Un critère de choix
« Seul le plus valeureux pourra engendrer un Roi ». Ainsi avait parlé l'Oracle il y a des générationsde cela.Une fois l'annonce diffusée jusqu'aux confins des régions les plus reculées, et même au delà desfrontières, tous les mâles du royaume s'en étaient fait leur propre interprétation. Mais les prêtresétaient allés un peu trop vite en besogne à propager ainsi la nouvelle. Rapidement, l'excitation populaire fut à son comble. Pour calmer les hordes de manants qui commençaient à s'agglutiner aux portes de la citadelle, le Roi fut obligé de proclamer un édit afin de forcer sa vision des choses sur la population. L'Édit de la Descendance, comme il fut appelé par la suite, marqua le début du calvairedes filles de lignée royale.Le Roi avait été très clair. Puisqu'il était question de sa succession, et que la problématiquen'existerait qu'en cas d'absence d'héritier mâle, il s'agissait bien d'établir un moyen de contrôle sur qui ses filles épouseraient. Seuls ceux qui s'étaient montrés les plus valeureux auraient doncl'autorisation d'approcher ces damoiselles. Mais il entendait bien définir lui-même les critères et lesépreuves de sélection. Après des semaines de conférence avec les maîtres des guildes et le grand prêtre lui-même, la construction du Site de l'Epreuve débuta.Plusieurs membres du clergé furent assignés à la garde du lieu et à son entretien. Tous les artisansayant travaillé à ce projet furent voués au secret. Nul ne sait quels furent les arguments du Roi ouquelles menaces furent proférées, mais jamais aucune personne extérieure ne réussit à obtenir lemoindre indice sur le contenu du Site.Bérénice avait maintenant vingt ans. Elle était légalement en âge de se marier. Et une fille de Roi sedevait de suivre la tradition, pour le bien du Royaume du Dragon. Son père n'avait pas eu de fils. Etmalgré quatre ans de mariage avec ce chevalier aimant mais non aimé, sa sœur aînée n'avaittoujours pas d'enfant. C'était la première fois dans l'histoire du Royaume que cela se produisait. Elledevenait peu à peu le dernier espoir de son père pour éviter que l'anarchie s'installe dans cescontrées. L'ouverture du Site pour elle était donc le sujet de tous les ragots de tavernes, de toutes lesdiscussions entre matrones et surtout de tous les murmures entre jeunes hommes. Pour Bérénice,difficile d'encourager une personne en particulier. Entre Damien et Jean, les fils du Duc de Pyranée,son cœur balançait. Ils avaient grandi ensemble à la Cour et étaient devenus inséparables. Elle priaittous les soirs sa mère décédée pour que la légende construite autour de l'Epreuve et leur père ne lesdissuade pas de tenter leur chance. En effet, pour le Duc, ce n'était pas vraiment une aubaine. Si lesdeux se présentaient à l'Epreuve, dans le meilleur des cas, l'un serait le vainqueur et l'autredisparaîtrait. Dans le pire des cas, les deux n'en sortiraient pas. Dans tous les cas, il perdrait ses propres héritiers.« Que les courageux s'avancent ! » tonna le grand prêtre, masqué comme tous ceux de son ordre, pour débuter la cérémonie. Dans le silence attentif de la foule, on entendit bien le hoquet furieux duDuc de Pyranée voyant ses deux fils se présenter devant le vieil homme. Aux côtés de son père,Bérénice serrait la main de sa sœur. Il y avait douze prétendants. L'un d'eux sera peut-être l'hommeavec qui elle devra passer le reste de ses jours, le père du futur Roi, l'homme de l'ombre jamaiscouronné, le soutien inconditionnel de la Reine-mère. Déjà, ses yeux embués de larmes se fixaientsur la sortie, située à quelques mètres de là. Elle savait ce jour là qu'elle allait perdre au moins unami. Il allait maintenant falloir attendre, trop longtemps.Le vieil homme retira son masque et les toisa d'un air inquisiteur. « Je vais être très clair Messieurs.Les épreuves que vous allez subir tiennent aussi bien du domaine du corps que de l'esprit. Je serai présent à chacune d'elles. » Il tendit alors le bras devant lui et tous purent voir la griffe du Dragon,comme marquée au fer dans le creux de la paume de sa main. « Tous ceux qui échoueront serontd'une façon ou d'une autre marqués de la sorte. Vous aurez alors le choix entre le sacerdoce ou lamort. Je vous accompagnerai dans cette réflexion. Quelle que soit votre décision, vous ne sortirez
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