les régions encore régies par des souverains arabes, car les chrétiens, lorsqu’ils s’y trouvaient endifficulté, avaient de plus en plus le recours d’une émigration vers le nord. Les traditions du christia-nisme de l’ancienne Espagne wisigothique, perpétuées par l’Eglise sous domination arabe (c’est cequ’on appelle le christianisme mozarabe) disparurent ainsi peu à peu, tandis que les royaumes chrétiensdu nord adoptaient les rites et les traditions du christianisme d’outre-Pyrénées et de Rome.
 Rétrécissement et fragmentation du monde chrétien.
Au moment de la conquête arabe, la chrétienté ne dépassait pas au nord le Rhin et le Danube, laGrande-Bretagne relevait encore largement de la mission. L’amputation fut énorme, les terres perduesreprésentaient à peu près la moitié du monde chrétien. Certes, on l’a vu, il restait des chrétiens et desEglises en zone musulmane, mais leur participation à la vie de l’Eglise universelle était compromise etdevenait intermittente : c’était le cas des antiques patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem.En zone chrétienne, Rome et Constantinople restaient seuls face à face, et entre eux la Méditerranée neconstituait plus une voie sûre de communication. Simultanément la descente des Slaves, alors païens,sur les Balkans et même jusqu’en Grèce, enfonçait un coin entre les deux villes sur la route terrestre.Chacun était plus préoccupé par le danger proche, en Espagne, en Méditerranée centrale, ou face à laSyrie des califes, que par ce qui se passait à l’autre extrémité de la chrétienté. Le latin était demeuré jusqu’alors la langue de l’administration impériale byzantine, il céda la place au grec. Lorsque vinrent,plus tard, les crises les plus graves entre l’Orient et l’Occident chrétiens, l’habitude de vivre ensemble,de réagir ensemble aux problèmes, de penser ensemble, était déjà largement perdue.
 
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Un mauvais exemple ? Conquête et reconquête, djihad et croisade.
Même lorsque l’Empire Romain était devenu chrétien et avait interdit le paganisme sur sonterritoire, jamais il n’avait eu l’idée d’élargir ses frontières pour faire progresser la foi. Etait-ce parvertu ou par impuissance militaire? Peu importe. L’initiative de ce genre de conquête revint auxpremiers successeurs du Prophète. La leçon ne fut pas perdue, notamment par Charlemagne, qui iraplus loin encore en imposant aux Saxons vaincus le choix entre le baptême et le massacre.Certes, la forme guerrière de la lutte pour Dieu, ou
djihad 
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n’en est pas, nous disent les musul-mans, la forme la plus haute ; la lutte sur soi-même lui est supérieure. Il n’empêche que c’est le djihadguerrier et conquérant que la chrétienté médiévale a dû affronter et subir. Que quelques villes chrétien-nes aient capitulé sans bataille n'y change rien : c'était toujours une armée qui avançait. La conquêteappelle la reconquête, le djihad suscite en retour la croisade. La guerre, hélas ! est devenue sainte.
 Les chemins détournés de la culture.
L’expansion arabe n’a pas eu sur la chrétienté que ces conséquences néfastes. Les conquérantsmusulmans, indifférents et même méfiants à l’égard de la culture grecque sous son aspect littéraire, ontsenti très vite qu’en matière de sciences, d’astronomie, d’agronomie, de médecine, ils pouvaientapprendre beaucoup de leurs nouveaux sujets. Ils ont fait traduire de nombreuses oeuvres techniqueshéritées de l’Antiquité grecque, et parmi ces textes il faut compter les traités philosophiques, principa-lement ceux d’Aristote, qui s’occupent des règles de la pensée et de la connaissance vraie : il y a uneprépondérance de la logique dans l’intérêt porté par les arabes à la philosophie antique. Les chrétiensde Syrie et d’Egypte, lorsqu’ils eurent appris la langue de leurs maîtres, furent ces traducteurs. De là,cette culture antique de caractère philosophique et technique alla irriguer l’Espagne arabe, où elle futabondamment lue et commentée, et c’est de là qu’au bout de plusieurs siècles elle viendra stimuler,non sans controverses, la réflexion de nos grands scolastiques de l’âge d’or de la chrétienté médiévale.
2. La renaissance carolingienne.
Lorsque Pépin, le père de Charlemagne, déposa en 751 le dernier roi mérovingien et fut lui-même sacré roi des Francs par le légat du pape (ce fut le premier sacre de notre histoire), ce ne sont passeulement les institutions politiques et la société qu’il fallait relever de leur déliquescence, l’Egliseaussi était en piteux état.Rome et la papauté se trouvaient sur un territoire resté officiellement jusque-là partie intégrantede l’Empire byzantin, mais celui-ci était bien incapable de les défendre contre les empiétements denouveaux envahisseurs d’origine germanique, les Lombards, et le pape avait dû faire appel à Pépin. Enpays franc, l’institution ecclésiastique était désorganisée, la plupart des églises de la campagne étaientpropriété privée d’un seigneur (le système féodal commence à se constituer) qui nommait le curé, prissouvent parmi ses serfs, et l’évêque n’avait guère d’autorité sur ces curés. Des évêques de leur côtés’étaient approprié les revenus d’abbayes, ou ceux-ci avaient été donnés par l’autorité royale à des laïcsen récompense de leur service en armes contre les Sarrasins.C’est outre-Manche que l’Eglise manifestait le mieux sa vitalité : après les Celtes d’Irlande,très actifs autour de 600 (c’était alors que saint Colomban était allé fonder des monastères en France eten Italie), les Anglo-Saxons avaient pris le relais. Les héritiers de saint Augustin de Cantorbéry ne secontentèrent pas de parachever la mission chez eux autour de nombreux monastères, mais ils allèrentsur le continent évangéliser leurs cousins germaniques encore païens. Le moine puis évêque Winfrith,qui prit le nom de Boniface lors d’un séjour à Rome, reste le plus illustre et le plus efficace de cesmissionnaires, mais il ne fut pas le seul. De la Frise à la Bavière, il fonda des évêchés et des abbayes. Ilmourut martyr en 754, massacré en Frise au cours d’une tournée de prédication. Rome avait envoyésaint Augustin en Angleterre, et maintenant saint Boniface en Allemagne : les Eglises fondées dans cesconditions ne se posaient pas la question de l’autorité romaine à leur égard, celle-ci allait de soi.
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