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Saint Vincent de Paul
(1581-1660) participe à ce courant, mais ses préoccupations sontplus larges. Il n'est pas issu de l'aristocratie ni de la bourgeoisie urbaine. Sa vie ne se déroule pastout entière dans les cercles cultivés et ecclésiastiques. De famille, c'est un paysan, dont la jeunesse, sans être misérable, a été pauvre. Il a été un an captif des Barbaresques en Afrique duNord. Même devenu pour un temps le chapelain d'une famille de grande noblesse, il ne cessera jamais d'apercevoir autour de lui la réalité de la condition des petits, des pauvres, des galériens.Il voit, et il agit. S'il se préoccupe tant de la formation des futurs prêtres, c'est aussi, c'est peut-être d'abord parce qu'il déplore l'abandon spirituel dans lequel sont laissés tant de pauvres gensavec des curés ignares, incapables même de prononcer correctement une formule d'absolution :alors, guider la foi de leurs ouailles, qui pourrait le leur demander ? Et il envoie ses "prêtres dela Mission" de village en village, faire aux adultes le catéchisme dont ils n'ont pu bénéficier. Lamisère, les maladies accablent les gens du peuple ? Il mobilise les grandes dames du milieuhuppé qu'il a été amené à fréquenter, et elles vont soigner de leurs mains les malheureux, chezeux et dans les hôpitaux. Elles organisent l'assistance aux galériens, aux prisonniers, aux enfantstrouvés. Avec l'aide d'une de ces dames, une veuve, Louise de Marillac, il va réussir ce que peuauparavant les préjugés répandus dans l'Eglise avaient interdit à François de Sales, la créationd'une congrégation féminine sans clôture, active dans le monde pour soulager les misères et lesmaladies, ce seront les "Filles de la Charité, servantes des pauvres malades"
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Pas de grandscouvents, pas de voeux solennels (cela évite les difficultés rencontrées par François lors de lafondation de la Visitation), on vit dans les paroisses, au plus près de ceux que l'on sert. D'ailleursle recrutement se fait cette fois dans les mêmes milieux populaires, ce sont de vraies pauvres auservice des pauvres, et leur costume qui, avant que les Filles de la Charité l'abandonnent aprèsVatican II, nous paraissait tellement bizarre, était tout simplement alors le costume ordinaire desservantes. En 1643, la Reine régente, Anne d'Autriche, appelle Monsieur Vincent auprès d'elle.Il ne relâche rien de son action de charité, il développe même l'organisation des secours dans lesrégions appauvries par la guerre ou la famine, et en même temps il profite de sa présence au"Conseil de conscience" (c'est-à-dire des affaires religieuses) pour veiller à ce que les évêchés etles bénéfices importants ne soient conférés qu'à des gens qui sauront remplir leur charge.Revenons à l'Eglise (romaine) universelle. Se faire élire pape demeure un objectif d'ambition, et confère un pouvoir à la fois temporel (les Etats de l'Eglise) et spirituel. Mais laréforme interne du catholicisme progresse, l'Italie est stabilisée, et le temps n'est plus celui d'unpape condottiere à la manière de Jules II, ni celui d'un ruffian comme Alexandre VI Borgia. Lespapes du dix-septième siècle, issus comme au siècle précédent d'importantes familles italiennes,ne se font plus remarquer par une vie privée orageuse, et administrent plutôt sagement l'institu-tion qui leur est confiée. Eux et les cardinaux présents à Rome continuent à dépenser pas mald'argent en commandes aux architectes et aux artistes, mais dans l'ensemble la maison est géréeavec conscience, par des gens qui ont vraiment la foi, et avec une efficacité accrue. Les "dicastè-res" et "congrégations" qui servent de ministères à l'Eglise ont un fonctionnement bien rodé.L'une des innovations les plus marquantes est, en 1622, la création de la congrégation
de propaganda fide
(c'est-à-dire : s'occupant de la
propagation de la foi
) qui aura la haute main surles missions hors des terres traditionnellement catholiques. L'envoi de missionnaires de la foi audelà des mers, fruit jusqu'alors d'initiatives princières ou de décisions d'ordres religieux, estdevenu un souci permanent du centre romain de l'Eglise. On ne saurait trop insister sur l'impactpositif de cette création sur l'élan évangélisateur du catholicisme, en même temps qu'il faut bienreconnaître que cet organisme romain, dans le strict contrôle qu'il a exercé sur l'activité desmissionnaires, a trop souvent cru que pour préserver l'unité et la pureté de la foi il était légitimed'imposer aux nouveaux chrétiens l'uniformité des pratiques et des enseignements, en calquanttout sur l'Europe. Sommes-nous en train de commettre un anachronisme et de juger des déci-sions anciennes au nom des idées les plus modernes sur la nécessité d'une "inculturation" de lafoi chrétienne, d'une ouverture à la culture des peuples rencontrés ? L'essor puis l'échec de lamission en Chine sont là pour démontrer que les problèmes se posaient bien ainsi dès les temps
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