L’autobiographie d’Ayaan Hirsi Ali est divisée en deux parties. La première, intitulée MonEnfance, est consacrée à sa vie jusqu’à ses 22 ans, s’étendant sur plusieurs contrées : enSomalie, en Arabie Saoudite, en Éthiopie et au Kenya. La seconde, Ma Liberté, raconte sespéripéties aux Pays Bas où, après avoir fait des études en sciences politiques, elle est devenue députée du parti VVD. À la suite de l’assassinat de Théo van Gogh, avec qui elle afait le film Soumission, et de la menace de mort qui pèse sur elle, Hirsi Ali est devenue unefigure high-profile, mondialement connue et très controversée.La ligne de fracture entre les deux parties du livre est due à l’événement clé de sa vie, lorsde l’année 1992, et tient à la décision de ne pas poursuivre un voyage jusqu’au Canada, oùl’attendait l’homme que son père l’avait fait épouser. Elle demanda, par conséquent, asileaux Pays-Bas.Cet acte de désobéissance déclenche moult changements successifs qui s’opèrent surplusieurs plans. On remarque un passage d’Afrique en Europe, de la minorité à la maturité,de la sphère privée et familiale à la sphère publique et civique, de la soumission à la libertéet, selon ses propres mots, de la Foi à la Raison. La division du livre d’Hirsi Ali correspondà la fracture du monde en deux formes de vie, celle du Tiers-Monde et celle des paysdéveloppés. L’expérience de l’une et de l’autre permet à l’auteure de les comparer, deconstater leur écart abyssal et de s’engager à comprendre les causes de la pauvretématérielle, intellectuelle et sexuelle des populations qui, au-delà de leurs différencesculturelles, partagent la religion musulmane. Sa thèse va à l’encontre de l’idéologie dumulticulturalisme car, au lieu d’attribuer une cause externe aussi bien au sous-développement des pays où elle a vécu (colonialisme), qu’à la ségrégation des immigrantsmusulmans en Europe (racisme), elle lui attribue une cause interne : le noyau religieux descultures somalienne et saoudite, voire de la kenyane marquée par l’expansion islamiste.L’acte de désobéissance d’Ayaan consiste en une rupture des liens qui l’attachent à lafamille et, par extension, au clan Osman Mahamud. Lorsque la mère, au moment du départ,lui demande de promettre qu’elle rejoindra son mari au Canada, Ayaan répond, encore unefois, « non ». Lorsque le clan, l’ayant repérée en Hollande, lui demande d’honorer le contrat matrimonial accordé entre le père et le mari, Ayaan répond, une nouvelle fois, « non ».Entre ces deux négations se situe l’acte le plus symbolique de son émancipation : aumoment d’indiquer son nom de famille aux autorités hollandaises, elle remplace Magan, lenom du père, par Ali, le nom du grand-père. Elle espérait ainsi pouvoir échapper au clan.Bien plus tard, en 2006, l’affaire du mensonge sur le nom a été à l’origine de la perte de lacitoyenneté hollandaise et du déménagement aux États-Unis. Mais au-delà de lasignification immanente à la syntagmatique des événements, l’acte de changer de nom aune signification axiale : il est la signature qu’Ayaan appose à la rupture avec la culture desa famille. En remplaçant le nom du père par celui du grand père, déjà mort, elle remplacele pouvoir du père, en tant qu’agent d’une tradition particulière à une culture, par lapuissance d’une loi au-delà des normes du groupe auquel le sujet appartient. Cette loisymbolique, purement négative, sans substance ni contenu, représentée par le Père Mort,est universelle. Les philosophes des Lumières, qu’Ayaan prise tellement, l’appelaient laRaison.Pour mieux cerner et appréhender les enjeux de cette scission, prenons le rapport entre leparticulier et l’universel comme modèle pour approcher la désobéissance de la jeune.Ayaan, ainsi que la différence entre la culture occidentale et les cultures de traditionreligieuse.
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